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L’agro-écologie en "pratiques"

Le FRGeda a maintenu ses conférences "les éleveurs parlent aux éleveurs", incontournables du Space, en visio-conférence. Trois agriculteurs témoignent de leurs choix stratégiques et techniques pour aller vers l’agro-écologie.

"Nous travaillons pour l’instant présent, mais nous travaillons avec la nature ce qui impose de penser au long terme. L’important est de ne pas détruire les sols et de les laisser fertiles pour les générations futures", assure Fabrice, membre du Geda 35.

Le concept : des agriculteurs innovants, testeurs de nouvelles pratiques, expliquent leurs choix, mais aussi les risques pris et les gains obtenus. Les propos sont percutants, souvent techniques, pour permettre aux éleveurs qui assistent à la réunion de projeter ces solutions sur leurs propres exploitations. Fabrice, adhérent au Geda d’Ille-et-Vilaine, explique "mon premier déclic a été l’arrêt du labour. L’idée était de revoir les sols vivre et se développer différemment. Ensuite, au fur et à mesure, de nouvelles idées arrivent et on ne peut plus s’arrêter !". Avec l’objectif de donner le plus de cohérence à son système, Fabrice ré-introduit des arbres dans sa ferme. "Je ne parle pas uniquement de boiser sur les bords de champs mais aussi le centre de nos parcelles. Nous avons planté des arbres tous les 25 mètres pour permettre à la biodiversité, notamment aux insectes, de traverser d’une haie à l’autre". Pragmatique, l’agriculteur a choisi d‘aligner les arbres pour cultiver plus facilement ses surfaces. Il monte également un dossier pour bénéficier d’aides financières de son département pour l’achat des plants. Pour l’exploitant, le premier intérêt de cette ré-introduction des arbres était l’ombre apportée à ses animaux. Ceci dit, il a choisi des espèces multiples, implantant des arbres fourragers, des arbres fruitiers pour diversifier ses possibilités. "Je pense que l’arbre répond à beaucoup de besoins, que ce soit pour la biodiversité, le stockage de carbone, ou la diversification de nos revenus, ce qui donne plus de résilience à nos exploitations. C’est aussi une demande de la société qui trouve un intérêt immédiat mais aussi à long terme dans nos fermes".

Nous travaillons avec la nature ce qui impose de penser au long terme.

Vers l’arrêt du soja

Maxime, agriculteur et membre du Ceta 35, a choisi lui aussi de ne plus labourer ses parcelles et travaille pour implanter des cultures permettant une autonomie protéique de son exploitation. "Les voisins ont d’abord été curieux lorsque j’ai commencé à implanter des méteils protéaginteux sur mes maïs, mais avec la technique du sans-labour je ne pouvais plus utiliser du RGI en dérobé", se rappelle l’agriculteur. En parallèle de l’intérêt protéique, Maxime estime qu’il a "sensiblement amélioré la structure des sols". Il se souvient d’un orage où "il a plu 45 mm d’eau en 30 min. La boue des champs voisins recouvrait la route quand une eau claire s’échappait de mes parcelles. Nous répondons aussi au problème d’érosion des sols avec ces techniques", estime t-il. Coté économique, l’agriculteur annonce une économie de 45 tonnes de soja depuis 2016. Il concède devoir ajouter environ 5 000 euros de fourrage en plus mais globalement le bilan est positif. "Sans compter les engrais chimiques en moins et le fioul pour les passages des outils", ajoute Maxime. Des pratiques agro-écologiques partagées par Fabrice qui explique que "lorsque nos prairies sont équilibrées, nous n’avons plus besoin de soja, ce qui n’est que mieux pour l’environnement". Et d’ajouter : "certes nous travaillons pour l’instant présent, mais nous travaillons avec la nature ce qui impose de penser au long terme. L’important est de ne pas détruire les sols et de les laisser fertiles pour les générations futures".

 

Expliquer ses pratiques

Basé sur des choix personnels, la mise en place de nouvelles pratiques par ces agriculteurs posent parfois questions dans les campagnes. "Si les voisins sont curieux, nous ne sentons aucune réprobation de leur part", assurent Maxime et Fabrice. Ce dernier affirme que "tous les agriculteurs sont soucieux de faire évoluer leurs pratiques, d’être plus vertueux, plus en lien avec les demandes de la société. Chacun à son rythme, mais tous ont cela en tête".  À la tête d’une ferme pédagogique, Tiphaine, adhérente au réseau résagri56, reconnaît que ses voisins ont pu être sceptiques sur son projet mais elle apprécie de pouvoir partager ses pratiques avec ses visiteurs d’un jour, qu’ils soient élèves, enseignants ou consommateurs éclairés. Elle ajoute que "toutes les exploitations n’ont pas la même capacité de changements, certains ont de gros emprunts à rembourser avant de pouvoir faire des changements structurels et il faut l’entendre. A contrario, le consommateur doit être en capacité de choisir son alimentation et ainsi, la ferme qu’il veut pour demain".

 

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