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Le bois technique révolutionne la construction

Si la Bretagne compte quelques beaux massifs forestiers, elle dénombre aussi une multitude de propriétaires qui, dans les années à venir, devront modifier leurs pratiques pour tenir compte des évolutions du secteur. Ainsi, si le bois technique révolutionne déjà les constructions bois, il est pour le moment importé, faute d'usines et de bois disponible localement. Une opportunité à saisir pour les forestiers bretons ?

À Crac'h, un bâtiment de trois niveaux monté en neuf jours par Tanguy Matériaux sur les plans du cabinet d’architecture Horizon Vertical de Vannes.
À Crac'h, un bâtiment de trois niveaux monté en neuf jours par Tanguy Matériaux sur les plans du cabinet d’architecture Horizon Vertical de Vannes.
© Tanguy Matériaux

"On ne pratique jamais la politique de la chaise vide", souligne Bernard Ménez, le président du syndicat forestier du Finistère, en énumérant les nombreuses réunions auxquelles sont invités les représentants des forestiers : CDOA, Safer, structures... Dernier dossier en date : le PRFB, le plan régional de la forêt et du bois, qui devrait donner une feuille de route pour les cinq ans à venir. "À l'occasion de la tempête de 1987, 13 000 ha de forêt ont été reconstitués, moitié en feuillus, moitié en résineux. Toutes les espèces et toutes les techniques sylvicoles ont été utilisées. Avant de préconiser quoi que ce soit, il faudrait commencer par évaluer ce qui a marché ou pas". Sur le principe, la mise en route de cette grande étude a été actée. "Elle fera gagner du temps".

 

Rectiligne et pas trop gros

L'assemblée générale du syndicat, le 15 juin dernier, a aussi été l'occasion, pour les adhérents, de s'informer sur ce qui, demain, modifiera leurs façons de faire en forêt. "Toutes les scieries sont aujourd'hui équipées de l'outil de sciage Canter", note Bernard Ménez. S'il permet des gains de productivité importants, en réduisant de moitié le coût du m3 scié, il exige des arbres de diamètre inférieur à 47-50 cm et cylindriques, à faible décroissance sur la longueur. "On ne reviendra pas en arrière ! À nous d'adapter nos pratiques, en imaginant une sylviculture qui fournisse du bois rectiligne et de diamètre adéquat. Et sans doute abandonner l'idée qu'un gros bois avec un fort volume a plus de valeur".


Des bâtiments bois de 12 étages

Si leur bois est beaucoup utilisé en emballage ou en palettes, les sylviculteurs bretons lorgnent aussi du côté des bois techniques. "Le lamellé collé, que nous fabriquons depuis 1965, nous donnait déjà beaucoup de liberté, notamment en terme de portée", indique Tugdual de Parscau, ingénieur bois au sein du groupe Tanguy Matériaux, à Lannilis (29). Mais l'arrivée du CLT, ou lamellé croisé, en 2010, rebat les cartes. "Désormais, on peut envisager des bâtiments bois à 3, 5 voire même 12 niveaux pour le l'habitat collectif, du tertiaire, des édifices publics".

Les panneaux massifs peuvent être utilisés indifféremment pour les murs, planchers, toitures... Léger, ce matériau résiste au feu, a d'excellentes qualités acoustiques et améliore le confort thermique. Autre avantage, et non des moindres : une fois les panneaux fabriqués en usine, le montage est très rapide. "Neuf jours seulement pour un bâtiment de trois niveaux à Crach, dans le Morbihan, quand il aurait fallu quatre à cinq mois pour du parpaing, estime Tugdual de Parscau. Et la construction se fait en filière sèche, avec un chantier qui reste propre".


Importé

Si le matériau s'annonce prometteur, les achats, pour le moment, se font exclusivement à l'étranger. "Nous ne travaillons que des résineux. Et avons besoin de bois peu nœudés, de 4 à 6 m de long". Mais ce qui empêche un approvisionnement local, c'est l'absence d'usine capable de sécher le bois, pour garantir sa stabilité hygrométrique, et de garantir ses caractéristiques techniques, des données dont aura besoin le bureau d'études pour concevoir le bâtiment. Autre contrainte : "il nous faut une disponibilité importante et ponctuelle. En moyenne, nous recevons 3 000 m3 par mois par bateau au port de Paluden, à Lannilis". "Dans une stratégie bas carbone et de lutte contre le réchauffement climatique, le bois revient au centre du jeu, se félicite Bernard Ménez. Il faut maintenant sensibiliser les pouvoirs publics, obliger à une provenance locale dans les cahiers des charges". À en juger par les récentes constructions de l'école de Tal ar Groas, à Crozon (29), ou du lycée de Suscinio, à Morlaix (29), voilà qui ne semble pas suffisant. "Au dernier moment, pour des raisons budgétaires, c'est l'import qui a été préféré".

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