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La tomate bretonne explore une troisième voie

Dès janvier 2019 Prince de Bretagne, Savéol, et Solarenn s'allient sous la bannière "Alliance nature et saveur". Ils lancent un cahier des charges commun aux trois structures, pour proposer aux consommateurs des tomates produites "de la fleur à l'assiette" sans pesticides. Une démarche de fond qui intéressera demain tous les producteurs bretons, et qui ouvre ainsi une troisième voie entre le conventionnel et le bio. 

Gilbert Brouder, président de l'UCPT Prince de Bretagne, Pierre-Yves Jestin, président de Savéol, Marc Keranguéven, président de la Sica Prince de Bretagne et Christophe Rousse, président de Solarenn.
Gilbert Brouder, président de l'UCPT Prince de Bretagne, Pierre-Yves Jestin, président de Savéol, Marc Keranguéven, président de la Sica Prince de Bretagne et Christophe Rousse, président de Solarenn.
© Terra

Avec en moyenne 230 000 tonnes de tomates produites par an, l'alliance des trois entités bretonnes associant quatre coopératives, représente environ une tomate sur deux consommée en France. Mais le marché de la tomate est aujourd'hui hyper-concurrentiel tant de la part d'acteurs français mais bien plus encore lorsque l'on se situe à l'échelle du bassin méditerranéen.

 

Une démarche bretonne

Les producteurs ne pouvaient rester inactifs face à cette situation d'autant que les attentes du consommateur sont elles aussi en évolution. Pierre-Yves Jestin, président de Savéol, le rappelle : "62 % des consommateurs veulent donner du sens à leurs achats du quotidien, 80 % des consommateurs se déclarent inquiets quant à la qualité de leur alimentation. Les consommateurs sont en attente, ils veulent comprendre ce qu'ils consomment". Ainsi Gilbert Brouder explique que les maraîchers bretons ont créé une alliance, une association pour le moment, et défini un cahier des charges, une charte, pour répondre aux attentes des consommateurs, produire des fruits sans pesticides.

"Nous avons une histoire commune après vingt ans de travail ensemble", développe Marc Keranguéven, président de la Sica Prince de Bretagne. Les producteurs ont la volonté d'être des producteurs responsables et de diminuer les produits phytosanitaires. L'ambition d'une telle démarche est multiple, c'est à la fois de répondre aux attentes des consommateurs, de se différencier des autres produits présents sur le marché, et d'initier une démarche commune bretonne.

 

Communiquer sur les bonnes pratiques

Les producteurs veulent aussi au travers de cette démarche répondre aux attaques dont fait l'objet le monde agricole d'une façon plus générale. "Cela fait plus de trente-cinq ans que les producteurs ont développé des pratiques de diminution de l'utilisation des pesticides. Il s'agit aussi de communiquer sur les bonnes pratiques des producteurs et de valoriser leur travail et leur savoir-faire", rappelle Pierre-Yves Jestin.

Très concrètement le cahier des charges développé promet que les producteurs se passent de pesticides depuis la fleur jusqu'à l'assiette, ce qui devrait garantir des fruits et des légumes exempts de résidus de pesticides. "Certis, un organisme de certification indépendant, sera chargé de vérifier l'application du cahier des charges et de procéder aux contrôles, indique Christophe Rousse. L'élaboration d'un tel cahier des charges est un long processus, c'est aussi un travail de tous les jours porté par les producteurs,  c'est une démarche ambitieuse qui a nécessité des milliers d'heures de formation".


Entre bio et conventionnel

Les producteurs parlent d'une troisième voie entre conventionnel et bio. En effet, en rayon, les produits seront dans un premier temps sous emballage spécifique au logo vert "cultivé sans pesticide" avec la petite coccinelle, pour bien mettre en avant les techniques de biocontrôle et de lutte biologique utilisées. Car les techniques de production validées par le cahier des charges sont pratiquement celles de la culture biologique à une seule différence notable celle du lien au sol qui n'existe pas. Mais pour le reste, les producteurs utilisent les mêmes produits, les mêmes techniques, sauf le cuivre qui est banni. Ils en sont convaincus, ce niveau d'exigence est nécessaire pour retrouver la confiance du consommateur.

En 2019 la tomate sera le produit phare de la démarche mais l'ambition est très clairement d'élargir l'offre à l'ensemble des produits des coopératives, depuis la fraise en passant par le concombre, le brocoli, le potimarron. La liste est loin d'être close, comme d'ailleurs la liste des coopératives participantes à cette aventure. Chacune continuera à vendre ses produits sous sa marque, seul le logo cultivé sans pesticides rappellera cette démarche commune. Mais pour chaque fuit ou légume la même démarche de test, de développement du cahier des charges doit être entreprise et les itinéraires techniques modifiées, affinés. Un travail de longue haleine qui, l'espèrent-t-ils, sera récompensé par un prix plus valorisant à la grande distribution.

La démarche qui était présentée mardi dernier à Rennes par les producteurs n'est pas seulement un beau travail marketing. C'est véritablement un chantier de fond, qui peut considérablement modifier les filières agricoles d'une façon plus générale. À partir d'une attente forte des consommateurs, les producteurs haussent leur niveau technique et d'exigence et font évoluer leurs pratiques. Le juge de paix final sera le prix. Sera-t-il à la hauteur ? La balle est dans le camp du consommateur mais surtout dans celui de la distribution.

 

 

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