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Le prix bas du porc crispe les éleveurs

Au marché du porc breton, la cotation plonge depuis septembre, elle a passé la barre des 1,20€/kg. Après une année 2016 d'exportations exceptionnelles vers la Chine, le spectre d'une nouvelle crise resurgit. Mais quid des solutions une fois de plus ? Plus que la "montée en gamme" demandée par le Président Macron, la fédération nationale porcine (FNP) rappelle les enjeux qu'elle considère cruciaux.

"Depuis la fin août, le tracé du cours du porc au MPB a rejoint celui de 2015 ou du moins le tracé officieux...", indiquait la note du marché du porc breton en octobre dernier. A 1,18 EUR, la baisse du cours du porc a-t-elle atteint le fond ou va-t-elle se poursuivre, plaçant à nouveau les éleveurs dans une situation impossible ? Toutes les places européennes ont vu leur prix dévisser alors que les marchés intérieur (européen) et extérieur semblent saturés de viande de porc.

Sur les huits premiers mois de l'année, les exportations européennes sont en recul de 11 % par rapport à 2016. La Chine, grand manitou à l'échelle mondiale, a importé sur cette même période 897 000 tonnes de viande de porc de l'UE, soit un recul de 32% après une année 2016 exceptionnelle pour les exportations vers la Chine. Excellents stratèges, les chinois font jouer la concurrence, se tournent aujourd'hui vers les américains, multiplient les fournisseurs...

Au marché du porc breton, les regards sont tournés vers l'Allemagne. "L'Allemagne est tonique à l'export alors que l'Espagne patine. Si les pays du nord de l'Europe tiennent, le prix peut se maintenir", analyse Annie Tilly, en charge de l'information des marchés.

Une situation complexe

Hormis les "leaders" - Allemagne, France, Danemark, Italie dont les volumes se retractent- la production porcine est en augmentation en Chine, aux USA, au Canada, en Espagne. "En mai dernier, il y avait 150 000 truies de plus en Espagne. Cela fait un paquet de porcs !", alerte Pascal Le Duot, directeur du marché du porc.

Mais si la situation est compliquée, elle n'est peut-être pas déséspérée. La Chine est toujours engagée dans un plan de décapitalisation de ses petits élevages porcins qu'elle veut remplacer par des "usines à viande". "Même si la Chine entend augmenter sa production de viande de porc de 85 à 90 millions de tonnes, ses besoins passeraient de 90 à 100 millions de tonnes notamment avec la poursuite de l'exode rural, la fin de la politique de l'enfant unique...", décrit Pascal Le Duot.

La filière française à un tournant

Avec la baisse du prix, l'inquiétude de basculer dans une nouvelle crise étreint les éleveurs. Depuis avril 2017, la cotation du porc a perdu près de 25 % de sa valeur, avec un net décrochage du prix français dès le printemps au regard des autres places européennes. "Ce qui agace les éleveurs et les professionnels, c'est l'écart de 5 à 10 ct avec nos voisins allemands et espagnols", s'énerve Paul Auffray, président de la fédération nationale porcine. "En France, nous avons un sérieux problème de compétitivité et d'organisation des filières", résume-t-il. Après l'interpellation ciblée d'Emmanuel Macron à Rungis, l'interprofession travaille à un projet de filière et remettra sa copie le 10 décembre.

Du côté du syndicat national FNP, on veut que les gages portent sur une consolidation de l'étiquetage des produits, sur l'instauration de négociations commerciales transparentes incluant le maillon production, sur la contractualisation, sur les aménagements fiscaux et l'épargne de précaution... "Dans le cadre des Etats généraux de l'alimentation, on veut aussi redonner du sens à l'appellation "Le Porc français" à travers une démarche collective de projet RSE (responsabilité sociétale des entreprises) autour des enjeux de bien-être, d'environnement, de qualité en synergie avec les autres acteurs de la filière [ndlr : la distribution notamment]".

Quant aux éleveurs, au delà des mots, ils attendent de vrais actes. "La montée en gamme, d'accord, mais je pense qu'il faut d'abord répondre aux marchés. Et puis, je constate qu'il y a beaucoup d'exigences envers les éleveurs mais peu d'engagements des pouvoirs publics" insiste Paul Auffray.

Importation des porcelets : de nouvelles normes

Réunis à la Draaf, l'ensemble de la filière, l'administration, les services sanitaires et vétérinaires porcins ont annoncé l'extension du dispositif de pénalités financières au risque DPE (diarrhée épidémique porcine) afin de garder la région Bretagne indemne de la maladie. La souche très virulente de la DPE, très présente en Amérique du Nord (95 % de mortalité dans les élevages), ne semble pas avoir été détectée en Europe mais sa cousine, à faible impact, est déjà apparue sur le sol européen. Les équipes vétérinaires du syndicat national des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) appliquent le principe de précaution pour éviter de possibles mutations aux effets inconnus. Aucune déclaration de la maladie n'étant obligatoire dans la zone de l'Union européenne, l'organisme sanitaire (OS) Bretagne, en accord avec la filière, impose donc une réglementation stricte concernant l'importation de porcelets et demande aux éleveurs concernés de se référer au cahier des charges de l'OS. Les pénalités seront appliquées via Uniporc. Cette nouvelle règle est applicable au 1er décembre 2017. L'union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB), par la voix de son directeur Jacques Crolais, salue la décision unanime de la profession qui a décidé d'agir collectivement pour l'enjeu sanitaire.
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