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La crise n'est pas finie

Depuis mars 2015, les manifestations d'agriculteurs se sont enchaînées, avec deux temps forts, les cortèges d'agriculteurs convergeant vers Paris en septembre 2015 et le blocage de la ville de Rennes le 17 février dernier. D'annonces de plans d'actions en déclarations politiques, la situation des agriculteurs n'a pas véritablement évolué. Les prix se traînent toujours dans les plus bas niveaux. Des aides ont bien été débloquées, mais la situation de beaucoup d'agriculteurs reste très compliquée. Mais même si les rues sont déjà passablement encombrées, les agriculteurs - notamment bretons - pourraient bien reprendre le mouvement.

 

Les actions vont reprendre

Les Finistériens pourraient bien être les premiers à reprendre le flambeau de la contestation. Mais, dans tous les départements, les réunions se succèdent et précisent les modalités des mobilisations à venir. La FDSEA des Côtes d'Armor organisait cette semaine des réunions décentralisées qui pourraient déterminer la reprise des actions. La FNSEA annonce d'ores et déjà pour le 7 juin une journée nationale d'action. C'est probablement le dossier laitier qui pourrait être le point de départ d'une nouvelle période de mobilisation, même si beaucoup de productions souffrent notamment la viande bovine. Ainsi, à l'issue de sa dernière réunion, le conseil de la FRSEA Ouest lait a  souligné le fait que "les trésoreries étaient au bord du gouffre et l'ambiance sur le terrain très tendue".

 

Des prix effondrés

Plusieurs sujets de mécontentement apparaissent ou réapparaissent. Thierry Coué, président de la FRSEA Bretagne souligne que "non seulement les prix n'ont pas augmenté mais ils ont diminué, sauf en porc où le marché se redresse du fait du marché asiatique. Tout le monde est surpris mais tant mieux !". Pour autant cette évolution reste intenable pour beaucoup d'éleveurs. Pour Thierry Coué, seule la mise en place d'une régulation obligatoire à l'échelle de l'Europe permettrait d'améliorer les choses. "Cette demande a été formulée à l'Europe", mais il souligne aussi le fait que "l'Irlande qui a des coûts de production plutôt faibles augmente sa production pour produire directement pour l'intervention. Il faut aussi plafonner la mise à l'intervention sinon on peut aboutir à une aberration". Le président de la FRSEA Bretagne estime que "le prix des produits est aujourd'hui basé sur 4 % d'échanges mondiaux, alors que le territoire français et européen sont largement suffisants pour assurer un revenu aux producteurs".

 

Des aides à repenser

Le sujet le plus "polémique" sur la question des aides est bien-sûr celui de l'année blanche. En Bretagne, seulement 100 dossiers ont été acceptés. Banques, administration et profession ne partagent pas du tout le même point de vue sur la question. Si les uns estiment que des réponses individuelles ont été apportées,  le président de la FRSEA est insistant  et lance "un appel aux banques et au gouvernement pour que les dossiers d'année blanche soient déposés en DDTM et non en banque, qu'ils soient traités non pas en bilatéral, entre la banque et son client, mais entre la banque et l'administration. Le rapport est trop déséquilibré entre les banquiers et les agriculteurs et il faut absolument remettre l'ouvrage sur le métier pour que les dossiers de demande soient déposés et que ce soit l'administration qui fasse la demande aux banquiers". Au delà de cette question spécifique, la profession estime que les enveloppes sont insuffisantes pour faire face aux demandes déposées et qu'il faudra un supplément d'aides.



Structuration des outils

D'autres sujets lourds sont également restés bloqués, notamment le fonds porcin. Annoncée au cœur de la crise, la mise en place de ce fonds se heurte à des réticences internes à la filière. Pour la FRSEA Bretagne, ce fonds reste une priorité. "D'autres pays sont mieux accompagnés par l'Etat et arrivent à mettre en place un fond conjoncturel, comme c'est le cas en Belgique. Nous avons un certain nombre d'acteurs identiques comme Lidl et Carrefour, mais nous n'avons pas l'intelligence de filière pour éviter les postures et mettre en place quelque chose de structurant pour le consommateur et qui apporte pour les éleveurs un plus en terme de trésorerie. On est à la tergiversation et à la virgule près alors que l'urgence est de mettre en place immédiatement ce fonds".

Si les travaux de cultures ont provisoirement conduit les tracteurs dans les champs, la crise couve et pourrait bien les ramener sur les routes dans les semaines à venir. Entre difficultés des marchés, difficultés sur la mise en place de l'organisation des filières et des marchés, gestion des aides, les sujets de mécontentement ne manquent pas. La crise n'est pas finie. Elus politiques et gouvernement qui pensaient peut-être un peu vite avoir réglé la question agricole risquent bien de se voir opposer rapidement un démenti cinglant.

 

La FNSEA manifestera le 7 juin

La FNSEA, par la voix de son secrétaire général Dominique Barraud, a annoncé son intention de manifester le 7 juin. "Dans cette période un peu agitée, la FNSEA ne lâche rien sur ses combats. Nous allons dire et écrire aux responsables départementaux ce que nous défendons, ce que nous avons obtenu. Nous allons rappeler au gouvernement, via les parlementaires, les préfectures, par l’action de nos responsables sur le terrain, que l’agriculture et l’alimentation méritent une vraie politique. Ce n’est pas une action "coup d’éclat, il s’agit plutôt de dire aux responsables qu’il faut se réveiller. J’ai envie de dire "Hé ho le gouvernement !", le meilleur moyen de nous montrer que la France tient à son agriculture, c’est de continuer les mesures et d’aller défendre une politique agricole régulée au niveau européen en prenant les devants".

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