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La coopération chahutée mais combative

Après une année 2017 consacrée à sa réorganisation interne, Coop de France Ouest a changé de président, et remis à plat ses moyens. Son assemblée générale vendredi dernier était l'occasion de repasser à l'offensive alors que la coopération, souvent vantée, est en fait attaquée de toute part : séparation de la vente et du conseil, gouvernance, prix, retour de valeur ajoutée pour ses adhérents... Dominique Chargé, président national était présent à Rennes, et n'a pas mâché ses mots pour rétablir quelques vérités sur toutes ces questions mais aussi sur les États généraux de l'alimentation (EGA).

C'était l'affluence des grands jours pour l'assemblée générale de Coop de France Ouest vendredi dernier à Rennes. Dominique Chargé, nouveau président national, et Vincent Magdelaine, son directeur général, étaient les deux invités de cette matinée de travail, deux invités particulièrement combatifs alors que différents nuages assombrissent le ciel de la coopération agricole française.

"Nous ne sommes pas assez influents"

Le président national de Coop de France a d'entrée voulu préciser sa vision des choses sur la coopération. Selon Dominique Chargé, "la coopération, c'était jusque-là un conglomérat de coopératives", son ambition est qu'elles sachent "mieux travailler ensemble, parce que le contexte est chahuté". Il fait le constat d'une "constante remise en cause de tout ce qui représente l'autorité" en France aujourd'hui, et "les coopératives représentent en partie cette autorité". Il s'en prend "au syndicalisme qui alimente très largement les administrations sur des sujets très négatifs concernant la coopération", et en tire une conclusion : "Nous ne sommes pas assez influents".

La coopération doit selon lui se remettre en cause et "apporter des solutions nouvelles sur la gouvernance". Un guide de gouvernance a été édité qui tente de proposer des solutions. Mais le président national souligne le fait que "les jeunes veulent faire de la coopération quelque chose de différent. Ils ont une attente différente. La coopération était jusque-là un outil collectif de mise en marché. La question des jeunes aujourd'hui, c'est plutôt qu'est-ce que le collectif peut faire pour moi ?". Une façon d'aborder les choses très différemment des aînés.

Dominique Chargé estime que la coopération est un outil moderne, mais 32 % des adhérents estiment qu'ils ne sont pas entendus ou écoutés, donc "il faut en tenir compte". Que faire alors ? "Il faut mieux partager les projets avec les adhérents, et sans doute remettre à plat les modes de fonctionnement parce que participatif et collaboratif sont deux notions différentes". Reste que "la démocratie participative c'est bien, mais décider à la fin c'est mieux. La démocratie représentative, c'est indispensable parce qu'à la fin il faut décider". Et pour Dominique Chargé, "décider, c'est le rôle des représentants". Cela signifie : "Décider, mettre en œuvre, et rendre compte".

 

 

"Ce que nous sommes n'est pas compris"

Alors qu'un travail important est actuellement réalisé au niveau législatif sur la coopération au travers notamment de la publication d'ordonnances, le président Chargé concède que "malgré tout le travail réalisé, nous n'avons pas réussi à nous faire entendre". Or "la relation entre un adhérent et sa coopérative est une relation particulière. Il ne s'agit pas seulement d'additionner de la valeur et de transformer des produits. Ce que nous sommes n'est pas compris au plus haut niveau de l'État", regrette Dominique Chargé. "Nous ne sommes pas les actionnaires d'entreprises qui auraient seulement pour objectif d'assurer la rentabilité des capitaux investis", insiste le président de Coop de France. "Une coopérative c'est autre chose".

Selon lui, l'article de l'ordonnance de la loi alimentation sur "la notion de rémunération abusivement basse dénature le modèle coopératif". "Il existe un risque réel de judiciarisation de la relation entre la coopérative et l'adhérent qui risque de détourner les responsables de leur mission". Sur cette notion d'ordonnance, "j'irai jusqu'au bout quitte à mourir dans l'arène, pour obtenir le retrait de cet article !", affirme Dominique Chargé.

Lorsqu'il revient sur le rôle des coopératives, le président national indique que "nous ne pouvons pas être des organisations qui fonctionnent en flux poussé, on produit et on livre. Il faut passer en flux tiré, répondre aux attentes nouvelles des marchés, des citoyens, des consommateurs et raisonner en planification partout où c'est possible". "Valoriser la production n'est plus suffisant", explique encore le président de Coop de France, "la coopérative doit organiser, orienter la production et, à partir de là, elle pourra valoriser".

