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L'agriculture en réponse aux défis du monde nouveau

Une heure chrono pour redessiner les contours de la planète, c'est court. Pas pour Philippe Dessertine. Invité du Carrefour des matières premières(1), qui se tenait vendredi dernier au Space, le directeur de l'institut de haute finance se double d'un communicant hors pair, avec l'art de rendre presque simples les analyses les plus complexes. Alors il a fait simple pour dire que le monde bouge vite, très vite.

Professeur de finance, membre du haut conseil de la finance publique,  Philippe Dessertine était l'invité du carrefour des matières premières à l'occasion du Space.
Professeur de finance, membre du haut conseil de la finance publique, Philippe Dessertine était l'invité du carrefour des matières premières à l'occasion du Space.
© Terra

En avril dernier, entre le 20 et le 23 précise Philippe Dessertine, la planète a franchi le cap des 7, 5 milliards d'habitants quand elle n'en comptait que 6 milliards en 1999. Une progression qui a déjoué les projections des démographes. "On s'est trompé, pas tant qur la natalité que sur le vieillissement des populations" avoue le prévisionniste expliquant cette erreur d'appréciation par le fait que l'extrême pauvreté a reculé. Quand on est moins pauvre, on mange mieux, on se soigne mieux et donc on vit plus vieux. Et cette population augmentera encore, pour atteindre les 8 milliards d'habitants dans un peu plus de six ans. Cette évolution imposera de résoudre un défi "absolu" : l'accès à la nourriture, à l'eau.

Big data

Notre modèle actuel est issu des années 50, lorsque le monde comptait 2,5 milliards d'habitants. "Cette inadaptation, c'est angoissant !" livre Philippe Dessertine en déclinant les nouvelles fragilités planétaires : le changement climatique et la dépendance aux énergies fossiles. Quand la Chine et ses 1,4 miliard d'habitants n'hésitent pas à amorcer le grand virage de 2024, lorsque le pays sera devenu la première économie mondiale, les USA persistent dans un modèle basé sur les énergies fossiles qui leur procure dans l'immédiat un avantage concurrentiel indéniable et tourne le dos aux accords mondiaux sur le climat. Or une nouvelle révolution est en marche, comparable dans son ampleur à celle de la fin du 19e et au début du 20e siècle et qui avait balayé un monde qui n'avait presque pas bougé depuis mille ans.

L'emblème de ce changement à l'œuvre, c'est Uber. Au départ, il ne s'agit que d'une simple application pour smartphone de mise en contact entre client et taxi. A ceci près que cette "modification technologique ridicule" a créé un bouleversement. "Dans cinq ans, Uber aura peut-être disparu" envisage même l'économiste. Mais pas les nouveaux géants mondiaux issus de l'internet que sont Google, Apple, Facebook, Amazon, devenues indispensables et surtout incontournables parce qu'elles concentrent les données stratégiques d'accès aux marchés, le Big Data. À ce mouvement s'ajoute une accélération de la connaissance et de l'innovation que le monde n'a jamais connue.

Influencer les réseaux

Et l'agriculture ? Sa place sera "cruciale" ose Philippe Dessertine. "Pensez monde et développement démographique" exhorte-t-il en insistant sur la dimension du marché asiatique et ses 4, 5 milliards d'humains. Et "les asiatiques sont dans une réponse aux besoins des populations", pas comme la France tellement "amie de son agriculture" qu'elle la voit encore comme elle était dans un passé lointain. Certes la France est la grande puissance agricole de l'Europe, elle a l'Inra et ses ingénieurs agro de réputation mondiale... Mais, elle a été dépassée par l'Allemagne. Même aux Pays Bas où il n'y a pas de terres, l'agriculture est plus performante. Sans oublier le fléau de la rémunération des agriculteurs. Ici, on prend la PAC comme un outil de soutien au revenu quand elle devrait être un soutien aux marchés. L'énumération des maux est étourdissante, "Dans un pays qui n'arrive pas à payer la dépense publique, on continue d'accroître le déficit commercial. Quand le Français consomme, il achète des produits importés" s'étrangle le spécialiste de la finance. La sentence tombe : "le mal global de l'économie française, c'est la compétitivité avec des prélèvements obligatoires trop lourds. Le problème pèse sur l'agriculture comme sur tous les autres secteurs de l'économie française".

Pour compléter un inventaire bien chargé, Philippe Dessertine évoque "l'enfer réglementaire" dans une France "championne de la norme", avec des directives européennes qui retranscrites en français compteraient "neuf fois plus de texte que dans les autres pays européens". Le diagnostic est impitoyable, à peine atténué par la prescription proposée à l'agriculture. "Il y a un énorme travail de communication à mener. Comment ? "En mettant beaucoup d'argent dans la communication par les réseaux... pour influencer les réseaux".

 

(1) Organisé par l'association Nutrinoé qui fédère les industriels bretons de l'alimentation animale, ce rendez vous se déroule chaque année lors du Space.

 

 

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