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Lait : au tarissement, l’antibiotique, c’est pas automatique !

Trop nombreux sont encore les éleveurs qui administrent systématiquement un traitement antibiotique à leurs laitières au tarissement. Pour les aider à changer de pratiques, la chaire AEI* vient de mettre au point un OAD, un outil d’aide à la décision, à piloter avec le conseiller d’élevage.

Au moment du tarissement, quatre vaches laitières sur dix sont porteuses d’une infection mammaire.

"Première pathologie des élevages laitiers, les mammites touchent 40 % des vaches en production. Et 40 % des élevages ont au moins une pénalité liée à la qualité du lait dans l’année, détaille Cyril Urlande, vétérinaire. Une vache atteinte, c’est, en moyenne, une perte de 235 kg de lait, pour un coût financier total estimé à 230 €". Face à un tel coût, les éleveurs ont pris l’habitude, dès les années 60, d’administrer un antibiotique au moment du tarissement, traitement curatif pour les vaches malades, préventif pour les vaches saines, en évitant la contamination.

 

Pas de traitement pour les animaux sains

"Mais les choses ont changé, indique le vétérinaire de la coopérative Eureden. Les pratiques d’hygiène, pendant la traite et dans le logement des animaux, se sont améliorées, tout comme les connaissances sur la maladie et ses causes". Et, dès 2012, le premier plan Ecoantibio préconisait l’arrêt de cette pratique au profit du TST, le traitement sélectif au tarissement. "En évitant que les bactéries ne remontent le canal du trayon, l’arrivée des obturateurs a été une révolution".
Et on peut désormais adapter les pratiques en fonction de l’état sanitaire des vaches : un traitement antibiotique pour les mamelles infectées, 4 vaches sur 10 en moyenne, un obturateur pour limiter les nouvelles infections dans les situations à risques, et pas de traitement pour les vaches ou les troupeaux sains. Une pratique qui a cependant du mal à s’imposer dans les campagnes. "Des grilles de sélection d’un traitement au tarissement existent en France depuis près de 10 ans mais elles sont peu utilisées", note Cyril Urlande. En 2019, un projet d’élèves-ingénieurs de la chaire AEI* a mis en évidence les freins, que sont la peur de l’échec, la crainte de nouvelles infections dans le troupeau et la crainte économique si la santé des mamelles se dégrade.

 

Accompagner les éleveurs

"Il faut donc accompagner les éleveurs", résume Nathalie Bareille, enseignant-chercheur à l’école vétérinaire Oniris de Nantes. Un travail auquel se sont attelés deux élèves, l’un d’Agrocampus Ouest, à Rennes, l’autre d’Oniris, et qui vient d’aboutir à un OAD, un outil d’aide à la décision. Pour identifier les situations à risques, qui nécessitent réellement un traitement antibiotique, ils ont d’abord constitué une base scientifique solide, à partir de travaux français et internationaux. Puis ils ont sollicité 33 experts pour mieux cerner les effets des différents facteurs de risque d’une nouvelle infection ou de non guérison, et les hiérarchiser. "Nous en avons retenu 19, 10 à l’échelle de l’exploitation et 9 à l’échelle de la vache, détaille Pierre Levallois, élève-ingénieur à Agrocampus Ouest. Ainsi, une vache qui produit 20 kg de lait/jour au moment du tarissement aura 2,2 fois plus de risques d’avoir une mammite pendant la période sèche qu’une vache à 15 kg".

La clé pour diffuser cette pratique sera la communication entre les éleveurs pionniers et leurs pairs.

Progressivement

Au niveau de l’élevage, le TST se met en place en cinq étapes, en partenariat étroit avec un conseiller, vétérinaire, technicien de la coopérative ou autre. Après en avoir discuté, l’éleveur observe la dynamique des infections du troupeau pendant la période sèche. Puis, à l’aide d’une grille, le conseiller identifie les facteurs de risque à l’échelle de l’exploitation et de la vache et dresse un bilan des bonnes pratiques et celles à améliorer. L’éleveur, qui a appris à diagnostiquer une mammite simplement, à partir de deux critères, sélectionne un traitement adapté sur quelques vaches seulement. L’échange se poursuit avec le conseiller à la reprise de la lactation du lot traité sélectivement. Et progressivement, le TST s’étend à tout le troupeau.

 

Binôme éleveur-conseiller

"La réussite de la mise en place du TST repose sur le binôme éleveur-conseiller, dans le cadre d’une relation à moyen terme dans laquelle l’éleveur reste décisionnaire, le conseiller étant évaluateur et accompagnateur", précise Pierre Levallois. Innovante, la démarche va maintenant être déclinée au sein des trois coopératives partenaires de la chaire AEI, Agrial, Eureden et Terrena, qui pourront l’enrichir. Prévue pour les élevages du Grand Ouest, elle pourra aussi, sans difficulté, être adaptée à une grande diversité de systèmes, agriculture de montagne…. "Et la clé pour diffuser cette pratique sera certainement la communication entre les éleveurs pionniers, convaincus par la démarche, et leurs pairs", estime l’étudiant.

 

* Organisatrice de cette conférence, le 16 septembre dernier dans le cadre du Space, la chaire partenariale AEI, agriculture écologiquement intensive, réunit depuis 2011 les coopératives Agrial, Eureden et Terrena, les écoles Agrocampus Ouest, Esa et Oniris, ainsi que l’Inrae.

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