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La filière énergie biogaz sécurise son développement

Pour sa 6e édition, le salon biogaz s'ancre dans l'ouest de la France. Après Saint Brieuc et Nantes, il pourrait peut être s'installer à Rennes en 2017. La technologie biogaz reste encore une toute nouvelle filière à l'échelle de notre pays, avec des acteurs très nombreux et des résultats très divers. Une filière qui intéresse de plus en plus les constructeurs automobiles et de tracteurs ! Mais une filière qui doit aussi sécuriser les futurs porteurs de projets sur ses choix techniques et sa rentabilité. 

La filière méthanisation n'en est encore en France qu'aux prémices de son développement. En effet, contraitrement à l'Allemagne qui a fait le choix depuis des années du développement de la méthanisation dans les exploitations agricoles, la France accumule les retards et les éléments de complexité administrative. Selon Armelle Damiano, directrice d'Aile (Association d'initiatives locales pour l'énergie et l'environnement), le potentiel mobilisable en France est très important, 56 twh en 2030 soit la consommation énergétique de 3 millions de foyers, et 90 % du gisement issu du secteur agricole.

La Bretagne et les Pays de Loire ont lancé en 2007 un programme interrégional d'animation de la filière, le plan Biogaz. Au bout de 9 années, 154 projets ont été aidés sur les deux régions, 428 millions d'euros ont été investis, dont 83 M€ d'aides publiques débloquées. 98 kTep (tonne d'équivalent pétrole) ont été produits, ce qui reste très loin du potentiel mobilisable.

 


Des écarts entre projet et réalité

Mais il ne faudrait pas résumer les difficultés de développement à une question d'aides publiques. En effet, la technique biogaz est une technique nouvelle, mise en place par des acteurs nombreux, nouveaux et des technologies qui doivent encore quelquefois faire leur preuves. L'écart entre le projet sur le papier et la réalité est quelquefois flagrant. Pour Noël Lecorre, de Crédit Agricole Bretagne, ces écarts nécessitent assez régulièrement des ajustements, des modifications des installations et donc une augmentation des investissements. Mais, au final, les chiffres de production finissent le plus souvent par être atteints. Par contre, les exploitants découvrent aussi que ce sont des productions qui sont mobilisatrices de temps et d'énergie humaine ! Un aspect à ne surtout pas négliger.

Une démarche qualité en cours de validation

Le porteur de projet devra être particulièrement vigilant quant au choix des prestataires vers lesquels il se tourne, dans la mesure où beaucoup de technologies et de matériels ne disposent pas d'historique ou de références précises. Et ce qui fonctionne chez l'un pourra demander des adaptations chez l'autre. Il faudra dans ce cas que le partage des risques soit réel entre l'installateur et l'agriculteur. Tous ces élements concourrent au développement d'une démarche qualité à l'intérieur de la filière biogaz pour mieux sécuriser les projets.Un parcours de formation est aussi en cours de montage qui devrait passer par une formule de tutorat dont l'expérimentation débutera cette année. Le salon biogaz de Nantes était donc pendant deux jours une vitrine de cette filière en construction. Une filière qui doit à la fois assurer son développement, rassurer les investisseurs et les financeurs, rassurer les porteurs de projets sur la faisabilité et l'intérêt de leur projet, bref parvenir à la maturité.

 

Paul Stuart, directeur général du salon Biogaz Europe

Alors qu'à l'extérieur du salon, les blocages de routes se multiplient, à l'intérieur,
on respire un peu mieux en ce mercredi matin 27 janvier. Les visiteurs, notamment bretons et les exposants ont réussi à arriver jusqu'à Nantes où l'ambiance est déjà studieuse. Rencontre avec Paul Stuart, le directeur du salon Biogaz Europe.

 

→ Pouvez-vous nous décrire cette édition 2016 du salon Biogaz ?

Paul Stuart. Nous accueillons cette année à Nantes 220 exposants. C'est un nombre équivalent à celui de l'an passé qui était couplé au salon bois et énergies. En 2014, à Saint Brieuc, dans une configuration uniquement dédiée au biogaz identique à cette édition 2016, nous avions accueilli 1 600 visiteurs. Au regard du nombre de visiteurs inscrits sur ce premier jour, nous devrions largement dépasser ce chiffre, mais il y a les manifestations !

→ Quelles sont les nouveautés de ce salon 2016 ?

