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La PPE va-t-elle freiner le développement de la méthanisation ?

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) présentée par le gouvernement le 28 novembre dernier dessine la trajectoire des dix prochaines années en matière de politique de l'énergie et de transition écologique. Les chiffres applicables à la méthanisation étaient au cœur des discussions du salon Biogaz Europe qui se tenait à Rennes les 30 et 31 janvier 2019, des chiffres qui peuvent inquiéter. 

La PPE n'est pas une loi mais un cadre qui doit permettre de donner de la visibilité aux différents acteurs des filières de l'énergie en France pour les dix ans à venir. Plusieurs annonces ont ainsi déjà fait l'objet d'une médiatisation : la décision de fermer les centrales à charbon à terme de 2022, la diminution à 50 % de la part du nucléaire dans la production énergétique française ou encore la volonté de développer le photovoltaïque.

 

La méthanisation est-elle une filière d'avenir ?

Dans ce document, la filière méthanisation semble pour sa part avoir perdu son statut de filière d'avenir. En effet, alors que l'ambition initiale était d'atteindre 30 % du gaz consommé en France issu d'un mode de production renouvelable, la filière méthanisation n'y contribuerait qu'à seulement 10 %. Autre point très inquiétant, la PPE fixe pour objectif un prix de 66 € le kW à horizon 2030 et 67 € en 2023 alors qu'il atteint encore 95 € aujourd'hui.

Le gouvernement semble considérer que de la même manière que la filière photovoltaïque a pu diviser par quatre ses coûts d'installation en quelques années, du fait de l'industrialisation de la production de panneaux, de l'augmentation de la demande et de la concurrence, la méthanisation verra à son tour ses coûts baisser... Le pari semble beaucoup plus difficile à tenir jugent les acteurs de la filière. Réunis la semaine dernière à Rennes pour le salon biogaz, ils semblaient tous assez d'accord sur le fait qu'il sera difficile d'atteindre ces coûts de production. Pour eux, la recherche d'économies postes par poste ne permet pas de réduire dans de telles proportions le prix de revient -aujourd'hui proche de 120 €- d'autant que les installations de génie civil restent le poste majeur d'investissement et qu'il est difficile de réduire leur prix .

 

Ne pas stopper une filière en plein développement

À ce stade, la filière semble plutôt considérer qu'il s'agit d'une indication politique mais que d'ici 2030 beaucoup de choses peuvent encore changer ! Christophe Marugan de Crédit agricole en Bretagne reste confiant : "Oui c'est un message négatif, qui fait naître des craintes, mais c'est aussi un message à l'intention de la filière". En clair, l'État ne subventionnera pas la filière ad vitam éternam. À terme, c'est le marché qui doit rémunérer les acteurs et les investisseurs. "L'agriculteur qui investit aujourd'hui signe un contrat dont les prix sont en baisse de 0,5 % chaque trimestre. On a déjà une inflexion. L'État est dans son rôle de mettre la pression sur la filière pour qu'elle anticipe", considère Christophe Marugan.

Lors d'un point sur le développement de la méthanisation en Bretagne, Gilles Petitjean, directeur de l’Ademe Bretagne* a quant à lui mis en évidence l'essor actuel de la filière : "Notre région compte actuellement 100 installations en fonctionnement. 1 millon de tonnes de déchets organiques traités, c’est un chiffre important, mais on ne peut pas seulement se satisfaire de ce chiffre, le potentiel est conséquent". Dans cet élan, "les installations agricoles qui se développent sont plutôt des installations individuelles autonomes d’un point de vue des intrants. Le développement de projets collectifs - moins nombreux- rencontre des difficultés de mobilisation de gros volumes de déchets et d’acceptabilité sociale. Mais la Bretagne a besoin d’énergies et de développer le gaz naturel".

 

L'électricité est l'énergie de demain

Pour Gilles Petitjean, "la filière méthanisation, ce sont des solutions pour le traitement des déchets organiques. On commence à noter certaines tensions dans certains types de déchets". Et, alors que les projets se concrétisent, "il existe une compétition pour récupérer le gisement. Mais le digesteur est un estomac, il est capable de gérer des mélanges. Cela peut et doit donner des opportunités et cela peut même créer un lien social très positif au niveau de la société".

Conseiller régional en charge de la transition énergétique, André Crocq est lui aussi enthousiaste : "On vit actuellement une révolution". "Depuis 40 ans, on se préoccupait peu de tous ces produits qui étaient des déchets. Aujourd’hui les choses changent. Pour être accueillante, la Bretagne doit aussi être résiliente, sobre dans la consommation de foncier, d’énergie, et elle doit gérer ses déchets. Face à ces enjeux, la méthanisation est donc une opportunité ".

"L’électricité est l’énergie de demain, elle progresse même si la question de son stockage est posé" assure l'élu régional pour qui il est essentiel de mettre en place des réseaux plus puissants et plus sécurisés.
"Le réseau, c’est un patrimoine mais c'est surtout un enjeu de solidarité territoriale", estime André Crocq qui précise "l’ambition régionale de la coop Breiz d'une réduction par quatre des gaz à effet de serre à horizon 2050 et d'une production importante de gaz vert dans le mix énergétique". "Il faut écrire un pacte biogazier breton" conclut le conseiller régional.

