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Marcel Denieul - Président du Space / Anne-Marie Quéméner - Commissaire générale du Space
Le Space 2020 n'aura pas lieu

"Le Space 2020 n’aura pas lieu", annoncait un communiqué du Salon international des productions animales le 5 mai. L’épidémie de Covid-19 faisait en effet peser de nombreux doutes sur l’organisation du Salon qui réunit chaque année à Rennes quelque 1 400 exposants et 100 000 visiteurs dont 14 000 internationaux. Une décision difficile à prendre mais inévitable afin "de ne pas faire prendre trop de risques financiers à l’ensemble de notre communauté". La prochaine édition du Space est d’ores et déjà prévue en 2021, du 14 au 17 septembre, Marcel Denieul, président du Salon, et Anne-Marie Quéméner, commissaire générale, nous en disent un peu plus.

Vous avez annoncé mardi dernier l’annulation de l’édition 2020 du Space. N’y avait-il pas d’autres solutions ?
Marcel Denieul. Il n’y avait pas d’autres solutions. Nous avions fait un communiqué il y a deux semaines pour indiquer que nous prendrions une décision au plus tard le 15 juin, mais deux jours après, le Premier Ministre Édouard Philippe s’est exprimé sur les grands principes du déconfinement. Lorsque nous avons eu connaissance des règles qui se mettaient en place nous nous sommes dit que ce n’était pas compatible avec la tenue d’un salon comme le nôtre qui attire tous les ans 100 000 visiteurs et 1 400 exposants. Les règles de distance, en particulier, auraient été impossibles à appliquer.
Bien sûr on peut penser qu’au mois de septembre les choses iront mieux, mais il ne nous était pas possible de prendre ce risque là. L’autre point de décision était bien sûr le visitorat international. 14000 visiteurs étrangers chaque année viennent au Space dont l’essentiel hors UE. Or c’était pour eux quasi mission impossible de venir en France, sans parler des exposants étrangers. Chaque jour qui passait ne nous apportait pas plus de sécurité, bien au contraire. On a bien vu la semaine dernière qu’il n’était pas raisonnable d’attendre encore.
Anne-Marie Quéméner. Cette date correspond à l'une des étapes clés dans la construction du Salon et des engagements que doivent prendre les organisateurs mais aussi les exposants et les partenaires. Des commandes auprès de fournisseurs, la logistique, sont passées. Limiter ces engagements dans un contexte incertain était important. C’est à cette date que les exposants passent commande de leur stand, mettent en place la communication, préparent la gestion des équipes, réservent leurs hébergements, etc. En prenant la décision cette semaine, nous limitons l’impact en terme financier et dans l’organisation de l’activité de tous les participants. Certains d’ailleurs comptaient sur le Space de manière forte pour lancer des nouveaux produits ou relancer leurs activités commerciales. Cela leur laisse le temps de se réorganiser. Les exposants dans leur grande majorité nous remercient de prendre cette décision suffisamment tôt.

Marcel Denieul
Marcel Denieul
AM Quémener
Anne-Marie Quéméner

Avez-vous envisagé le report ?
M.D. Nous sommes un salon dont la moitié des surfaces d’exposition est en extérieur, mais surtout à quel moment, à partir de quelle date aurions-nous été certains de pouvoir le mettre en place ? Changer la date c’est aussi se mettre en concurrence vis-à-vis d’autres salons, et enfin, le Space est pour bon nombre d’entreprises à la rentrée, un élément de stratégie d’entreprise, de lancement de nouveaux produits, de contacts réseau et clientèle. Changer de date c’était enlever l’intérêt du Space. Difficile à imaginer.

