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Laitik, arrêt de collecte chez Philippe Le Barbier

À la fosse ! Producteur de lait à Plaudren (56), Philippe Le Barbier n’aurait jamais imaginé que le lait de ses vaches y finirait un jour. Depuis le 10 janvier, c’est le cas. "Je ne suis plus collecté par la Sica Lait Sprit d’Éthique, sans raison", avance l’éleveur contraint de jeter 900 litres au quotidien.

Philippe Le Barbier, éleveur laitier à Plaudren est collecté par la Sica Lait Sprit d’Éthique dont il est adhérent. Son lait n'est plus collecté depuis le 10 janvier.
Philippe Le Barbier, éleveur laitier à Plaudren est collecté par la Sica Lait Sprit d’Éthique dont il est adhérent. Son lait n'est plus collecté depuis le 10 janvier.
© Terra

Les faits : le jeudi 10 janvier 2019, le camion de collecte de la Sica Lait Sprit d’Éthique à laquelle Philippe Le Barbier livre son lait depuis 2012, n’est pas à l’heure sur l’exploitation. "J’ai même appelé le chauffeur, ça m’inquiétait pour lui. Il m’a dit avoir reçu tôt, le matin même, un SMS lui intimant l’ordre de ne pas me collecter. Moi, je n’ai été prévenu de rien". Le lundi 14 janvier, "j’ai vidé mon tank à la fosse, près de 5 000 litres, devant huissier et avec prise d’échantillons, pour qu’on ne vienne pas me dire après que mon lait n’est pas bon. Je connais la chanson".

Prémonitoire ? Le mercredi 16 janvier, il est reçu par la DDTM. Le jeudi 17, un courrier recommandé en provenance de la Sica l’informe de l’arrêt de collecte... pour défaut de qualité du lait. Or "le lait est bon", affirme l’éleveur. Il explique n’avoir été prévenu de rien, même s’il reconnaît un mois de décembre "avec un peu moins de qualité, un contrôle sur quatre, sinon j’étais à 230 000 cellules en moyenne. Si on doit arrêter de collecter les gars de la Sica pour ça". Philippe Le Barbier parle de faux prétexte invoqué pour le mettre à genou, comme une mesure de rétorsion.

 

Dépôt de plainte

Mettre à la fosse le lait de ses 45 laitières est pour lui un crève cœur et une raison supplémentaire d'agir face au "fiasco de la Sica", d'où son intention de déposer une plainte. "Je ne reculerai pas. Je n’ai pas été prévenu de cet arrêt de collecte", tempête-t-il contre ce qu'il considère comme un sérieux coup de canif au contrat. "Ils viennent d’ouvrir une brèche, et je compte bien aller jusqu’au bout", prévient-il, le regard bleu acier. "Mon objectif, c’est de dégager le bureau et les responsables de cette débâcle. Je demande leur démission et que soient mis en place des gens honnêtes et des responsables qui communiquent", assure-t-il. "On avait tout pour réussir", fait-il valoir, "On était pourtant les premiers sur ce lait en direct du producteur au consommateur. Pour les autres, ça marche du feu de Dieu. Pour nous, c’est une catastrophe : des paysans endettés qui mettent la clé sous la porte. On aurait dû être payés 450 euros des 1 000 litres si le business plan avait été suivi ! ".


Un fiasco

Des 54 producteurs engagés au départ dans la Sica, six ont jeté l’éponge en avril 2018 pour tirer la sonnette d'alarme, inquiets de la pérennité de l’outil et de l’objectif non atteint d'une rémunération correcte des producteurs. "Les dettes sont dans les fermes. Nous producteurs, on a perdu 11 millions d’euros", avance Philippe le Barbier, remonté, déterminé et combatif. "Ces fermes là sont à bout de souffle avec un lait rémunéré au prix spot. En ce moment, ce n’est pas trop mal mais dès que le prix va redescendre, ça va être une catastrophe", redoute-t-il. "Je ne lâcherai pas, pour mes collègues, pour ce collectif qui a cru sincèrement au projet et dont les exploitants ne peuvent plus investir dans leurs outils de production. Du gâchis, c’est abominable", déplore-t-il.

 

"Je níai plus rien à perdre "

"Moi ce n’est pas un problème, j’avais prévu d’arrêter. J’ai des choses à côté. Depuis 6 mois, toutes mes fraîches vêlées sont vendues. Ce n’est plus possible de travailler ainsi", dénonce l’éleveur évoquant "les dettes, la mauvaise gestion, l’opacité de la direction, le despotisme, l’absence de transparence, la manipulation". Philippe Le Barbier accuse, et dit "n’avoir plus rien à perdre". Il n'espère désormais que faire bouger les lignes, convaincre ses collègues. "Si la Sica change de direction, il y a 100 génisses de renouvellement ici, dont 20 prêtes à vêler. Je peux repartir en lait quand je veux, ou bien arrêter". Car pour lui, il n’y a plus le choix : "si les gens ne réagissent pas maintenant, la Sica est morte et on s’assoit sur les dettes", elles seraient importantes assure-t-il combatif, prêt à entamer un bras de fer judiciaire.

Car au delà du bien fondé, ou non, de cet arrêt de collecte, reste le devenir de la Sica et plus encore celui des producteurs, eux qui ont porté le projet à bout de bras. Paradoxalement, malgré leur dynamisme, ils n'ont jamais réussi à se regrouper et peser suffisamment pour faire entendre leur voix.

 


Une longue descente aux enfers

L’histoire de cette Sica aurait pourtant pu s’écrire autrement (lire Terra du 13 juillet 2017
"le grand déballage", du 23 février 2018 et du 6 avril 2018 Lait éthique, suite).

2012, création de la Sica en pleine tempête Entremont. Une cinquantaine d’éleveurs signent pour l’aventure Lait Sprit d’Éthique avec un lait vendu au prix spot, des contrats à la semaine... Les débuts difficiles perdurent. 2016, la Sica devient transformateur. L’usine de Trémorel est opérationnelle en juin avec une ligne d’embouteillage. Le lait est commercialisé au consommateur à 0,67 euros/litre sous la marque Laitik depuis 2017, pour moins de la moitié des volumes. Un lait qui doit rémunérer les 7 millions d’euros investis par des producteurs qui sont toujours payés au prix spot. Les banques ont refusé de financer les travaux. Les demandes de subventions n’ont pu aboutir faute de respect de la procédure… Face à l'impasse, beaucoup de producteurs arrêtent. Une dizaine d'entre eux quittent la Sica au printemps 2018, leur lait est finalement collecté par une laiterie hors Bretagne, mais avec des frais de collecte restant à leur charge, et laissent derrière eux des prêts à la Sica non remboursés.

 

Silence

Contacté par la rédaction de Terra, Monsieur Cousté, directeur de la Sica invoque l’aspect "confidentiel des relations contractuelles entre la Sica et ses apporteurs" et des décisions qui relèvent "de la gestion privée d’entreprise avec ses règles de vie acceptées". Il n'a donc pas souhaité s’exprimer davantage sur le sujet qui concerne "une cinquantaine de producteurs livrant 20 millions de litres de lait".

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