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"La résistance des pommiers, une des pistes de réduction phytosanitaire"

La pomme idéale, celle qui plaira aux arboriculteurs autant qu'aux distributeurs, aux transformateurs et aux consommateurs, doit répondre à de multiples critères : Rendement, qualité de présentation et de conservation, résistance aux maladies et plus encore. Si, en plus, ses conditions de production pouvaient être simplifiées, ce serait encore mieux. Ce à quoi travaille François Laurens, chercheur à l'Inra. Parmi ses pistes de recherche, l'exploration de la diversité génétique des pommiers, notamment des espèce anciennes et sauvages dont certains caractères pourraient être incorporés par hybridation pour parvenir à des variétés qui permettront "à l’arboriculteur de bien vivre et au consommateur de prendre du plaisir". La démarche qui intéresse en premier lieu les producteurs de pommes pourrait inspirer de nombreux travaux de recherche en productions végétales et animales.

François Laurens, chercheur à l'Inra, directeur adjoint de l'IRHS*
François Laurens, chercheur à l'Inra, directeur adjoint de l'IRHS*
© Terra

En arboriculture, la protection phytosanitaire des vergers constitue un enjeu majeur pour les stades pré et post-récolte. Quelles sont les pistes de réflexions engagées en matière de protection des fruits ?

François Laurens. Au sein de l’IRHS, nous étudions plusieurs pistes comme la piste génétique, en essayant d’incorporer par hybridation des gènes de résistance durable. Pour cela, en amont, nous procédons à l'exploration de la diversité génétique pour aller rechercher des systèmes de résistance variés et durables. C'est notamment le travail des équipes QualiPom et ResPom.

 

La génétique serait donc selon vous une solution intéressante pour réduire l'usage des produits chimiques... Mais n'y a-t-il pas des risques d'altération des caractéristiques premières du fruit, le goût entre autres ?

F. L. Non, de nombreuses études ont été réalisées et montrent qu’il n’y a pas de lien génétique entre caractères de qualité et résistance. Par contre, il est important de noter que parce que le niveau de résistance aux principaux bioagresseurs de la grande majorité des variétés cultivées est faible voire inexistant, nous allons donc chercher ces résistances chez différents types de matériel.

 

De quel(s) type(s) de "matériel" parlez-vous ?

F. L. Ce peut être du matériel génétique pris parmi des espèces sauvages, très éloignées des variétés cultivées, c’est le cas chez le pommier des principaux gènes de résistance à la tavelure, oïdium, feu bactérien, etc. Mais la caractéristique de ces espèces est d’avoir des types de fruit qui sont très éloignés du standard cultivé (petits fruits, amers, etc.). Il faut alors développer toute une série de croisements avec des variétés classiques pour sélectionner des hybrides puis des variétés commercialisables qui possèdent une résistance... Le problème de ce type de résistance c’est qu’elle est souvent très peu durable (exemple du cas du gène Vf de tavelure du pommier qui est dans toutes les nouvelles variétés porteuses de résistantes récemment sorties, comme la Goldrush, Ariane, Juliet, Antares, Choupette, Topaz) et qu'elle est contournée par plusieurs souches de tavelure. Il faut alors pratiquer des méthodes adaptées pour limiter le développement de la maladie et ça marche !

L'autre grand matériel génétique utilisé est issu de variétés anciennes. C’est également compliqué car, si effectivement certaines d’entre elles possèdent de très bons niveaux de résistance durable ou des caractères exceptionnels, elles ont toutes aussi des défauts exceptionnels ! Et il est très difficile et long de retrouver une variété qui aura les qualités d’une variété commerciale avec uniquement les aspects positifs de la variété...

 

Selon vous, comment est accueillie la recherche sur l'amélioration variétale par les professionnels de l'arboriculture ? Et par le grand public ?

F. L. Toutes les équipes qui travaillent à travers le Monde sur le pommier cherchent à cumuler les caractères précités : rendement, qualité notamment en conservation, et résistance. Qu'elle soit récente ou non, quand une nouvelle variété sort, si elle permet à l’arboriculteur de bien vivre et au consommateur de prendre du plaisir, c’est le principal et c’est ce que nous recherchons. Prenons en outre le projet Innovacidre réalisé avec l’IFPC** : parmi les objectifs fixés, nous cherchons à avoir des variétés productives tous les ans en recherchant pour chaque date de maturité des qualités technologiques, non pas gustatives comme sur la pomme à couteau, mais correspondant à ce que recherchent les cidriers (amertume, acidité, sucre...).

Avec la génétique, nous pouvons ainsi chercher à élargir la gamme des goûts, des saveurs, créer de nouveaux types de cidre mais également de jus de pommes...

 

Quelles sont, selon vous, les perspectives de recherches ?

F. L. Il y a encore beaucoup de travail pour améliorer les variétés pour qu’elles nécessitent le moins de traitements possibles. Donc c’est en soi une perspective encore d’actualité et pour longtemps. On pense aujourd’hui également à des variétés qui ne nécessiteraient pas d’éclaircissage… Une perspective à plus court terme est également d’associer plus étroitement génétique et pratiques culturales, l’objectif est de réellement définir un cahier des charges pour toutes les nouvelles variétés qui sortent, en prenant en compte leurs qualités et leurs défauts pour qu’elles soient plus respectueuses de l’environnement. Mais la génétique à elle seule ne pourra rien faire...

* Institut de recherche en horticulture et semences / ** Institut français de la pomme à cidre.

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