Une version réduite pour ne pas faire une année blanche ?
A.M.Q.
La situation aurait pu nous amener à un Space en version "réduite" et ça c’est vraiment quelque chose que nous ne souhaitions pas, contraire à nos valeurs. Un événement qui n’aurait pas répondu aux attentes des exposants ou des visiteurs. Laisser imaginer un tel scénario, ce n’était pas quelque chose d’acceptable. C’était engager le Space de manière trop forte, sans que cela ne corresponde à nos engagements, à nos valeurs, aux attentes vis-à-vis du Space.
À plus long terme, pensez-vous que cette pandémie remette en cause la forme de ces grands rendez-vous ? L’internationalisation, les grands événements en espace fermés ?
M.D. Un salon c’est le contact commercial, les nouveautés, les éleveurs qui viennent pour voir ce dont ils ont besoin, mais il existe un autre élément essentiel : la communauté des éleveurs. Cette dimension là fait partie de l’ADN du Space, et il était difficile de l’avoir dans un autre contexte. Mais nous restons vigilants. La période de confinement a été sur certains aspects un accélérateur d’un mouvement. Les habitudes de consommation évoluent, le Space n’échappe pas à la règle.
A.M.Q.  C’est l’avenir qui donnera la réponse à cette question. Depuis l’annonce de l’annulation, nous recevons beaucoup de messages de soutien, de déception, de tristesse. L’annulation va créer un vrai manque. Cette situation inédite est catastrophique à bien des égards. On peut espérer qu’elle ne soit qu’un passage, que les jours à venir seront meilleurs et que l’on pourra retrouver des événements de l’ampleur du Space pour porter la profession.
Les professionnels de l’organisation d’événements rassemblées au sein de l’Unimev travaillent sur un protocole sanitaire à mettre en place à l’avenir dans le cadre de l’organisation et la mise en place d’événements.

Le Space est aussi une caisse de résonance du monde agricole qui va manquer à la rentrée.
M.D. Effectivement je ressens une grande frustration. C’était l’occasion pour les organisateurs et la profession d’une façon générale de mettre en avant les acteurs de la chaîne alimentaire et pas uniquement agricole. Ceux qui tous les jours contribuent à faire tourner les entreprises. On sait que pendant deux semaines au moment du Space l’élevage tient un peu la vedette et pas toujours de façon négative ! Cet aspect de communication va manquer, et professionnellement nous aurons intérêt à être présents à la rentrée. Nous avions en France des événements qui permettaient de mettre le focus de façon positive  sur l’agriculture, les salons bien-sûr mais aussi d’autres manifestations. Les français, et ils ne sont pas les seuls, oublient vite. Je ne voudrais pas qu’on revienne aussi vite "comme avant". L’absence va peut être montrer l’importance de l’agriculture ou l’intérêt des différents acteurs pour l’agriculture.
A.M.Q.   Lorsque nous les interrogeons, les éleveurs de la région expriment une fierté face à un événement comme le Space. Ils expriment un grand attachement à l’événement, à la dimension conviviale et au fait de pouvoir s’y retrouver. Ils soulignent aussi le fait que le Space est un vecteur de progrès au travers des innovations présentées, et un moment privilégié de rencontres. À l’inverse du reste de l’année où ils reçoivent les fournisseurs chez eux, pendant le Space les rôles sont inversés et ce sont eux qui vont chez leurs fournisseurs, cela inverse la relation qu’il ont de façon traditionnelle.

Cette crise va-t-elle changer quelque chose dans les exploitations ? Va-t-on voir l'impact sur le Space 2021 ?
M.D. Quoi qu’il arrive, il y aura des choses différentes parce que le Space est toujours en mouvement ! Un Space n’est jamais identique au précédent. Cette fois, on va mesurer sur un espace temps de deux ans à quel point les choses auront évolué. Notre rôle c’est aussi de donner des éléments de réflexion pour l’avenir. Il va falloir laisser les choses sédimenter et voir ce qui va émerger. Nous allons rester des "éponges", à l’écoute. Mais je retiens quand même de tout cela que l’agriculture bretonne a plusieurs fers au feu, des filières organisées, avec plusieurs types de débouchés. Elle est peut-être plus résiliente qu’on ne l’imaginait. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des choses à faire évoluer.
En tout état de cause, nous vous donnons rendez-vous du 14 au 17 septembre pour l’édition 2021. D’ici là nous donnerons d’autres rendez-vous, d’une autre manière, parce que le Space veut et doit accompagner les acteurs d’ici 2021.

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