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L’élevage de lapin du futur est prêt

Trois acteurs principaux de la filière lapin viennent de présenter un nouveau mode d’élevage, sans cage, correspondant aux demandes sociétales pour plus de bien-être animal.

"Un mode d’élevage en rupture avec l’élevage conventionnel", selon la filière. "Une avancée que nous n’aurions pas cru voir de notre vivant" selon les responsables de CIWF (1). "Un moyen d’avancer dans notre métier", selon les éleveurs. Mercredi 5 juin dernier, lors d’un événement réunissant à Paris les principaux opérateurs de la filière lapin, la presse, la distribution et des élus, un nouveau mode d’élevage des lapins a été présenté.

"Ce n’est pas tous les jours qu’une filière fait ce genre d’annonce", présente Christophe Rousseau, directeur des achats vifs chez Loeul et Piriot, le principal abatteur de lapins en France. L’annonce en question, c’est celle de l’engagement des trois principaux acteurs de la filière lapin, le groupement lapin de la Cavac (CPLB), celui de Terrena, et Loeul et Piriot (2), dans un nouveau mode d’élevage, sans cage, en adéquation avec les demandes des consommateurs et de la grande distribution, mais restant compatible avec une organisation de filière industrielle.

Cet élevage sans cage n’est pas un simple projet : il existe bel et bien, mis en place dans deux fermes pilotes en Vendée depuis un an. Les références techniques et économiques sont disponibles et une dizaine d’éleveurs sont prêts à s’y engager dans les mois qui viennent. Pour promouvoir ce mode d’élevage, une marque va être lancée, nommée Lapin et bien, début janvier, appartenant à Loeul et Piriot, mais valorisant les trois partenaires.

La genèse

L’aventure de Lapin et bien est en effet une histoire collective, écrite d’abord par les éleveurs : depuis plusieurs années, les groupements de Cavac et de Terrena travaillaient, chacun de leur côté, sur des modes d’élevages améliorant le bien-être du lapin. En 2017, ils décident de créer ensemble une association, "Eleveurs et bien", en y intégrant Loeul et Piriot, leur abatteur commun, leader et fin connaisseur du marché, pour travailler sur cette question.

"Nous avons pris les meilleurs éléments issus de nos expériences", confie Pierre Dupont, le responsable de CPLB. Les deux premières installations issues de cette mise en commun ont été faites chez deux éleveurs de la Cavac : d’abord chez Jean-Marie Orseau, à Angles, chez qui le concept a été mis au point, puis chez Didier et Claudie Guinaudeau, situés également en Vendée, à L’Hermenault. Ces derniers devaient changer les cages d’un de leurs deux bâtiments d’engraissement de 2 500 lapins. Lorsque Pierre Dupont leur parle du projet, ils s’y lancent, curieux et sans a priori, "avec l’envie d’avancer".

La structure globale de leur bâtiment, charpente et fosses, reste la même. En revanche, exit les rangées de vieilles cages : elles sont remplacées par une dizaine d’enclos, dont le sol est constitué d’un caillebotis en PVC recyclé, robuste et facile à entretenir. Chaque enclos comprend des refuges surélevés à deux étages, qui offrent aux lapins une aire de repos ou de mise à l’abri (3), deux grandes mangeoires rondes faciles d’accès par l’ensemble des lapins et des pipettes d’eau.

Le cahier des charges Lapin et bien comprend aussi une attention à l’éclairage (chez les Guinaudeau, il est à LED, avec effet jour/nuit), une alimentation comprenant des Omega 3 (Bleu blanc cœur) et une ventilation très pointue, adaptée à l’âge des animaux et à la température extérieure.

Les lapins arrivent dans le parc dès leur sevrage (4). "Ils sont un peu perdus pendant un à deux jours et restent tous ensemble", constate Claudie, "mais très vite, ils gambadent partout. On n’observe pas d’agressivité, car ils ont toujours de quoi fuir ou se cacher". En moyenne, les lapins passent 35 jours dans ces parcs d’engraissement.

Beau et bien

Pour l’éleveuse, l’objectif reste le même qu’avec ses anciennes cages "faire du beau lapin". Après six bandes réalisées avec ce nouveau dispositif, les performances techniques restent bonnes, du même ordre qu’avec l’ancien système. En revanche, ce qui a changé, c’est "son regard" sur les animaux : il est toujours aussi affûté, mais il est "au milieu d’eux, c’est agréable".

Les ambitions des promoteurs de Lapin et bien sont considérables : lancer la marque avec une dizaine d’éleveurs en 2020, mais engager 25 % de leurs producteurs dès 2025. La promotion du bien-être animal s’accompagne d’une volonté de transparence sur la répartition des marges de ce produit, qui sera un peu plus cher que le lapin classique.

Un véritable pari pour une filière confrontée à une baisse de consommation. Et peut-être aussi une forme de clairvoyance : "Si jamais un jour, une législation européenne venait à interdire les cages, nous serions prêts".

(1) Compassion in world farming est une association de défense des animaux dite welfariste. Au contraire des abolitionnistes, elle ne milite pas contre l’élevage, mais contre certaines pratiques. La disparition des cages fait partie de ses revendications.

(2) A eux trois, ils pèsent plus de 50% du marché.

(3) Au total, chaque lapin dispose de 800 cm 2 de surface.

(4) Le bâtiment maternité reste inchangé.

 

 

 

Repères

La production française de lapins assurée par environ 1 200 éleveurs est très concentrées sur le Grand Ouest, en Pays de la Loire d'abord pour 52 % puis en Poitou Charentes pour 16 % et en Bretagne pour 11 %. Environ un tiers des exploitations sont spécialisées. La taille moyenne des exploitations françaises de plus de 200 mères est d’environ 400 lapines par atelier. Pour comparaison, en Italie, la moyenne est de 900 mères et en Espagne de 500 mères quand en Chine on rencontre des élevages de plus de 10 000 mères.

Mais cette production fait face à une forte érosion de la consommation, moins 30 % en dix ans, notamment du fait d'une transformation progressive de la perception de l'animal par beaucoup de consommateurs, qui le rapprochent de l'animal de compagnie. Une image que le comité lapin interprofessionnel pour la promotion des produits (Clipp) tente de rééquilibrer à grand renfort de campagnes de communication sur les qualités de cette viande.

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