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La filière volaille export en jeu

Obtenue la semaine passée après la levée du blocage de la RN 12 dans le Finistère par les salariés de Tilly Sabco, la réunion sur l'avenir de la filière volaille export doit se tenir ce vendredi à la préfecture de Région à Rennes. Les principaux opérateurs français du secteur avicole ont été conviés à débattre de l'avenir de l'abattoir de Guerlesquin et plus largement de celui de la filière poulet export.

C'était il y a près d'un an, dirigeants et salariés des abattoirs de volaille export bretons avaient fait le déplacement à Rennes sur le Space dans l'espoir d'y rencontrer le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, qui ce jour-là, avait abrégé sa visite inaugurale par crainte de débordements...
C'était il y a près d'un an, dirigeants et salariés des abattoirs de volaille export bretons avaient fait le déplacement à Rennes sur le Space dans l'espoir d'y rencontrer le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, qui ce jour-là, avait abrégé sa visite inaugurale par crainte de débordements...
© Terra

Le rendez-vous de ce vendredi après midi à Rennes a été qualifié de "réunion de crise" par son instigateur le préfet de région Patrick Strzoda. Une crise qui n'en finit pas depuis l'annonce de la décision de la Commission de Bruxelles prise le 18 juillet 2013, c'était il y a un an presque jour pour jour, de ramener à zéro le montant des restitutions européennes (1). Depuis, les deux entreprises bretonnes Doux et Tilly-Sabco, seuls bénéficiaires européens de ce dispositif de soutien à l'exportation de poulets congelé hors Europe se trouvent confrontés à la concurrence des grands opérateurs mondiaux qui, au gré des fluctuations monétaires sont soit américains soit brésiliens comme c'est le cas actuellement. La lutte était déjà très inégale avec les restitutions tant qu'elles existaient (elles atteignaient  325 €/t en 2011, puis 217 € en octobre 2012, et 108,50 €/t jusqu'en 2013 avant d'être ramenées à zéro en juillet 2013). Sans restitution, le débouché grand export qui pouvait atteindre 260 000 tonnes/an devient inaccessible et n'a résisté qu'à la faveur du déclenchement d'un soutien ponctuel moins direct de l'Europe, via les dispositions de l'article 68. 15 millions d'euros ont ainsi pu permettre d'exporter encore, mais la source est aujourd'hui tarie pour les deux entreprises bretonnes. Avec de premiers effets en cascade, dès 2013 baisse des contrats avec les éleveurs, puis allongement des vides sanitaires entre lots dans les poulaillers, puis premiers impayés d'éleveurs de poulets export avant que le maillon élevage commence à ne plus produire faute de poussins et que l'outil finisse par manquer d'approvisionnement en animaux. Bref, c'est cette spirale infernale qui a conduit les salariés de Tilly Sabco à sortir de leur usine pour aller bloquer la RN 12, avec le soutien de nombreux éleveurs très inquiets pour l'avenir du site de Guerlesquin et plus largement celui la filière volaille export, Doux y compris malgré son insistance à prétendre que tout va bien.

 

"Un modèle économique viable pour le poulet grand export"

Cette réunion de crise rassemblera autour du préfet de région les représentants des groupes Sofiprotéol, Terrena, Triskalia, Nutréa et LDC (Loué), mais aussi Coop de France pour rechercher les solutions envisageables pour assurer la continuité de l'activité volaille export et trouver "un modèle économique viable pour le poulet grand export". Une seconde réunion devrait se tenir dans la foulée du premier rendez vous avec cette fois les représentants du maillon production de la filière et notamment des éleveurs et aussi les représentants des salariés des abattoirs. Mais le préfet de région a d'ores et déjà prévenu,  l’Etat n’accèdera pas à la demande des syndicats de verser une subvention de 800 000 euros par mois à l’entreprise Tilly Sabco dans l’attente d’un repreneur. Quel repreneur serait-il d'ailleurs prêt à se lancer dans une aussi périlleuse aventure en sachant que l'écart de compétitivité par rapport à son principal concurrent brésilien est actuellement de 450 euros tonne,  plus élevé que celui compensé par les restitutions à leur montant de 2011...quand tout allait bien sur le marché export vers le Moyen Orient.

Mais plusieurs paramètres viennent contredire ce scénario de l'impossible. Il y a d'abord le risque d'un séisme social que provoquerait la fermeture d'un ou de plusieurs abattoirs dans le Finistère après celle de Gad en 2013, vient ensuite le risque d'une crise de toute la filière volaille dans le cas d'un report des volumes export sur le marché intérieur français et européen. Reste aussi au cœur du débat le dynamisme de la demande mondiale de viande blanche, bien réel celui-là et qui tranche avec la détermination d'une partie de l'Europe à ne pas vouloir y répondre. Autant d'arguments qui tournent en boucle depuis plus d'un an que dure la crise de la volaille export. "la demande en viande de volaille existe, la diversification vers des produits élaborés est en bonne voie. Nous avons donc, comme dans d’autres filières, besoin de solidarité, de cohérence et, surtout, d’un plan d’avenir",  rappelait la semaine passée Pierrick Massiot, le président de région Bretagne...

(1) Cette décision faisait suite à un vote, le 18 juillet 2013, au sein du comité de gestion "produits animaux" sur une proposition de la Commission visant à mettre fin aux dernières restitutions aux exportations en vigueur dans l’UE. Treize États membres ont voté pour, 10 contre, et 5 se sont abstenus. Aucune majorité qualifiée ne s’étant dégagée, la décision est donc revenue à la Commission européenne de mettre à zéro les restitutions volailles export.

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