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Lait : produire plus demain ?

La fin des quotas laitiers est programmée pour le 31 mars prochain. L'occasion pour les producteurs bretons de produire plus ? Un sujet sur lequel s'est penché la session de la chambre d'agriculture, le 22 novembre dernier.

"30 ans après sa mise en place, le système des quotas laitiers va être abandonné au 31 mars prochain", rappelle André Sergent, le président de la chambre d'agriculture, qui veut y voir "une opportunité pour restructurer, sécuriser et consolider la filière, qui pèse 35 000 emplois en Bretagne, dont 8 200 dans le Finistère".

 

Produire plus

 

A quelques mois seulement de "cette évolution majeure", la chambre d'agriculture a profité de sa session, le 22 novembre dernier, pour présenter le plan d'actions élaboré par la chambre d'agriculture de Bretagne et le Cil Ouest. "Nous aurions pu nous replier sur nous mêmes et laisser le train passer". Ce n'est pas le scénario qu'a choisi la filière bretonne.

"Nous avons retenu un objectif de production de 6 milliards de litres à l'horizon 2020, détaille Véronique Boyet, responsable filières productions innovation à la chambre d'agriculture. Une production en hausse de 20% au niveau régional, avec une diminution du nombre d'exploitations laitières, qui passerait de 13 000 en 2013 à 9 000 en 2020, "juste la poursuite de la tendance actuelle", et une augmentation de la productivité, le litrage moyen passant de 240 000 à 350 000 l/UTH.

 

Pour l'export

 

Produire plus ? Laïta a mené une enquête auprès de ses producteurs. Et l'envie est bien là. "Dans le Finistère, on arrive à + 5 à 6%, + 14% dans les Côtes d'Armor et + 20% en Pays de Loire", indique Guy Le Bars, président d'Even. Mais pour quel marché ? "En France, nous consommons déjà l'équivalent de 350 kg/habitant", indique Vincent Chatellier, directeur de recherches à l'Inra. Une consommation qui tend à diminuer, tout juste compensée par une faible hausse démographique.

Si la tendance est la même au niveau de l'Union européenne, les marchés tiers semblent nettement plus porteurs. Ainsi, en sept ans seulement, la consommation chinoise est passée de 27 à 37 kg/habitant. Et, contrairement à l'Inde, où consommation et production progressent de concert, la Chine voit ses importations de produits laitiers flamber, passant de 2 à 8 millions de tonnes équivalent lait entre 2005 et 2013.

 

Et gagner plus

 

"Produire plus, pourquoi pas, s'interroge Christine Corvest, pour la Confédération paysanne. Mais il faut que le revenu suive". "Il faut optimiser les outils en place avec, pour objectif, de dégager le maximum de rentabilité de l'atelier lait, répond Alain Hindré, vice-président de la chambre d'agriculture. Optimiser le potentiel de production, valoriser le potentiel fourrager, améliorer l'efficacité alimentaire". Sans oublier de rationaliser le foncier, de simplifier la conduite animale, avec une approche plus collective, d'intégrer l'organisation du travail, en réfléchissant à la délégation, l'automatisation..., et de privilégier des bâtiments économiques, évolutifs et ergonomiques. Autant de démarches que la chambre d'agriculture pourra accompagner, via différents outils mis à la disposition des producteurs. "Car il y a encore trop d'écarts entre producteurs", affirme Jean-Hervé Caugant, vice-président de la chambre d'agriculture.

Ainsi, une étude menée sur près de 3 000 exploitations laitières par les chambres d'agriculture et Cerfrance Bretagne fait état d'un écart d'EBE de 100 €/1 000 l entre quart inférieur et quart supérieur pour un revenu disponible variant de 7 500 à plus de 37 000 €/UTH familial. "Les exploitations avec revenus élevés combinent une plus grande productivité du travail, avec près de 100 000 l de plus par UTH familial, et une meilleure rentabilité unitaire, avec un EBE avant main d'oeuvre de 254 €/1 000 l contre 164 € pour le quart inférieur", détaille Mathieu Merlhe, du pôle herbivores de la chambre d'agriculture de Bretagne.

 

Quel prix du lait demain ?

 

Mais, demain encore plus qu'aujourd'hui, il faudra faire avec la volatilité des cours. "Il faudra profiter des bonnes années pour se constituer une épargne de précaution", indique Mathieu Merlhe. Un avis que partage Jean-Paul Kerrien, président du Crédit agricole du Finistère. "On ne passera pas à côté d'une réforme fiscale". Et le président du Crédit agricole du Finistère de plaider pour la constitution d'une réserve financière sur l'exploitation, qui ne soit fiscalisée qu'à la sortie, en laissant l'agriculteur libre de l'utiliser quand il le souhaite. "Les seuils de perte de chiffre d'affaires n'ont aucun sens".

"Pour produire plus, le producteur aura besoin d'une relation de confiance avec sa laiterie", rajoute Serge Le Doaré, membre de la section laitière de la FDSEA, en évoquant le prix du lait. "La France est en-dessous des autres pays européens. On n'a jamais profité des hausses".

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