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En technique simple ou en mixte
Le désherbage mécanique prend racine

Développées par les agrobiologistes, les techniques de désherbage mécanique du maïs intéressent de plus en plus l'agriculture conventionnelle, programme éco-phyto oblige. Pour faire le point sur leurs conditions de réussite, les matériels disponibles et les solutions collectives de leur utilisation, une plate-forme de démonstration a réuni une cinquantaine de participants avec le GAB 56 et la FN Cuma, le 14 juin dernier à St Marcel.

 

Des sols détrempés et une météo pluvieuse ont eu raison des démonstrations de matériels prévues, sur les parcelles de maïs implantées chez Gildas et Guillaume Evain. Mais pas de la motivations d'une cinquantaine d'éleveurs venus découvrir ces techniques de désherbage mécanique. Elles se se répandent de plus en plus. Pour preuve, les acquisitions de matériels faites dans les Cuma du Morbihan, ces 5 dernière années. «30 bineuses ont été acquises, 20 herses étrilles et 7 houes rotatives avec suivi des coûts de mécanisation », pointe Christopher Brachet, technicien de la FD Cuma. Le contexte environnemental avec la reconquête de la qualité des eaux, entachée par la présences de molécules d'herbicides et pesticides dans les eaux superficielles, et le plan écophyto 2018, concourent au développement de ces moyens mécaniques. Les améliorations du matériel, la diffusion des connaissances et le contexte réglementaire également.

 

Réduire les traitements

Producteurs de lait à St Marcel sur 80 ha, les deux frères Evain ont choisi très tôt, dès leur installation, il y a 8 et 6 ans, de s'intéresser à ces techniques. «La réflexion s'est faite avec la Cuma de la Vallée de la Claie et Jean Claude Racouet, son président. Nous étions un certain nombre d'agriculteurs conventionnels à chercher à réduire au maximum nos traitements et on voyait nos collègues en bio s'en passer carrément grâce à ces outils spécifiques». Sur ce bassin de la Claie, un CTE avec réduction de produits phytosanitaires est proposé en 2004. Une désherbineuse est alors achetée par la Cuma. La preuve de l'efficacité était ainsi faite. Et pour les moins aguerris, elle est équipée d'un système de pulvérisation sur le rang, permettant un rattrapage qui ne compromet pas le rendement de la culture.

 

Sécuriser l'itinéraire

 

Cette utilisation de techniques mixtes, avec des outils d'aide à la décision adaptés, tel l'opti'maïs proposé par le GAB, permettent de sécuriser les itinéraires. D'autant que le désherbage mécanique permet aussi le binage. «C'est même très impressionnant de voir le maïs prendre un coup de fouet après le passage de la houe. Sur sol croûté, ça repart tout de suite, c'est spectaculaire», estime Guillaume Evain, adepte de la solution mécanique. « Puis nous avons acheté une houe rotative pour élargir le panel», pointe Jean Claude Racouet.

 

Semer en terre réchauffer

 

Mais pour être réussie, la technique de désherbage mécanique comporte des impératifs à respecter et doit s'envisager avant le semis. La pression d'adventices sera limitée grâce à des rotations longues, diversifiées et des faux semis. Il faudra également veiller à«semer en sol réchauffé, pas avant le 1er mai» insiste Fabien Pucel, technicien du Gab. Une précaution essentielle pour que le maïs lève vite, plus vite que les adventices. Un semis qui sera d'autant meilleur qu'il se fera en sol profond et sur un lit nivelé. Quant au type d'outil ? Herse étrille, bineuse ou bien houe rotative, ces techniques nécessitent d'intervenir dans une bonne fenêtre météo, «lors d'un temps séchant et elles demandent observation et réactivité», ne cache pas le technicien.

 

Claire Le Clève

 

 

 

 

Des matériels et des techniques

 

La herse étrille :

 

Ce matériel travaille le rang et l'inter-rang de la culture de maïs, sans dommage pour celle ci, jusqu'au stade 3 à 4 feuilles. Son agressivité sera d'autant plus forte que l'inclinaison et la vitesse de passages seront importants. Si le réglage de l'outil est délicat, son efficacité dépendra aussi de la régularité du terrain. Sa polyvalence sur de multiples cultures est intéressante.

