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Pousse de l'herbe
Le manque d'eau hypothèque les rendements

Un temps froid et sec en hiver et au printemps, des pluies qui tardent à arriver et, déjà, l'herbe accuse un retard de rendement de l'ordre de 1,3 à 1,4 t de matière sèche à l'hectare. Le point avec Pascal Le Coeur, responsable de la station de Trévarez.

Pascal Le Coeur, responsable de la station expérimentale de Trévarez.
Pascal Le Coeur, responsable de la station expérimentale de Trévarez.
© Chantal Pape

"La situation n'est pas catastrophique". Pascal Le Coeur n'aura de cesse de le répéter tout au long de l'entretien (réalisé le 27 mai dernier) "qu'un peu de pluie survienne, et l'herbe va exploser". N'empêche ! "On cumule plusieurs handicaps". Et le responsable de la station de Trévarez de citer un hiver froid et long, qui a bloqué la pousse de l'herbe. "En Finistère, entre le 11 novembre et fin février, on est habitué à une pousse de l'ordre de 5 kg MS/ha/jour, un stock que l'on retrouve pour amorcer la saison de pâturage. Or, cette année, pendant 4 mois, les températures n'ont jamais atteint les 10°".

Un vent d'est, qui dessèche

Un mois de mars doux et humide aurait permis de rattraper le retard, mais il ne fut pas au rendez-vous. "Et avril a été sec et froid, avec un vent d'est qui a desséché les parcelles". Sur cette période, le déficit peut être chiffré à 10-15 kg MS/ha/jour. Mai, "le mois du sprint de l'herbe", aurait dû enregistrer des croissances à 80 kg/jour. "Or, depuis 15 jours, on n'en est qu'à 40, la moitié moins". Et, si les fortes températures du week end dernier ont permis à l'herbe d'exploser dans les zones froides et humides du département, elles ont grillé sur pied certaines parcelles aux terres sableuses.
Pour le moment, les pertes sont évaluées, en moyenne, à 1,3 à 1,4 t/ha. Petite lueur d'espoir, "un été pourri permettrait d'en récupérer une partie"; Et Pascal Le Coeur de rappeler que, l'été dernier, la pousse de l'herbe a été soutenue sur juillet et août, "non pas tant parce qu'il a plu mais parce que la couche de nuages, qui n'a jamais quitté le ciel, a évité de dessécher les parcelles".

Une herbe laitière

Mais, parce qu'à quelque chose malheur est bon, "l'année est exceptionnelle du point de vue de la valorisation de l'herbe : cela faisait bien longtemps que les vaches n'avaient pas fait tant de lait à l'herbe". La raison est simple : la pousse de l'herbe est lente, elle est donc toujours au bon stade au moment où les animaux la pâturent. "Et il n'y a jamais eu de jour de pluie, interrompant l'ingestion". Autre avantage : la maîtrise de l'épiaison va s'en trouver facilitée, tout du moins sur des RGA tardifs. "Les éleveurs ont toujours été un peu à court d'herbe. Elle est donc à bonne hauteur".
Mais les stocks commencent à diminuer. "Les élevages à 25 ares d'herbe par vache en sont toujours à une moitié de la ration à base de maïs. Ceux à 35 ares ont dû rouvrir le silo. Et 40 ares suffisent tout juste à couvrir les besoins des laitières". Certains paddocks n'ont pas pu être débrayés, en vue de constituer des stocks. "Et le foin réalisé le week end dernier affiche un rendement aux deux tiers de la normale". Mais, réalisé dans de très bonnes conditions et sur une herbe jeune, il devrait être de qualité !

La pluie aux abonnés absents

Reste à espérer désormais que la pluie soit au rendez-vous dans les jours à venir ! "Dans ces conditions, l'herbe va exploser et il sera possible de faucher en juin et en juillet, pour récupérer une partie du tonnage perdu". Un bilan fourrager devra être réalisé courant juin, afin de déterminer s'il faut, ou non, ensiler des céréales immatures. "Mais elles ne valent pas un ensilage de maïs, prévient Pascal Le Coeur. Elles sont à réserver aux génisses". En fonction du retour des pluies, il faudra ensuite se montrer opportuniste et profiter de la récolte de ces parcelles, deux mois avant la date prévue, pour y implanter un colza fourrager ou un RGI, afin de récupérer des surfaces fourragères à l'automne. "En conditions favorables, on peut espérer en tirer 3 t MS/ha".
Alors ? Ensiler ou pas ? Difficile, pour le conseiller, de dire aux éleveurs que faire. "Certains ont eu 2 mm de pluie, d'autres 40, résume Pascal Le Coeur. A chacun de s'adapter au mieux, en fonction de sa situation".

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