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L'agriculture fait du territoire une richesse

Trop souvent minimisée, le poids de l'agriculture est très important dans l'économie bretonne. C'est ce que démontre une étude de Jean Ollivro, que le géographe a présenté le 27 juin aux élus de la chambre d'agriculture. Pour garder cette dimension, l'agriculture doit défendre son foncier.

 

"Quel est l'apport économique réel de l'agriculture en Bretagne ?". C'est la question que s'est posée le géographe et président de Bretagne prospective Jean Ollivro. De cette interrogation, il a fait une vaste étude sur le poids économique de l'agriculture mais aussi sur le modèle de développement qui lui permettra de rester le premier secteur économique de la région. Cette vaste étude a été présentée aux élus de la chambre d'agriculture, lors de la session du 27 juin. Session à laquelle étaient invités les élus des EPCI. "La gestion de l'espace est l'une des priorités de notre Projet agricole départemental, souligne Joseph Ménard, président de la chambre d'agriculture. Tous les ans, notre département perd 2.800 ha agricoles. C'est une contrainte supplémentaire pour garder la performance de notre agriculture, notamment de son élevage laitier. Nous devons comment rendre compatible l'évolution du territoire avec les attentes des agriculteurs et les besoins de production".

Il en va du devenir économique de la région, auquel contribue grandement l'agriculture. "Le poids de l'agriculture est souvent minoré", constate Jean Ollivro. Il est estimé à 6% du PIB régional. Ce qui ne tient pas compte de ses effets indirects, sur l'amont et l'aval, par exemple sur les transports. "Pour mesurer le poids réel de l'agriculture, nous avons étudié 1.300 entreprises, décrypte le géographe. Pour chacune, nous avons calculé le poids de l'agriculture dans ses activités. Par exemple, pour Groupama, dont les activités sont comptabilisés dans le secteur tertiaire, l'agriculture représente 55% du chiffre d'affaires". A partir d'un coefficient attribué à chaque entreprise, Jean Ollivro a estimé à 38,9% la part de l'agriculture dans le chiffre d'affaires régional. L'agriculture représenterait 34,1% de l'export et 29,7% des effectifs. "Et encore, ce sont des chiffres a minima, tempère le chercheur. Ca veut bien dire que beaucoup d'entreprises, l'économie de la région sont directement ou non liés à l'agriculture. Les actifs agricoles sont moins nombreux mais le poids économique reste central". Un secteur, qui plus est, à l'avantage de ne pas être délocalisable. Une contribution au résultat net de seulement 13,1% montre la fragilité économique.

Garder le foncier pour l'agriculture

Comme la terre demeure le facteur limitant de toute production, l'agriculture a besoin d'espace. Or, l'artificialisation des territoires s'accélère. "Les élus voient souvent les villes comme l'unique locomotive économique, constate le géographe. Ils n'ont pas alors le souci de maintenir des espaces agricoles". En Bretagne, ce sont, chaque année, 6.400 ha, soit 4% de sa SAU, qui quittent l'agriculture, pour la construction, les infrastructures mais aussi les loisirs. Un phénomène encore plus marqué dans la couronne des villes et dans un triangle Rennes/Vannes/Nantes. "Dans la région, la péri-urbanisation est généralisée", souligne Jean Ollivro. Les cantons littoraux et péri-urbains sont les plus menacés par cette perte de foncier agricole.

Cette urbanisation croissante découle de la tendance des élus à privilégier une économie résidentielle, dans laquelle le dynamisme d'un territoire naît plus de la capture de revenus – des touristes, des retraités – que des richesses qu'il produit. "Ce modèle a des limites, avertit Jean Ollivro. Il suffit de penser à ces villages de la côte, qui sont fantômes 10 mois sur 12, où les jeunes sont exclus de l'accès au foncier. L'économie résidentielle est un leurre dans le temps. Face au vieillissement de la population et à la décentralisation des politiques sociales, elle n'a pas d'avenir. Pour vivre, une région doit s'appuyer sur une économie productive". La Bretagne a donc tout intérêt à défendre l'agriculture, qui demeure son premier secteur d'activités. Pourtant, les effets de l'artificialisation des territoires se font déjà sentir. Par exemple, l'emploi salarié en agriculture est en diminution dans le sud de la région, où l'agriculture est fragilisée par l'urbanisation de la côté.

Pour une gestion concertée

Fac à ces constats, la région doit réagir, mieux utiliser son foncier et valoriser son agriculture. "La Bretagne peut devenir une région pilote sur l'exemplarité de sa production, pilier d'un développement économique durable et retrouver une vision positive de l'agriculture et de la ruralité, encourage Jean Ollivro. Cet avantage pourrait se décliner par une marque".

Face aux enseignements de cette étude, la chambre d'agriculture envisage de créer avec les collectivités locales une charte de la gestion de l'espace. "Dans un contexte d'augmentation de la demande alimentaire, nous devons sensibiliser les décideurs à la meilleure gestion de l'espace rural pour que l'agriculture conserve sa place, estime Joseph Ménard. Il faut également optimiser les outils que sont les Plu et les Scot". Les activités de loisirs, comme l'équitation, sont très consommatrices d'espaces. "Les collectivités prennent conscience qu'il faut pas gâcher de foncier, constate Joseph Gautier, président de la Sbafer. Un droit de préemption de la Safer renforcé permettrait de lutter contre la mutation excessive vers ces usages d'agrément.

La chambre d'agriculture souhaite également créer un observatoire des mutations des usages du foncier. Par exemple, pour que soit priorisée la qualification économique des bâtiments agricoles sur leur valeur patrimoniale résidentielle.

Pour mieux faire connaitre le rôle de l'agriculture dans l'économie régionale, l'organisme consulaire compte bien renforcer ses actions de communication, comme les récentes rencontres de l'agriculture, proposées aux élus locaux.

 

Pour en finir avec l'augmentation des charges

Lors de cette session, les élus ont émis un vœu sur l'augmentation des charges. Rappelant que les agriculteurs ne pouvaient répercuter cette hausse sur le prix de vente de leurs produits, les élus ont demandé des soutiens supplémentaires pour les producteurs sous serre, des allégements de charges fiscales et sociales, des mesures d'aides pour les investissements économes en énergie et un plan de développement de la cogénération. La chambre d'agriculture a sollicité un plan européen ambitieux de recherche et développement de matériels économes en énergie.

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