La Cuma de Limerzel « La laisser dire » a acquis une herse étrille, en 2010, au prix de 4900 euros, hors subvention (jusqu'à 40 % d'un montant plafonné). «Tout le monde utilise ce matériel, y compris les conventionnels pour le maïs », note son président. Utilisée sur 315 ha, le coût de revient de cette herse étrille est de 3,5 euros par hectare, soit 20 à 25 euros l'ha avec chauffeur.

 

  

La houe rotative

 

Intéressante pour éradiquer les mauvaises herbes au stade précoce du filament, la houe rotative était utilisée à la base en décroûtage. Nécessitant peu de réglage et offrant un bon débit de chantier, (5 ha/h et 15 km/h), la houe peut être passée depuis la prélevée jusqu'au stade 3-4 feuilles. Matériel lourd, cet équipement requiert une bonne puissance de traction.

Celle acquise en 2012 par la Cuma de la Vallée de la Claie, est la 6 éme dans le Morbihan. Son prix, 12 500 euros en 6 m pour 100 ha. Prix de revient 15,8 € /ha, avec la main d’œuvre chauffeur : 27 €/ha. « On est plein apprentissage, note Guillaume Evain. Il ne faut pas avoir peur de passer tôt, 4 à 5 jours après le semis avec un débit de chantier rapide. On peut aussi intervenir sur haricots, épinards. »

 

Désherbineuse

 

En inter-rang, son débit de chantier est moindre que celui de la houe rotative avec 1 à 2 ha par heure. Il faudra veiller à avoir un matériel qui corresponde à la largeur du semis. «Nous travaillons désormais en 6 rangs, au semis et avec la désherbineuse », pointe Guillaume Evain. Acheté 8910 euros en 2004, pour travailler 65 ha, le prix de revient de ce matériel est de 10,8 euros/ ha. Il a été acquis à la suite de la mise en place d'un CTE avec réduction de produits phytosanitaires. 7 adhérents de la Cuma de la Vallée de la Claie venaient de contractualiser. « Nous pouvons travailler avec jusqu'au stade 8 à 10 feuilles. Il faut de bonnes conditions d'hygrométrie que nous trouvons tôt le matin, ou tard le soir. Nous avons installé un système de pulvérisation dessus. Aujourd'hui nous travaillons plus de 100 ha "

Pour Jean Louis Le Roch de Ménéac

« La première des voies est la rotation »

 

Installé depuis 1986 sur 230 ha à Ménéac, Jean-Louis le Roch est devenu agrobiologiste, l'année suivante, en produisant du fourrage de vente, des plants de pommes de terre mais aussi des légumes, des céréales pour l’alimentation humaine et un troupeau allaitant (60 droits à produire). Pour faire diminuer la pression des adventices dans ses parcelles de maïs, dont il a diminué la surface, la première des voies, pour lui, est celle de la rotation sur 7 ans. Dans son assolement : la luzerne, «Avec 3 années de luzerne, on calme tout le monde, rumex, liseron et chardon », explique t-il adepte des fourrages de vente auprès de producteurs bio, pour optimiser ses rotations. Viennent ensuite des pommes de terre, pois, céréales, pairie....Idéal après pâture, le maïs bénéficie alors de l'azote dispensé par les légumineuses. «Une implantation de prairie coûte cher mais c'est bien plus intéressant pour le maïs, le sol est bien préparé. On fait des économies sur le semis et on retrouve des sols où il y a de la vie ». Après la rotation, la deuxième voie pour limiter la pression des adventices est pour Jean-Louis le Roch, l'implantation de couverts végétaux, très tôt « dès le mois d’août avec moutarde ou colza fourrage, on retrouve de la structure et c'est moins salissant ». Selon lui, « il ne faut pas hésiter à être opportuniste, pour désherber : y aller quand c'est propre, au stade filament puis choisir son outil selon le stade et pour ça, avoir la panoplie complète», pointe - t-il. Avant tout achat ? « Testez chez vous avec du matériel en Cuma, demandez des démonstrations », préconise - t-il.

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