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Le colza français est-il en danger ?

Le projet de directive européenne RED II entend réduire la part des biocarburants issus des cultures vivrières, dont le bioéthanol et le biodiesel, à 3,8 % en 2030 dans le secteur des transports, contre 7 % aujourd’hui. La commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) du Parlement européen et le conseil spécialisé de FranceAgriMer se sont prononcés en faveur de son maintien à 7 %. Mais l’avenir du colza français s’est assombri avec l’arrivée d'huile de palme et d'huiles argentines. La filière colza française est-elle en danger ?

L'utilisation du biodiesel de colza réduirait de 60 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole fossile.
L'utilisation du biodiesel de colza réduirait de 60 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole fossile.
© Terra

Avec 1,5 million d’hectares cultivés en 2017, le colza est une culture clef de l’agriculture française. En 30 ans, les surfaces ont été multipliées par trois, la production par cinq, elle atteint d'ailleurs aujourd’hui 5 Mt. En coproduisant des tourteaux destinés à l’alimentation animale, la filière colza permet à la France de diminuer sa dépendance aux importations de soja OGM. L’autosuffisance de la France en protéines végétales pour animaux est aujourd’hui de 55 %.

Environ un tiers des graines de colza produites dans notre pays permettent la production d’huile alimentaire. Les deux autres tiers partent en filière énergétique, mais la totalité de ces graines finissent en tourteaux et donc en aliment pour bétail.

Le biodiesel de colza a fait ses preuves en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Son utilisation réduirait de 60 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole fossile (étude IFPEN, 2016).

Concurrences

Outre le taux d’incorporation actuellement en discussion à Bruxelles, la filière colza s’inquiète des importations de biodiesel argentin. Elles ont été rendues possibles par la décision du 7 septembre dernier de la Commission européenne de réduire les taxes à l’importation qui prévalaient jusqu’alors sur les biodiesels produits en Argentine. En effet, en 2013, l’Union européenne avait érigé une barrière douanière contre les biocarburants en provenance de ce pays mais elle a été désavouée par l’Organisation mondiale du commerce. Les droits qui s'élevaient à 22 ou 25,7 % sont, depuis le 28 septembre 2017, de 4,5 ou 8,1 %.

Toute la filière française s’inquiète de cette situation puisqu’on signale qu’immédiatement après le vote de la commission cinq cargos ont pris la direction de l’Europe. Le biodiesel argentin à leur bord (produit fini) serait vendu moins cher en Europe que la graine du colza européen ! Le groupe Avril a déjà réagi à cette menace en annonçant des mesures de chômage partiel pour 2018 dans les usines de sa filiale Saipol.

L'huile de palme : la solution ?

Le coup de grâce pourrait venir de la hausse des importations d’huiles végétales hydrotraitées (HVO). La Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (FOP) dénonce ainsi la reconversion par le groupe Total d’une unité de production de la raffinerie de la Mède (Bouches-du-Rhône) qui va désormais utiliser de l’huile le palme pour produire du biodiesel. La production annuelle d’HVO de Total passerait ainsi de 20 000 à 500 000 t, concurrençant d’autant le biodiesel issu de la filière agro-industrielle française.

Jean-René Menier suit ce dossier à la FOP pour le compte de la Bretagne. Il s’inquiète beaucoup des répercussions de ces différentes évolutions. Il estime ces décisions incompréhensibles. D’une part, parce qu’elles favorisent l’utilisation d’huile de palme largement contestée. D’autre part, il estime que la perte de rentabilité de la filière française serait catastrophique pour l’élevage et nous mènerait à une impasse. En effet, en l’absence de tourteaux produits en France, les filières n’auraient d’autre solution que de revenir à des importations de tourteaux largement OGM, pas franchement dans l’air du temps.

La FOP estime que ces orientations mettent à mal la filière colza française et font peser un vrai risque sur de nombreux sites d’estérification français et européens avec à la clef des conséquences sur les campagnes et l’emploi. La filière biodiesel représente aujourd’hui 20 000 emplois dont 80 % en milieu rural.

La filière colza dans son ensemble a décidé d'intervenir auprès des parlementaires à l'Assemblée nationale et au Sénat et de mobiliser les représentants européens pour tenter de trouver des solutions pour pérenniser cette filière du biodiesel issue du colza, dont beaucoup d'agriculteurs attendent aujourd'hui une valorisation de leur production locale.

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