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L’agriculture doit être actrice de la transition énergétique dans les territoires

Confirmant l'importance prise par la question du changement cimatique dans les préoccupations sociétales et agricoles, deux rendez-vous majeurs se tiendront les jours prochains dans l'Ouest : le forum énergie-climat, à Acigné près de Rennes, les 1er et 2 février, puis le salon Biogaz Europe à Nantes. Les chambres d’agriculture sont au cœur de ces deux temps forts. Terra a rencontré Jean-Jacques René, président du groupe énergie climat pour les chambres d’agriculture de Bretagne.

Jean-Jacques René, président du groupe énergie climat des chambres d'agriculture de Bretagne.
Jean-Jacques René, président du groupe énergie climat des chambres d'agriculture de Bretagne.
© Terra

Année après année la question du changement climatique devient de plus en plus évidente. Concrètement, des adaptations sont-elles en cours ?

Jean-Jacques René. À partir de 2018, les collectivités vont avoir l'obligation dans le cadre de la transition énergétique de bâtir autour de chaque territoire des plans climat air énergie territioriaux. À nous, agriculteurs, élus, de relever ces défis. Le forum énergie-climat 2018 arrive à point nommé pour être un véritable puits de solutions. Les chambres d'agriculture ont développé avec leurs agents, une boîte à outils qui est mise à disposition des acteurs des territoires et qui sera présentée lors de ces journées. Si l'agriculture est émettrice de gaz à effet de serre via notamment les productions animales, elle est aussi la seule à avoir la capacité de stocker du carbone via le sol, la biomasse, et le bocage. Ne l'oublions pas.

La concertation avec les collectivités a démarré. Nous avons mis en place des formations à destination des agriculteurs acteurs des territoires pour enrichir leurs connaissances. Le forum fera la part belle à la présentation de projets collectifs initiés et à des réussites concrètes. À l'exemple des actions volontaires bassins versants sur la qualité de l'eau, avec des comités professionnels agricoles, nous avons choisi d'anticiper et de proposer des pistes d'action, avec bien sûr une visée climatique mais aussi avec un intérêt économique assuré pour tous.

 

Avez-vous des exemples ?

J-J R. Les exemples peuvent être très divers, des échanges fonciers pour limiter les transports, des projets agroénergétiques structurants de production d'énergie liés à la déshydratation de luzerne sur un territoire, etc. Chacun le perçoit, le changement climatique est une réalité, chacun voit bien que les dates de semis et de récolte évoluent et la tendance se confirme. Nous avons mis à contribution tous nos pôles pour apporter aux agriculteurs les pistes envisageables, variétés plus résistantes à la sécheresse, parcours agronomiques, gestion plus économe de l’eau, évolution vers d’autres essences…

 

De plus en plus d’agriculteurs se lancent dans la production d’énergie.
Comment percevez-vous cette évolution ?

J-J R. La première énergie gagnée est celle qu'on ne dépense pas. Nous avons toujours préconisé les économies d'énergie en premier. En second, viser l'autonomie, via le solaire, le thermique, la biomasse, le bois-énergie...  Ce sont des pistes que nous avons notamment étudiées dans nos centres de recherche avec la production de biogaz à partir de fosses à lisiers, pour chauffer ses bâtiments, exemple à Trevarez avec Nenuphar. Et d'autres pistes sont également explorées.

L’Ouest est déficitaire en production d’énergie. Les agriculteurs peuvent donc saisir la balle au bond. Ces plans climat sont  l'opportunité de mettre en adéquation les gisements de biomasse et les utilisations locales de chaleur. L’injection et le gaz porté peuvent nous ouvrir des portes, par exemple sur les flottes de bus ou des substitutions au gaz naturel. À nous de prendre la main, de mettre en place les actions pour capter - pour une fois - la valeur ajoutée qui nous fait tant défaut dans la valorisation de notre travail.

Il en va aussi de notre avenir car l'enjeu de ces évolutions climatiques, c'est aussi la sauvegarde de l'élevage de nos régions.

Mais n'oublions jamais que la production alimentaire doit rester notre cœur de métier et constitue l'essentiel du métier d'agriculteur. La production d’énergie doit conforter notre métier et pas l’inverse. Si l’on veut maintenir l’élevage et les agriculteurs, le fait que des éleveurs saisissent l’opportunité de produire de l’énergie est un bien, mais cela doit renforcer la production agricole. En lien avec tous les autres acteurs, profitons de ces débats et de ces échéances pour conforter notre place au cœur des territoires.

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