 

 

 

Séparation de la vente et du conseil

Georges Galardon, président de Triskalia, soulève la question de la séparation de la vente et du conseil : "Les textes ont été actés et la question qui se posera à très court terme sera celle de l'équilibre financier des entreprises coopératives. Veut-on la mort des coopératives ?",s'interroge-t-il. Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France, regrettant au passage "la très très grande méconnaissance de notre modèle coopératif", laisse peu d'espoir sur le sujet : "Il va falloir s'organiser différemment et ce sera compliqué, mais il faut s'adapter". Xavier Cassedane, expert filière grandes cultures à Crédit agricole SA souligne le fait que "la marge brute des produits phyto dans les coopérative peut représenter 25 % du CA phyto et souvent 50 à 80 % de l'EBE de la coopérative", un constat qui au delà des questions de principes et politiques, conduit à s'interroger et à s'inquiéter des conséquences de cette ordonnance séparant conseil et vente de phyto sur l'ensemble de la coopération.

Jean-François Appriou, président de Coop de France Ouest souligne que si "la séparation de la vente et du conseil déstabilise notre modèle coopératif d'un point de vue économique, cela signifie surtout que l'on ne fait pas confiance aux gens dont c'est le métier". Il regrette qu'en France "tout le monde a un avis sur tout. Et au prétexte de plus de vertu vont se développer notamment via le e-commerce des pratiques de vente, de diffusion, et d'utilisation de
produits totalement hors de contrôle".

Au moment de conclure les débats, il s'interroge : "Est-ce que garantir une alimentation en quantité, saine et tracée est possible avec les seules lois du marché ? Un peu de régulation et de garanties pour assurer la résilience sont nécessaires".

Malgré tout ces volets négatifs, celui qui vient de prendre la présidence de la coopération régionale après le Vendéen Jean-Marie Gabillaud, ne renonce pas. Jean-François Appriou se voit davantage comme un capitaine d'équipe plutôt que comme un président, et fixe son action dans une stratégie de renouvellement des générations, dans les exploitations comme dans la coopération. Pour cela, la coopération organisera en juin le forum des jeunes coopérateurs à Dol de Bretagne (35), une façon de se redonner des perspectives et une nouvelle ligne de travail.

 

 

 

Un "ruissellement" qui reste théorique

Moment fort de cette assemblée générale, l'échange plutôt "ferme", sur la suite des États généraux de l'alimentation.

Vincent Magdelaine, décrivait l'implication de Coop de France dans ces États généraux, mais aussi ses doutes sur les résultats à en attendre : "Le ruissellement n'a pas eu lieu. Il y a eu une forme de naïveté sur le fait que la grande distribution allait jouer le jeu"... Or il n'en a rien été. Pour le directeur général de Coop de France "la guerre des prix n'est pas terminée".

Dominique Chargé est allé plus loin : "Le grand oublié des EGA, c'est la compétitivité des filières sur la scène internationale et européenne. Avoir traité de tout, sauf de la compétitivité est une erreur et une faute historique ! On ne peut pas répartir de la valeur que l'on n'a pas créée. Il faut une contrainte pour que le ruissellement se fasse", assénait-il.

Face à ces attaques, Olivier Allain a voulu défendre les EGA. Tout en reconnaissant la faiblesse des changements intervenus, le coordonnateur national des EGA a surtout demandé "du temps et de la patience". "La théorie du ruissellement est fragile" reconnaît-il. "Les EGA sont prévus pour une durée de deux ans. Je vous donne rendez-vous dans un an. Pour le moment, on n'a pas trouvé d'autres idées que celles qui ont été développées".

Mais Dominique Chargé ne se satisfait pas de ces explications. Pour lui, "il faut aller plus loin, revenir sur les fondamentaux de la LME (loi de modernisation de l'économie), qui est contre-productive. Elle est destructrice de valeur et entraîne de la déflation". Selon le président de Coop de France, il existe un facteur aggravant : "l'autorité de la concurrence privilégie systématiquement l'intérêt du consommateur. Or, protéger le consommateur peut être destructeur pour son emploi".

Jean-François Appriou, président de Coop de France Ouest a quant à lui rappelé l'espoir qu'avaient généré ces EGA et mis en garde contre le manque de résultat et l'impatience qui en résulte.

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