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L'Afdi favorise les échanges de paysan d'ici à paysan de là-bas

Paysan malgache et président de l'Apdip, Étienne vient de passer trois semaines en Bretagne. L'occasion pour l'Afdi de faire le point sur le travail que l'association réalise au quotidien à Madagascar et au Mali et sur sa philosophie : non pas faire à la place mais favoriser les échanges d'expériences entre paysans du Nord et paysans du Sud.

Le 21 septembre dernier, Raymond et Chantal Emeillat, apiculteurs à Pleyber Christ, ont reçu l'Afdi Bretagne et un agriculteur malgache, en présence d'élus de Morlaix communauté.
Le 21 septembre dernier, Raymond et Chantal Emeillat, apiculteurs à Pleyber Christ, ont reçu l'Afdi Bretagne et un agriculteur malgache, en présence d'élus de Morlaix communauté.
© Terra

"Ici, il n'y a rien de comparable à chez nous". À quelques jours de regagner Madagascar, après un séjour de trois semaines en Bretagne, Étienne n'en revient toujours pas. "L'automatisation, la robotisation, ça n'existe pas chez nous. La mécanisation non plus, d'ailleurs. Et la taille moyenne de nos exploitations est de 40 à 50 ares". Séjournant en Finistère, Côtes d'Armor et Ille-et-Vilaine, il a visité de nombreuses exploitations agricoles en lait, porc, légumes..., découvert Terres de Jim, le Space...

 

Enregistrer pour restituer

Pour dépaysant qu'il ait été, son voyage en France aura tout de même été extrêmement profitable au président de l'Apdip, une sorte d'AOP réunissant 34 groupements de base et 317 adhérents sur un territoire de la taille de l'un de nos départements. "J'ai beaucoup appris ! Tout est enregistré sur mon disque dur, dit-il, un sourire aux lèvres, en montrant sa tête. Il est plein ! Je vais restituer tout ça aux autres paysans, en rentrant".

Cette après-midi là, il a rendez-vous chez Raymond Emeillat, apiculteur à Pleyber Christ avec son épouse et son fils. "En 1930, Madagascar était le premier exportateur mondial de miel, indique Françoise Louarn, présidente de l'Afdi Bretagne. Il reste encore beaucoup d'apiculteurs sur l'île, connue pour ses fleurs mellifères". Une production d'autant plus facile à mettre sur pied qu'elle nécessite peu d'investissements. "Certains se sont regroupés en coopératives, qui marchent bien. Mais ils sont avides de formation".


Des échanges de responsable à responsable

Fondée au début des années 80, l'Afdi Bretagne a engagé ses premières actions sur Madagascar en 1993. "Là comme au Mali, où nous intervenons aussi, il n'est pas question de faire à leur place, explique Françoise Louarn. Nous voulons instaurer des échanges de paysan à paysan, de responsable agricole à responsable agricole". Aux paysans, là-bas, de se prendre en main et de décider de ce qu'ils veulent mettre en place. "Et nous les aidons".

Car dans ces pays rongés par la corruption, inutile d'attendre quoi que ce soit de l'État. "Il n'y a même pas de route", explique Henri Le Gléau, parti en mission à Madagascar il y a peu. Pour faire les 75 kilomètres qui séparent le village d'Étienne de la capitale de la région, Tsiro, il faut cinq à six heures de camion en saison sèche. "Et les liaisons sont quasi impossibles en saison des pluies, rajoute Virginie, la traductrice. On va plus vite à pied".


Le défi de la commercialisation

Cette absence d'infrastructures bloque les échanges. "Il est impossible pour les paysans de commercialiser leur production, qui se perd", explique Françoise Louarn. C'est le nouveau défi qui attend l'Apdip et ses groupements locaux. "Après avoir relevé celui de l'autosuffisance alimentaire, ils ont tenu à produire eux-mêmes leurs semences, celles qu'ils achetaient n'étant pas de bonne qualité", détaille André Geoffroy, l'ancien président de l'Afdi Bretagne. L'Apdip, dotée d'un bâtiment en dur et d'un siège social grâce à la générosité des quatre caisses de Crédit agricole de Bretagne, dispose désormais de trois techniciens chargés de diffuser le progrès technique auprès de paysans relais qui, à leur tour, vont former leurs voisins. "Pour le moment, les excédents sont vendus à des collecteurs, qui profitent de leur position dominante pour payer le moins possible".

"Nous voulons aussi sortir les paysans de leur isolement", rajoute Françoise Louarn. Les faire reconnaître par les autorités n'est pas si évident. "Même si 80 % de la population vit de l'agriculture, là-bas, paysan, ce n'est pas un métier... On est paysan parce qu'on n'est pas autre chose". Les inciter à se regrouper non plus. "Madagascar est un pays anciennement marxiste ! Les paysans doivent apprendre à travailler ensemble. Et tirer dans une même direction, en s'organisant".

Au-delà du seul monde agricole, des partenariats ont aussi été noués entre collectivités territoriales d'ici, conseil départemental du Finistère, communautés de communes..., et de là-bas. "Il faut que les communes rurales malgaches puissent se développer et s'enrichir, afin d'investir dans les écoles, la santé", explique Jean-Michel Parcheminal, élu de Morlaix communauté, qui y consacre 1 % de son budget eau et assainissement.

 

 

 

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