P.S. Nous avons décidé de proposer un concours de l'innovation dans le domaine de la technologie mais aussi des services. 15 dossiers ont été déposés et les prix seront remis au cours du salon. Le fait marquant cette année est probablement l'intérêt du biométhane pour les constructeurs de véhicules. 4 sont présentés ici, tracteur, véhicule de transport collectif, voiture particulière et camion (voir ci-contre). La technologie biogaz se développe aujourd'hui avec des formes diverses. Avec de l'injection directe dans le réseau bien-sûr mais aussi avec du stockage et une injection déportée, ce que l'on appelle le biogaz porté. L'Europe s'intéresse de près à cette technologie et a lancé un programme intitulé Bio Méthane Action. Il s'agit d'identifier tous les éléments qu'il faut faire évoluer dans cette technologie, les freins, les difficultés, les contraintes, la distribution, de façon à faire évoluer toute la filière bio méthane.

→ Quelles sont les langues les plus parlées sur ce salon ? Et quels sont vos projets pour 2017 ?

P.S. On parle beacoup allemand, autrichien, suedois ! Cette année, nous accueilllons pour la première fois des exposants britanniques. Le grand Ouest est parmi les régions les plus proactives de France en terme de développement de la méthanisation gràce à son agriculture et son agro-industrie. Nous avons été à Saint Brieuc en 2014, nous sommes à Nantes encore en 2016 mais, pour 2017, rien n'est encore défini. Nous en reparlerons !

 


 


 

Plein gaz !

New Holland présentait à Nantes au salon Biogaz un tracteur T6 165 de 140 chevaux un peu "spécial". Ce tracteur présentait en effet la particularité d'être propulsé par un moteur fonctionnant au biogaz produit sur une exploitation agricole. Il ne s'agit pas seulement d'un tracteur destiné à être présenté lors de salons. Il fait partie d'une mini-série en service actuellement dans des exploitations agricoles, notamment en Italie et qui est destinée à valider la technologie, dans son ensemble. Il s'agit en effet de concevoir tous les équipements qui accompagneront son développement, pour permettre par exemple de faire le plein, d'alimenter à partir d'une installation de production de biogaz, etc. C'est toute une filière qui est à penser, à inventer et à développer.

New Holland, qui bénéficie déjà d'une forte expérience en poids lourds avec Heurliez et Iveco, a eu l'occasion d'accompagner le développement de flottes urbaines par exemple pour des bus ou des véhicules municipaux. L'aspect mécanique des choses ne pose pas de souci majeur, mais c'est tout l'environnement qui est à penser.

Le passage de l'agriculture à cette énergie pourrait d'ailleurs se concevoir à l'échelle locale pour les tracteurs, mais aussi les véhicules de la commune, les particuliers, etc… un vrai projet local !

Le tracteur présenté à Nantes représente un prix identique à son homologue diesel, de puissance équivalente. Mais il s'agit d'un développement spécifique puisqu'il fonctionne uniquement avec du gaz. La culasse, les injecteurs, les réservoirs, ont été spécifiquement développés. L'autonomie est pour le moment de 5 heures en utilisation peu intense, à 3 heures à pleine charge.

Selon Nicolas Morel, responsable produit tracteurs, l'économie mesurée était de 40 % par rapport au prix du gasoil… avant la baisse de ce dernier. L'économie serait de 20 % environ en achetant le biogaz. Pour Nicolas Morel, cette technologie présente d'autres avantages non négligeables comme un moteur nettement plus silencieux, plus nerveux et un véritable plaisir de conduite.

Pour les exploitations équipées d'un méthaniseur, il s'agira peut-être demain d'un nouveau débouché, notamment pour celles qui injectent directement dans le réseau puisqu'elles sont équipées de filtres. Pour les autres, il faudra passer par cet équipement supplémentaire. C'est donc une technologie de l'après-pétrole qui était présentée à Nantes par New Holland, une technologie de demain qui ne ressemble pas à de la science fiction !

 


Une filière innovante

Au cours du salon biogaz europe avait lieu un concours de l'innovation. Trois entreprises ont été récompensées. Le premier prix a été remis à l'entreprise Flexidry qui propose un déconditionneur de biodéchets, qui s'appuie sur une technologie mécanique pour séparer la fraction organique des déchets, permettant ainsi une valorisation optimale dans les sites de méthanisation et de compostage. Deux seconds prix ont été décernés, le premier pour l'incorporateur Biogaz Smoothie, un procédé de préparation des intrants avant incorporation dans le digesteur. Ceux-ci sont transformés en mousse oxygénée pour optimiser le fonctionnement de l'unité de méthanisation. Le second biogaz d'argent a été remis à Cryo pur pour son système qui permet à partir de biogaz issu de la fermentation de déchets agricoles notamment, de produire du biomethane liquide bioGNL ou du bio C02 liquide à haute efficacité énergétique. 15 entreprises avaient déposé un dossier. La filière biogaz une filière qui innove.

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