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"La filière ovine est encore en convalescence"

Le congrès de la Fédération nationale ovine doit aujourd'hui accueillir à Saint Malo le ministre de l'agriculture. Terra a rencontré Michèle Boudoin, présidente de la FNO et éleveuse dans le Puy de Dôme, sur les enjeux de cette filière qui relève doucement la tête après des années de recul.

Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine
Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine
© Terra

Quelles sont les préoccupations des éleveurs ovins en termes de conjoncture ?

Michèle Boudoin. La préoccupation première des éleveurs reste le prix de vente. Cela va mieux qu'il y a deux ou cinq ans, mais la situation reste fragile, et toujours aussi tendue par rapport à nos coûts de production. Nous subissons une concurrence internationale et européenne qui nous oblige a être très vigilants. La filière ovine a connu la mondialisation dans les années 80. Celle-ci a "décimé" un tiers des éleveurs de moutons et la moitié des brebis. Le marché reste aujourd'hui assez réduit, mais l'agneau français est plébiscité par les consommateurs, il reste assez cher. Notre marché est très segmenté. Les signes officiels de qualité ont permis de tirer le prix vers le haut mais on trouve aussi sur le marché des produits anglais ou néo-zélandais. Ces derniers produisent des agneaux à 1,50 €/kg quand nous demandons 6,50 €. 
Les producteurs français produisent environ 40 % de la consommation du pays. Le challenge à notre niveau, c'est la contractualisation. Ce sera le thème de notre congrès. L'ambition est de travailler avec la filière sur un produit agneau, mis en avant dans la grande distribution, avec tous les savoir-faire, l'identification, la traçabilité, et les aménités positives, qui légitiment le prix de l'agneau.

Les producteurs ovins sont-ils épargnés par la crise agricole ?

M.B. Non ils n'échappent pas à l'ambiance générale de crise même s'ils tirent mieux leur épingle du jeu en matière de prix et ce notamment grace aux aides qui ont redonné un souffle. Mais trente ans de mondialisation ont mené 60 % des éleveurs à avoir une autre production ou un autre métier à côté. Lors d'une crise aussi majeure, les éleveurs mixtes sont bien-sûr concernés.
Notre filière doit aussi faire face au renouvellement des générations. On n'a pas réussi à installer autant qu'on l'aurait souhaité. L'élevage ovin est gourmand en temps de travail, c'est très intensif par exemple au moment des agnelages. Une UGB c'est 7 à 10 brebis à s'occuper, quand c'est 1 animal en élevage allaitant ! C'est donc beaucoup de surveillance, d'exigence. Le challenge c'est de se moderniser. Beaucoup de retard a été pris dans la modernisation, malgré l'embellie liée au rééquilibrage. Les éleveurs ont appris a être très mesurés dans leur investissement. Aussi beaucoup d'exploitations à reprendre ne sont pas modernisées, c'est une vrai difficulté.

Vous accueillez le ministre de l'agriculture lors du congrès. Qu'allez-vous lui demander ?

M.B. D'abord qu'il continue à soutenir la filière. Les éleveurs d'ovins ne sont que convalescents. Il ne s'agit pas aujourd'hui de détricoter ce qui a été fait en matière de rééquilibrage. On attend un peu de cohérence dans la PAC 2015, les éleveurs ovins sont aujourd'hui pénalisés au niveau de leurs MAE parce que le satellite qui est utilisé ne voit pas l'herbe qui est sous la canopée des arbres, ou qu'il ne voit pas l'action de la brebis qui entretient l'herbe et diminue les risques d'incendie d'herbe sèche. Mais notre situation sur la PAC de 2020 est assez fragile au niveau de l'aide couplée. Celle-ci est essentielle. J'attends du ministre qu'il poursuive le choix stratégique français sur le rééquilibrage. Sur mon exploitation, mon coût de production est de 12,50 € et je vends à 6,50 € en moyenne. C'est la compensation des aides de la PAC qui permet cela. Nous sommes nombreux y compris en Bretagne dans cette situation. Il n'est pas possible en France de vendre un agneau plus cher. La PAC est là pour que tout le monde puisse manger de l'agneau français. N'oublions pas que 85 % des brebis sont dans des zones défavorisées, le mouton est le dernier rempart à la friche. On n'a pas à rougir de toucher des aides parce que ces compensations génèrent de l'entretien, des paysages, du tourisme, de l'économie … 
Je veux aussi évoquer un dossier très important qui est celui du loup. La prédation du loup est de plus en plus importante et, demain, le risque existe que l'on ne puisse plus assurer l'entretien des alpages. Il y a eu des améliorations c'est vrai, mais ce dossier n'avance pas. Les éleveurs sont à bout. On ne compte plus les dépressions, les suicides, tout cela pour satisfaire deux ou trois urbains en mal "d'expérience". 29 départements sont impactés, les Vosges, la Marne... Il faut absolument faire bouger les choses et j'espère que les ministres de l'agriculture et de l'environnement nous entendront.

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