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L'agriculture à la moulinette de l'internationalisation

L'agriculture peut-elle faire face à la mondialisation des échanges ? Peut-elle tirer son épingle du jeu ? Ou fera-t-elle invariablement les frais d'accords internationaux qui la dépassent et qui la traitent comme simple monnaie d'échange ? L'assemblée générale de Cogedis était l'occasion de poser la question à deux chercheurs : Vincent Chatellier et Elvire Fabry... et leurs réponses ne sont pas toutes négatives. 

Elvire Fabry est chercheuse à l'institut Jacques Delors, Vincent Chatellier est ingénieur de recherche à l'Inra et directeur adjoint de l'unité de recherche "smart-lereco". Tous deux étaient interrogés par Pierre Rouault, président de Cogedis, lors de l'assemblée de ce centre comptable à Pacé (35) jeudi dernier. En une heure, ils se sont livrés à un exposé très précis de la situation internationale et des échanges économiques mondiaux, appliqués à l'agriculture, avec une question essentielle, l'agriculture a-t-elle à gagner ou à perdre du développement des échanges internationaux ? Pourra-t-elle tirer son épingle du jeu de la multiplication des accords internationaux bilatéraux, et comment fera-t-elle face à des grands enjeux comme le Brexit ?

L'Europe première puissance commerciale mondiale

Le sujet est complexe, mais quelques grands éléments factuels apparaissent clairement. Le premier est que l'Europe est - et reste - la première puissance commerciale mondiale. Si son positionnement tend à s'effriter, si la Chine la talonne aujourd'hui et ne tardera pas à devenir la première puissance mondiale, elle représente encore 16,7 % du commerce international et est la première puissance en matière d'exportation de produits agricoles.

Seconde évidence, les grandes puissances que sont la Chine et les USA et à un moindre degré l'Europe sont sortis d'une période "calme" de commerce "as usual" pour entrer dans "un tunnel de turbulence commerciale", autrement dit une "confrontation frontale". Donald Trump est arc bouté sur le déficit commercial américain et, pour Elvire Fabry, "s'il n'y a pas un accord à court terme entre Chine et USA, l'impact sur le commerce international pourrait être comparable à la crise boursière de 2008".

Six routes de la soie

La Chine, dans ce même laps de temps, s'est donné les moyens de créer au travers d'accords internationaux une nouvelle "route de la soie", plus exactement six routes qui doivent lui permettre d'une part d'étendre son influence régionale, d'autre part d'exporter plus facilement ses produits manufacturés en Afrique, en Asie, et sur tout le continent nord européen, Russie incluse. La Chine investit dans des voies ferrées, des ports, en prêtant de l'argent aux États, se donnant ainsi les moyens de conserver une place premium en matière d'exportation de produits manufacturés.

Cette stratégie peut, selon Vincent Chatellier devenir une opportunité pour l'agriculture. En effet, le raccourcissement des délais de transport, la mise sur pied d'infrastructures stables et durables permettra peut-être à l'agriculture européenne de proposer ses produits au peuple chinois qui continuera à être structurellement importateur du fait de l'augmentation de sa population et de celle de son niveau de vie.

Elvire Fabry tempère : "On n'a pas pris en compte l'évolution de la Chine depuis son entrée à l'OMC. On n'a pas vu émerger cet éléphant qu'est la Chine et sa route de la soie".

Pour les deux spécialistes des échanges internationaux, si les exportations vont continuer d'évoluer, si les produits exportés vont eux-mêmes évoluer, le commerce international va rester extrêmement attractif. "Tous les produits agricoles ne prennent pas le bateau", rappelle Vincent Chatellier. Mais certains voyagent très facilement voire ont été imaginés pour être vendus à l'export comme la poudre de lait.

Quarante accords bilatéraux

Pour Elvire Fabry et Vincent Chatellier, ce qui caractérise le plus l'évolution du
commerce international ces dernières décennies, c'est surtout l'arrêt presque total d'accords internationaux de grande ampleur. Ce dernier date de Marrakech et de vingt-cinq ans. Depuis, les marchés internationaux sont devenus extrêmement complexes du fait de la multiplication d'accords bilatéraux. Certains font peur, mais ces accords peuvent aussi être l'occasion de faire reconnaître des spécificités comme les indications géographiques et les protéger, chose qui n'était pas admise dans les grands accords internationaux.

Les deux intervenants ont donc sensibilisé leur auditoire à un sujet de plus en plus complexe et difficile à appréhender dans son ensemble. Mais leur discours était aussi rassurant. L'agriculture européenne et de l'Ouest a des atouts. D'une part, tous les produits agricoles ne sont pas soumis à la dynamique de l'internationalisation. D'autre part, la Chine comme le Japon n'ont pas progressé en termes de production laitière depuis dix ans. La progression de leur niveau de vie va les amener à consommer de plus en plus de produits animaux qu'ils sont incapables de produire du fait de leur manque de terres. Pierre Rouault concluait en invitant à oublier le fatalisme ambiant. La France est un pays exportateur, et cela repose notamment sur le savoir-faire des producteurs, la qualité, la traçabilité, la prise en compte de l'environnement, qui sont autant d'assurance revenu à l'échelle de l'exploitation... comme de l'exportation.

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