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La délicate question de la renégociation des taux d’intérêts.

Le pacte de consolidation et de refinancement des exploitations agricoles, annoncé le 4 octobre 2016 par le Ministère de l’Agriculture, présente de nombreuses mesures visant à soutenir une agriculture à l’agonie et des agriculteurs au bord de l’implosion. Comme dans l’émission « l’oeil du 20h » de France 2, caméra en moins, la FDSEA a mené sa petite enquête pour savoir comment concrètement ce plan allait se décliner.

 

 

Nous nous sommes particulièrement intéressés aux mesures bancaires et notamment au fond de garantie public permettant d’octroyer 1,5 milliards d’euros de prêts. Le Ministère annonce que cette garantie pourra être accordée pour les nouveaux prêts et pour l’aménagement de crédits existants (prêts de restructuration visant à rééchelonner et diminuer la charge annuelle de remboursement).

Mais qu’entend-on par restructuration ?

La restructuration consiste à substituer un ou plusieurs crédits déjà existants par un seul et unique crédit, à un taux si possible moins élevé, mais amortissable sur une durée plus importante en adéquation avec les revenus de l'emprunteur.

On s’attend donc à pouvoir renégocier le calendrier, la durée mais aussi les taux. Surtout actuellement où les taux sont au plus bas.

Pour se rassurer sur ce point, nous prenons rendez-vous avec une des banques partenaires de l’agriculture et nous posons clairement la question de la renégociation des taux. La réponse est sans équivoque « on ne renégocie pas les taux sur des prêts engagés».

Mais pourquoi donc ?

La première raison c’est qu’une partie de l’argent prêté lors de la signature a été ‘acheté’ sur les marchés financiers par votre banque à un taux souvent bien supérieur au taux actuel. L’autre partie vient des liquidités qu’elle possède (l’épargne et les placements de ses clients). Baisser le taux reviendrait à accepter de perdre de l’argent et/ou à moins rémunérer ses clients.

Ensuite la banque nous rappelle qu’il existe une foultitude d’outils bancaires qui ont déjà fait leurs preuves et que d’autres leviers peuvent et doivent être activés sur l’exploitation avant de parler de baisse des taux.

Le discours est bien rôdé et percutant. Nos interlocuteurs nous rappellent que la technicité est un facteur indispensable de la réussite de l’exploitation, au même titre que la connaissance de son prix d’équilibre (prix de revient + annuités d’emprunts + prélèvements privés attendus - amortissements), de la nécessité de se former, de bien dimensionner ses investissements, d’agir sur les postes de charges les plus importants (alimentation et mécanisation) et de rencontrer régulièrement son partenaire bancaire, son comptable et son technicien. L’agriculteur doit être le décideur ; les prestataires comptables ou techniques, comme les partenaires bancaires ne doivent pas décider à la place du chef d’entreprise mais le conseiller, lui proposer des choix.

Nous comprenons donc clairement que pour les exploitants qui n’ont pas exploré la majorité de ces pistes, seules des restructurations sans révision de taux, leur seront proposées.

Mais que dire aujourd’hui aux chefs d’entreprise qui ont de bons résultats techniques, qui se forment régulièrement, qui ont investi raisonnablement, qui maitrisent leurs charges, qui sont vraiment dans une relation d’échange avec leurs partenaires mais qui pour autant n’arrivent plus à se rémunérer ?

A ceux-là nous disons « Rencontrez à nouveau votre banquier, accompagné de votre comptable. Présentez-lui tous les éléments montrant votre technicité, la cohérence de vos investissements, vos derniers programmes de formation, la maîtrise de vos charges et surtout, présentez-lui votre prix d’équilibre (pas votre prix de revient !) ». En d’autres termes faites-lui la démonstration, chiffres à l’appui, que la révision des taux est un levier supplémentaire qu’il peut activer et que sa décision ne doit pas être dogmatique mais pragmatique.

Nous saluons nos partenaires bancaires pour leur envie d’une agriculture performante, conduite par des chefs d’exploitation au top mais nous leur rappelons également que derrière chaque chef d’entreprise il y a un homme, une femme, des familles, qui travaillent avec du vivant et dont l’avenir ne peut pas être déterminé que par le respect de ratio et d’indicateurs.


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