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Le flexitarisme, ce mode de vie de l’omnivore moderne

Le Centre Culinaire Contemporain a choisi de défricher le sujet du flexitarisme en creusant les motivations et les usages de ces consommateurs qui prennent le parti de diminuer leur consommation de viande. Une conférence, suivie d'une table-ronde était programmée le 24 septembre. Cette thématique inaugurait les études "Defrich’usages", pensées pour décrypter les mutations alimentaires actuelles.

flexitarisme
Là où les assiettes étaient auparavant structurées autour d’une protéine animale centrale, le végétal prend aujourd’hui une place majeure.

Pourquoi et comment devient-on flexitarien ? Comment s’exprime le flexitarisme au quotidien ? Quels sont les bénéfices du flexitarisme ? Autant de questions auxquelles tente de répondre l'étude qualitative* menée par la sociologue Claire-Marie Lévêque. Pour commencer, ce terme qui serait né aux États-Unis en 1985, suite à l'organisation d'une journée sans viande, désigne les consommateurs qui limitent leur consommation de viande. "Le flexitarisme est un acte alimentaire multifactoriel. Il est néanmoins possible d’en repérer des contextes favorisants et des déclencheurs", souligne Claire-Marie Lévêque. Les éléments déclencheurs peuvent être d'abord liés à l’importance de l’alimentation pour son bien-être. On retrouve ici l’expérience personnelle d’un trouble alimentaire, ou encore le fait de devenir parent. D'autres déclencheurs sont cette fois davantage liés à la défiance, comme le sentiment d’une manipulation du consommateur ou encore une critique forte du "capitalisme agro-alimentaire et sa production intensive". Enfin les motivations sont aussi liées au sentiment de responsabilité, voire d’engagement, avec "une prise de conscience face à la précarité des agriculteurs et des éleveurs, ainsi qu’aux petits commerces alimentaires par exemple".

 

Des pratiques et des stratégies

Chez les flexitariens, la diminution de la consommation de viande est un objectif emblématique, bien que pas le seul. Pour y parvenir, les consommateurs agissent sur la fréquence de consommation, la quantité, la nature de la viande et adoptent des produits de compensation. Pour autant la viande demeure un aliment consommé et apprécié, synonyme de plaisir. "Dans les occasions où la viande est la composante principale de l’assiette, on observe une aspiration à accorder davantage d’attention à la viande choisie. Elle est plus souvent prise chez le boucher ou chez le producteur", ajoute la sociologue. Et d'ajouter : "Il s’agit bien de diminuer la viande mais pas d’édulcorer son expérience de consommation, au contraire". Dans les repas plus quotidiens, des pratiques culinaires et des stratégies d’évitement sont mis en place pour diminuer la viande sans l’exclure. Dans la préparation par exemple : sont privilégiés les petites portions, les émincés qui allègent la dose, ou une assiette complète multi-ingrédients.

Enfin, l’étude révèle que le flexitarisme n’est pas perçu comme un simple régime. "Le flexitarisme s’affirme comme un agréable compromis. Il permet de ne pas diaboliser la viande qui reste toujours appréciée pour son intérêt nutritionnel et est source de plaisir. Il s’agit ici de proportions, en intégrant davantage de végétal", conclut Claire-Marie Lévêque. Finalement le meilleur qualificatif pour décrire ce consommateur ne serait-il pas celui d’un omnivore moderne ?

* Cette étude est une étude qualitative menée auprès de sept consommateurs, de catégories socio-professionnelles variées, de toute la France et dont une partie a été interviewée à leur domicile.

 

 

Ils ont dit

Philippe Legrand, professeur en biochimie, spécialiste en nutrition humaine à Agrocampus / Pour moi, le flexitarisme, c'est un non événement. Un flexitarien est juste un omnivore qui s'interroge. Il ne faut pas limiter le débat végétal/animal aux protéines, car la viande apporte aussi du fer et des vitamines B12, indispensables, qu'on ne trouve que dans les produits animaux.

Bernadette Loisel, chambre d'agriculture de Bretagne / Nous sommes attentifs à l'évolution de la consommation car cela impacte les productions des agriculteurs. On l'a constaté par exemple avec la transformation du marché de l'œuf.

Jean-Marie Baudic, chef du restaurant Le Ciel / Cela fait plus de quinze ans que je mets plus de végétal dans mes assiettes. Être flexitarien, on pourrait dire que c'est être normalien, car finalement, c'est retrouver plus de cohérence au sein de l'assiette.

Erwan Etrillard, éleveur de viande bovine / Sur le plan environnemental, on sait que l'agriculture est consommatrice d'énergie mais on met en place beaucoup de choses, comme les bilans carbone, ou en matière de bien-être animal.

Dominique Pesson, directrice d'études qualitatives et sémiologue / Sur l'étude des packs produits, on note quelques signes majeurs qui positionnent les marques dans la notion de flexitarisme. On est dans le mignon, le gentil, voire un peu infantile.

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