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Le long chemin de la reconquête de la qualité de l'eau

Comment parvenir à 10 mg/l de nitrates dans les eaux superficielles alors que climat et sols bretons se liguent pour transformer la matière organique en nitrates ? Organisé par les GAB, groupements d'agriculteurs biologiques 22 et 29, un colloque a tenté d'y voir plus clair le 30 novembre dernier, à Morlaix.

De gauche à droite : Olivier Bomelear, commissariat général du développement durable (ministère de l'écologie), Patrick Durand, Inra Agrocampus Rennes, Julien Adda, délégué général de la Fnab, (Fédération nationale de l'agriculture biologique), et Jean-Jacques Brot, préfet du Finistère.
De gauche à droite : Olivier Bomelear, commissariat général du développement durable (ministère de l'écologie), Patrick Durand, Inra Agrocampus Rennes, Julien Adda, délégué général de la Fnab, (Fédération nationale de l'agriculture biologique), et Jean-Jacques Brot, préfet du Finistère.
© terra

"De 1970 à la fin des années 90, le nombre de porcs charcutiers a progressé de 10 millions de têtes en Bretagne. Et les taux de nitrates, dans les rivières, sont passés de 10 à 38 mg/l". Si, pour certains, la relation de cause à effet ne fait aucun doute, pour Patrick Durand, de l'Inra-Agrocampus de Rennes, les choses sont beaucoup moins simples ! "Certes, les fuites d'azote sont liées à un bilan apports-exports excédentaire... Mais ce lien est très complexe".

Les sols fabriquent du nitrate

 

Si les parcelles agricoles bretonnes perdent de l'azote, le chercheur évoque d'abord des causes naturelles. "Ici, été comme hiver, les sols fabriquent du nitrate, facilement lessivable, à partir de la matière organique". De plus, la saison de drainage est longue, de novembre à mars, à une époque où les plantes prélèvent très peu d'azote. "Et beaucoup de sols sont perméables et peu profonds : entre prélèvement par les plantes et entraînement par l'eau, c'est la course !"
Mais l'agriculture a aussi sa part de responsabilités, via un excédent de fertilisation, une mauvaise répartition des effluents sur les cultures, un décalage entre disponibilité de l'azote et besoins des cultures, des couverts inefficaces, une mauvaise gestion des prairies ou des résidus de cultures...

Des résultats décevants

 

Changer les pratiques agricoles pour diminuer la teneur en nitrates des eaux superficielles ? "La rivière est un mélange d'eaux de tous âges, indique Patrick Durand. Et l'inertie du bassin versant est telle que la décroissance du taux de nitrates est lente". Les zones humides sont potentiellement très efficaces pour réduire ces taux. "Mais, en Bretagne, leur rôle est limité par leur perméabilité. Et le fait que les flux aient lieu en hiver, à un moment où elles sont moins efficaces". Si les haies ralentissent les flux, leur efficacité est faible quant à la réduction du taux de nitrates, comme l'est aussi celle des bandes enherbées, plus efficaces pour piéger les pesticides.
En Bretagne, une vingtaine de bassins versants ont été modélisés, afin d'estimer les résultats des changements de pratiques. Et les résultats sont décevants. "En 10 ans, les apports d'azote ont diminué de 40 kg/ha, ce qui a permis une réduction du flux d'azote vers la rivière de 12 kg/ha, soit une efficience de 30%". Des mesures renforcées, limitant encore les apports de 23 kg, auraient des résultats moindres, avec une réduction du flux de seulement 3 kg et une efficience de 13%. "Notamment parce qu'à cause de la baisse de
rendement, les cultures exporteront bien moins d'azote". La solution ? "S'arranger pour diminuer les apports sans diminuer les rendements", avance le chercheur, en citant des systèmes à base d'herbe, des couverts qui prélèvent toute l'année... "Il faut aussi des paysages variés, complexes, pour maximiser les chances de récupération des fuites".


Des aides à hauteur des enjeux

 

Mais, pour réduire drastiquement le taux de nitrates dans l'eau, de telles mesures ne seront pas suffisantes. Or, "une petite diminution des teneurs en nitrates ne suffira pas à diminuer les marées vertes, estime Alain Ménesguen, de l'Ifremer Brest. Il faudrait parvenir à 10 mg/l pour réduire les marées vertes de moitié". Un taux atteint par la ville de Munich, en optant, entre autres, pour l'agriculture biologique. "En moyenne, les pertes sous cultures bio sont inférieures de 15 à 40%, indique Patrick Durand. Mais, en bio comme en conventionnel, la variabilité est très forte".
Et, en cette période de crise, comment trouver les financements à de tels changements ? "Tous les ans, les pollutions diffuses coûtent entre 1 100 et 1 700 millions d'euros, calcule Olivier Bomelear, du ministère de l'écologie. Dans une aire d'alimentation de captage d'eau potable, l'absence d'excédent d'azote entraîne un bénéfice de 720 à 1 830 €/ha. Et la valeur de la dénitrification par les zones humides peut être estimée entre 2 800 et 4 240 €/ha par an". De quoi ouvrir de nouvelles perspectives "et donner une idée des aides qui pourraient être octroyées à ceux qui joueraient le jeu".

Chantal Pape

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