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La santé, première cause des appels à Agir

Agir, l'association départementale d'aide à la reconversion des agriculteurs, a instruit 50 dossiers d'aides à la reconversion professionnelle en 2017. L'association qui recueille 150 appels par an, constate une aggravation des arrêts pour problème de santé.

Gaëtan, salarié en maraîchage.
Gaëtan, salarié en maraîchage.
© terra

La violence de la crise laitière de 2016 ne cesse d'avoir des répercussions sur les élevages. Dans son bilan annuel, Agir fait état de 50 dossiers de demandes d'aide à la reconversion instruits et transmis à la DDTM. L'enveloppe budgétaire d'un montant global de 176 700 EUR a permis de valider 48 dossiers. L'association, présidée par Jacques Lotout, agriculteur à Canihuel, décrit des personnes "moralement très secouées avec la crise de 2016". Une chape trop forte et c'est la soupape qui éclate. "En 2018, il faut gérer des gens en production laitière qui décident de tout lâcher. Avec le retour du beau temps, le retard et le travail qui s'accumule, on voit des gens qui s'inquiètent, qui s'interrogent sur leur avenir, sans forcément rencontrer de problèmes économiques", décrit l'animateur Philippe Le Clerc. Depuis 2015, Agir transmet une cinquantaine de dossiers chaque année à l'administration. Mais l'enveloppe budgétaire 2018 en ce début d'année a subi un solide coup de rabot. Un montant de 50 000 EUR (contre 129 000 EUR à la même époque en 2017) fait craindre une inadéquation entre les aides et les demandes de reconversion. "Je pense qu'il y aura toujours un afflux des demandes en 2018", présage Philippe Le Clerc.

La santé, premier motif des appels
En 2017, 152 personnes ont contacté l'association. Depuis plusieurs années, la structure alerte sur la dégradation de l'état de santé des agriculteurs rencontrés. Pour la première fois, la santé passe devant la cause économique. En effet, 43 % des appels portent sur des problèmes de santé, obligeant la personne à se reconvertir parfois pour préserver sa santé. Tandis que 41 % des interventions portent sur des difficultés économiques et financières. "Pour la première fois, les problèmes de santé dépassent les problèmes économiques. J'ai une inquiétude s'agissant des volumes de lait produits par personne. Cela risque d'user", rapporte l'animateur. 20 exploitants rencontrés ont été orientés vers une assistante sociales de la MSA dont 8 pour solliciter une reconnaissance de travailleur handicapé.

Autres actions réalisées en 2017
De leur côté, le groupe de travail "agriculteurs en difficulté" de la chambre d'agriculture a étudié 69 dossiers en 2017 contre 79 en 2016. 23 ont été présentés en CDOA : tous ont bénéficié d'un plan de redressement. Quant à la cellule de veille sociale, elle s'est réunie 5 fois pour évoquer 71 situations fragilisées.
Benoît Roncin, conseiller en charge du suivi des agriculteurs en difficulté à la chambre d'agriculture déplore dans le même temps la perte de valeur des exploitations laitières. "Il y a un aspect des choses, très complexe qui s'ajoute à l'arrêt d'activité, déjà considéré en soit comme douloureux, c'est la perte de valeur des exploitations laitières depuis la fin des quotas. Depuis 2-3 ans, il est difficile de faire coïncider l'actif avec le passif. Quand on décide d'arrêter, mieux vaut prendre la décision assez tôt".

Un choix difficile mais bénéfique

Gaëtan, lui qui rêvait de devenir producteur de lait, a pris une décision courageuse en décidant de tourner le dos au métier d'éleveur. Un mal pour un bien finalement, estime ce salarié en maraîchage cinq ans après. Installé en EARL avec sa mère en 2006 sur la commune de Plouvara, il quitte son métier de salarié et rejoint la ferme familiale pour épauler ses parents qui connaissent alors quelques soucis de santé. Au départ en retraite de sa mère, Gaëtan compte bien reprendre la ferme à son compte. Confiant à l'époque, "on m'avait promis l'exploitation", dit-il. Mais le projet tourne au cauchemar. "Je voulais reprendre cette exploitation laitière mais le prix demandé était bien trop élevé". L'addition du rachat des parts sociales, du compte courant associé de sa mère, le remboursement des dettes de l'exploitation et enfin, les investissement nécessaires font grimper le prix de la reprise. Les relations s'enveniment dans le travail ; la mésentente avec ses parents s'aggrave. Gaëtan craque, se confie à un technicien qui contacte alors l'association Agir. Après avoir jaugé la situation et étudié le projet, Philippe Le Clerc conseille à Gaëtan de renoncer à cette installation. Et si l'ancien agriculteur parle encore d'"échec", il est fier aujourd'hui, d'"avoir su rebondir". "Je n'éprouve pas de regret. L'élevage n'est plus ma passion...", conclut-il.

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