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Le plan de relance de l'apprentissage peut profiter au monde agricole

Le 4 juin, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé un plan de relance de l'apprentissage, avec notamment une prime à l'embauche pour les entreprises d'un montant de 5 000 € à 8 000 €. Décryptage de l'ensemble de ces mesures, susceptibles de "booster" l'apprentissage en milieu agricole... A condition aussi de trouver des candidats...

Si l’employeur embauche un apprenti au cours de la période allant du 1er juillet 2020 au 28 février 2021, il pourra percevoir, selon l’annonce faite par la ministre du Travail, une aide financière revalorisée dont le montant s’élève à 5 000 € pour les mineurs et 8 000 € pour les majeurs.
© Pixabay

Alors que les entreprises traversent une période difficile liée à la crise sanitaire, comment les inciter à continuer de former des jeunes ? En raison de la crise du Covid-19, l’apprentissage pourrait être fortement impacté. Afin de ne pas pénaliser les apprentis, le gouvernement a annoncé une série de mesures destinées à favoriser les embauches. "Il nous faut maintenir la dynamique de l’apprentissage, les jeunes ne sont pas la variable d’ajustement de la crise", a souligné Muriel Pénicaud, à l'issue d'une réunion qui réunissait certains membres du gouvernement et les organisations syndicales et patronales sur le thème de la protection de l’emploi et de l’insertion professionnelle des jeunes dans ce contexte de crise sanitaire.
Si l’employeur embauche un apprenti au cours de la période allant du 1er juillet 2020 au 28 février 2021, il pourra percevoir, selon l’annonce faite par la ministre du Travail, une aide financière revalorisée dont le montant s’élève à 5 000 € pour les mineurs et 8 000 € pour les majeurs. "Cela revient à faire en sorte que tous les apprentis de moins de 20 ans ne représenteront aucun coût pour les entreprises lors de la première année", a-t-on détaillé du côté du ministère du Travail. En effet, la première année, le salaire minimum d’un apprenti s’élève à 416 € par mois s’il a 16 ou 17 ans et à 662 € s’il a entre 18 et 20 ans. Entre 21 et 25 ans, cela représentera un reste à charge de 175 € par mois. La mesure devrait coûter plus d’un milliard d’euros à l’Etat.

Une aide à l'embauche élargie
Jusqu’ici, l’aide unique à l’embauche d’apprentis était réservée aux entreprises de moins de 250 salariés et pour préparer des diplômes de niveau inférieur ou égal au bac (CAP, BEP, bac pro). Le dispositif d’aide est désormais élargi à toutes les entreprises et pour préparer des diplômes jusqu’au niveau licence professionnelle. "Les entreprises de plus de 250 salariés pourront accéder à l'aide à condition de satisfaire à l'obligation légale de compter 5 % d'alternants parmi leurs effectifs salariés", a précisé la ministre du Travail.
En Bretagne, à la rentrée 2019, on comptait 1 700 apprentis dans l'enseignement agricole, soit une centaine de plus que l'an passé. Et cette mesure d'élargissement des aides pourrait créer un appel d'air. "C'est un très gros coup de pouce pour les exploitations qui hésitaient à prendre un apprenti", confirme Cécile Besnard, directrice du site de formation Agr'équip à La Bouexière (35). "Avant, une exploitation qui souhaitait prendre un BTS Acse par exemple n'avait aucune aide". Concrètement, sur une vingtaine de candidatures de jeunes, une douzaine en moyenne trouvait une entreprise. Avec ces incitations, le taux de réalisation devrait augmenter.

L’apprentissage est une voie d’excellence dans laquelle nos entreprises sont déjà engagées

Attractivité des métiers
Attention pour autant, si ce plan de relance est incitatif pour les entreprises, il ne dédouane pas le monde agricole de travailler à l'attractivité de ses métiers pour avoir des candidats plus nombreux. Autre écueil à éviter : créer un effet d'aubaine pour les entreprises qui pourraient être tentées de recruter un apprenti pour faire le travail d'un salarié. C'est d'ailleurs ce que dénonce le syndicat unitaire de l'enseignement professionnel public (SNUEP) . "Les entreprises préféreront embaucher des apprentis "gratuits" à la place de jeunes déjà formés qui vont devoir attendre pour entrer sur le marché du travail". Pour le Snuep, "l’éducation nationale doit se donner les moyens d’accueillir l’ensemble de ces jeunes dans les trois voies du lycée. Il doit investir dans la formation professionnelle initiale sous statut scolaire qui permet aux jeunes l’accès à la formation et la qualification sans devoir signer un contrat de travail".
De son côté, l'association nationale des industries alimentaires (Ania) et la coopération agricole saluent dans un communiqué cette série de mesures. Pour Dominique Chargé, président de la coopération agricole, "pour proposer aux consommateurs des produits toujours plus sains, sûrs et durables, les entreprises de l’alimentation auront besoin des meilleures compétences et du savoir-faire des jeunes générations. L’apprentissage est une voie d’excellence dans laquelle nos entreprises sont déjà engagées. Nous devons poursuivre cette dynamique pour la développer partout sur les territoires et offrir à notre secteur les meilleurs talents pour poursuivre les transitions écologiques et numériques sur l’ensemble de la chaîne alimentaire".

 

Un délai supplémentaire pour trouver une entreprise

Selon la loi "Avenir professionnel", les jeunes n’ayant pu trouver de contrat d’apprentissage sont autorisés à rester dans leur CFA (Centre de formation pour apprentis) pendant trois mois. Ce délai leur permet de rechercher une entreprise plus sereinement. Étant donné la conjoncture, celui-ci sera prolongé de trois mois supplémentaires, soit six mois au total. Ainsi, les apprentis n’ayant pas trouvé d’employeur pourront rester dans leur centre jusqu’à la fin février 2021.

 

L'apprentissage, un maillon au service de la souveraineté alimentaire

Grâce à une enquête interne la coopération agricole est en mesure de tirer les conséquences économiques de la crise sanitaire qui a ébranlé le pays, en se focalisant sur trois indicateurs : la perte de chiffre d’affaires, les effectifs et l’emploi et les surcoûts occasionnés. Elles ont subi une perte moyenne de 28 % de chiffre d’affaires sur la période de mars à mai avec des écarts importants (pour 27 % des sondées, la perte est estimée à plus de 50 % et pour 5 % d’entre elles, la perte est estimée à plus de 80 %). Pour Jean-François Appriou, président de la région ouest de la coopération agricole, "l'apprentissage est un des éléments à prendre en compte dans un plan de relance plus général pour relever les défis de reconquête des marchés et de la compétitivité. Le tout sous l'angle de la restauration de notre souveraineté alimentaire". Et d'ajouter : "Le challenge du renouvellement des générations est primordial à relever et l'apprentissage est la meilleure école pour former les futurs chefs d'entreprise de demain... À condition par ailleurs de réussir à résoudre cette équation compliquée de vendre demain nos produits plus chers, tout en étant confrontés à la réalité du pouvoir d'achat".

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