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Le légume industrie rétrécit

Si la Bretagne est une grande région productrice de légumes de conserve et surgelés, ses surfaces continuent à baisser. L'Union des organisations de producteurs de légumes industrie (Uopli) alerte les pouvoirs publics sur la pérennité des exploitations, exigeant plus de souplesse réglementaire en matière d'irrigation.

Olivier Penn (droite) président de l'Uopli et Jean-Claude Orhan, vice-président.
Olivier Penn (droite) président de l'Uopli et Jean-Claude Orhan, vice-président.
© Terra

En France, l'année 2015 n'aura pas été une bonne année pour le légumes de conserve et surgelés. Dans l'hexagone, les surfaces et les volumes ont décroché. Si en 2000, 70 000 ha de légumes industrie étaient cultivés (près de 80 000 ha en 2002), en 2015, la surface tombe à 56 000 ha. Les débouchés sont plus compliqués. "Cela ne sort pas comme auparavant. Les stocks sont importants chez les industriels. La consommation intérieure est peu forte même si elle a regagné en 2015", analyse Delphine Pierron de l'AOP Cenaldi (1). Alors que l'export représente un débouché important (50 % de la production française exportée), la spécialiste déplore la baisse des parts de marché de la France. "Nous avons passé un cap où la France ne reprend pas de parts de marché à l'export. Il faut se poser la question de cette baisse", lance-t-elle.

La Bretagne poursuit la baisse des surfaces

En 2016, le niveau historiquement bas des surfaces contractualisées se maintient mais avec de grandes disparités entre régions. La Bretagne qui a maintenu son potentiel en 2015 (autour de 20 500 ha) poursuit sa tendance à la baisse. En 2016, les surfaces totales chuteraient de 7 % en Bretagne, contre 3 % dans l'hexagone selon les prévisions de l'AOP Cenaldi.

Les stocks, la consommation atone conduit à une pression sur les prix, avec une grande distribution qui "en profite en demandant parfois l'impossible à la famille du légume", explique le président de l'Uopli (2), Olivier Penn, lequel mentionne une concurrence déloyale au sein de l'Europe. Selon lui, l'irrigation, si complexe à mettre en oeuvre en Bretagne, est un point crucial à la pérennisation des exploitations bretonnes sous un climat qui se réchauffe. "Seuls 40 % des légumes bretons sont irrigués, quand dans le Nord, il y a 100 % d'irrigation. Il serait bien déjà de sécuriser ce point", décrit Olivier Penn. En effet, les producteurs évoquent des situations épiques et un enlisement des dossiers par les pouvoirs publics. "Depuis 2007, et un sursaut en 2011, c'est le stand-by. On n'arrive plus à créer de réserves", atteste Benoît Carteau de la chambre d'agriculture (Morbihan). Des aspects environnementaux et budgétaires freinent la création des plans d'eau d'irrigation en Bretagne : interdiction de créer une réserve en zone humide, renforcement du cadre réglementaire selon le Sage en cas de réserve avec alimentation complémentaire (30 % des cas), attente du programme de financement 2014-2020... En effet, en 2013 la profession avait demandé que se poursuivent les aides publiques à la création de réserves d'irrigation (2007-2013). En mars 2016, la notification du programme d'aides décidé par le conseil régional (octobre 2015) n'avait toujours pas été envoyée à la Commission européenne. "On a besoin de signaux forts pour sécuriser les usines et renouveler les générations", lance Jildaz Piron, trésorier. "Il ne faudra pas s'étonner si demain les surfaces baissent et des usines ferment", conclut agacé Jean-Claude Orhan, vice-président de l'Uopli.

(1) Association d'Organisations de Producteurs de légumes de plein champs à destination industrielle agissant sur l'ensemble du territoire français métropolitain.

(2) Uopli regroupe les organisations de producteurs de la Cecab, Clal St-Yvi et Triskalia.

 

Campagne 2015 en France

 

Pois

Surface totale : 22 000 ha (-8 % /2014 ; -9 % / 5 années précédentes) - Bretagne : 34 %

Volume total : 160 600 t (-14 %/2014)

 

Haricot

Surface totale : 21 900 ha (- 18 % / 2014) - Bretagne : 36 %

Volume total : 273 300 t (-18 % / 2014)

 

Flageolets

Surface totale : 3 400 ha (- 26 % / 2014) - Bretagne : 49 %

Volume total : 22 000 t (- 30 % / 2014)

Sous pression

Le paysage d'ici 10 ans décrit par Bernard Le Delliou de l'institut technique Unilet n'est pas très optimiste. Sur quoi peut se reposer le légume de conserve et industriels demain face aux demandes sociétales et aux menaces sur la compétitivité agricole et industrielle ?

La génétique, non. Les 4 sélectionneurs généralistes mondiaux ont aujourd'hui une approche globalisée, bien loin des problématiques locales. Parallèlement, la création variétale est arrêtée, les variétés proposées vieillissent. "L'âge moyen des variétés de petit pois dans les catalogues est de 27 ans", atteste Bernard Le Delliou. "Et pour l'épinard, il n'y a plus de spécialiste en France. Il faut aller voir les Hollandais".

La santé des plantes, non. "La chimie est sans perspective", estime-t-il.  A titre d'exemple, dans la catégorie des herbicides, 31 matières actives ont été retirées, soit un solde de 26 matières actives en 2014. "Mais 14 sont menacées à l'horizon 2023".

Le biocontrôle, l'alternatif. "J'attends les innovations : on travaille ce qu'on faisait il y a 20 ans", indique le spécialiste.

Son souhait : créer de l'innovation, accompagner les producteurs (coûts) et "laisser du temps au temps".

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