 

L'injection directe a le vent en poupe

Si cette PPE fait bourgeonner quelques nuages dans le ciel de la méthanisation, l'élan pris par la filière depuis quelques années est réel et ne va pas s'interrompre de sitôt. Le Crédit agricole compte ainsi 110 rendez-vous clientèle chaque année et un rythme de 45 projets réalisés, soit 2 projets sur 3 en Bretagne. La moitié est en injection directe dans le réseau. C'est actuellement l'axe majeur de développement. Christophe Marugan souligne le fait que les projets sont essentiellement des projets individuels qui visent d'ailleurs l'autonomie en intrants.

"L'injection directe dans le réseau représente un investissement plus élevé mais aussi une meilleure rentabilité", remarque le spécialiste en constatant qu'elle est actuellement privilégiée par les porteurs de projet. Ainsi, Grdf facilite ces projets en acceptant des raccordements de plus en plus éloignés du réseau existant, jusqu'à plusieurs kilomètres.

La semaine passée à Rennes, le salon biogaz a une fois encore été l'occasion d'observer la technicité mais aussi le dynamisme de cette filière. Elle est en recherche sur les éléments de progrès, les procédés les plus pointus sont expérimentés comme la pyrolyse. Des études sont aussi menées sur la viabilité économique des projets et sur la pérénité du modèle économique. Il est clair qu'à terme plus ou moins lointain, cette filière devra faire sans soutien public, qu'il s'agisse de subventions à l'investissement ou de prix de rachat subventionné. D'ailleurs, cette perspective est aujourd'hui davantage perçue comme un moteur que comme un frein ou un point de blocage.

 

* Ademe   : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

Des énergies renouvelables pour tous les besoins énergétiques d'aujourd'hui

Des projets mais aussi des réalisations à l'échelle industrielle sont florissants en matière d'énergies renouvelables. Avec les technologies qui se développent aujourd'hui, tous les types de biomasses peuvent désormais être valorisées, et en répondant à l'ensemble de nos besoins énergétiques : l'électricité, le gaz, le transport... Les salons Biogaz Europe, Bois énergie et ReGen Europe qui se sont tenus à Rennes les 30 et 31 janvier derniers en ont fait la démonstration au travers des exposants et des conférences. Nos questions à Paul Stuart, commissaire général de ces salons qui ont passé une étape importante dans leur fréquentation avec plus de 5 000 visiteurs pour cette édition 2019.

 

En tant qu'organisateur du salon biogaz depuis 2010, vous êtes un observateur privilégié de la filière méthanisation et de ses évolutions. Où en est-on de ce procédé ?

Paul Stuart. On a commencé le salon en 2010 car le cadre réglementaire se concrétisait pour développer la méthanisation. Au début, beaucoup des technologies présentes au salon venaient de l'étranger où il y avait déjà une certaine expérience du procédé. Ces neuf dernières années, la méthanisation a pris de l'ampleur aussi en France. Même si aujourd'hui 30 % des exposants sont toujours de l'étranger, il y a maintenant une filière qui s'est mise en place ici aussi avec une recherche adaptée au contexte français, différent de celui des pays voisins.

Ce qui est important pour la filière pour la suite est l'annonce de chartes qualité. Des labels sont sortis récemment pour optimiser la procédure (intrants, procédés...) et avoir de meilleurs rendements. Les acteurs se sont ainsi mobilisés depuis deux à trois ans pour porter la filière méthanisation vers plus de qualité. C'est possible et cela facilite aussi les financements et la sortie de terre des projets.

Le biométhane reste un sujet important ce qui est illustré par un alignement des forces du monde agricole et des grands groupes énergétiques à travers l’association France gaz renouvelables qui appuie pour son développement afin de proposer une offre d'énergies variée et verte.

Quant à la PPE (programmation pluriannuelle de l'énergie), la filière biogaz-biométhane espérait y être plus présente, c'est quelque chose qui doit se développer.

 

Quelle est l'étape d'après ?

P.S. Le salon biogaz Europe est spécialisé dans la méthanisation et le biogaz. Mais en visitant d'autres salons sur tous types de biomasses, on a décidé de s'ouvrir au bois-énergie. Il existe en effet des complémentarités entre les acteurs, la chaleur issue de la méthanisation pouvant par exemple être récupérée pour sécher le bois destiné aux chaufferies. Puis nous avons rajouté le projet ReGen Europe qui s'intéresse à tous types de biomasses, avec des procédés différents, et dont les sorties d'énergie directes (solides ou liquides) correspondent à tous les besoins énergétiques qui existent aujourd'hui.


Parmi les technologies présentées, laquelle vous semble la plus porteuse ?

P.S. On est au début de ces technologies mais on est sur du réel, sur de l'industriel. Quel procédé va aller le plus vite, cela dépend avant tout de stratégies d'entreprise. Mais, en tous cas, les besoins sont là et il existe des réponses. Au travers de l'édition 2019 du salon, on voulait mettre en avant des projets mondiaux exemplaires, fruits de la R&D mais avec de vraies installations industrielles en fonctionnement. Nous avons également voulu montrer un projet de gazéification hydrothermale, certes encore au stade de pilote, mais tellement intéressant et auquel GRTgaz s'est associé, qu'il était important de le présenter. Il y a des pistes et des possibilités pour remplacer, pour notre bien, tout ce qui doit l'être. Il y a des énergies renouvelables, propres, pour remplacer les énergies fossiles. Sur le salon, nous partageons des idées, il sera intéressant de voir comment elles se développent dans les années à venir.


Propos recueillis par Audrey Dibet


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