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L'élevage a déjà les yeux tournés vers Paris

Le 3 septembre sera une journée nationale de mobilisation du monde agricole à Paris. Xavier Beulin et Thomas Diemer en ont fait l'annonce à la sortie de leur rendez-vous avec le Président de la République et le Premier ministre à l'Elysée le 24 aout dernier. Depuis le début de l'été, les éleveurs manifestent face à la faiblesse de leur prix de vente, à la baisse des revenus et au manque de perspectives. Ils se mobiliseront une nouvelle fois le 3 septembre, pour porter leurs revendications auprès des responsables de l'Etat. Une journée au cours de laquelle les Bretons seront encore en première ligne.

Les responsables de la FNSEA et des JA étaient reçus le 24 aôut à l'Elysée.  A l'issue de cette rencontre, ils ont annoncé une journée nationale de mobilisation le 3 septembre.
Les responsables de la FNSEA et des JA étaient reçus le 24 aôut à l'Elysée. A l'issue de cette rencontre, ils ont annoncé une journée nationale de mobilisation le 3 septembre.
© terra

Le 3 septembre, Paris devrait être le point de convergence de milliers d'agriculteurs venus de toute la France accompagnés d'au moins un millier de tracteurs. Dès le 1er septembre, les convois se mettront en mouvement. La FDSEA du Finistère devrait être la première à prendre la route de Paris en partant de façon symbolique de la pointe Saint Mathieu, pour bien marquer le fait que la détresse qui s'exprime vient du plus éloigné des territoires. Dans les heures qui suivront, d'autres cortèges prendront la route, ou peut-être l'autoroute, pour converger en provenance des grandes régions agricoles de France vers la Capitale.

Une journée à enjeux

Les FDSEA et JA organisent actuellement cette mobilisation. D'ores et déjà, on peut imaginer qu'au regard des nombreuses actions syndicales de cet été, celle de ce début de septembre sera importante. L'enjeu sera d'ailleurs essentiel. Alors que la mobilisation dure depuis plusieurs mois, que jusqu'à présent ce mouvement a reçu un accueil plutôt favorable de la population, la journée du 3 septembre pourrait être l'occasion de passer à d'autres formes de manifestation. La FNSEA ne cache d'ailleurs pas qu'elle attend un certain nombre de réponses à cette date, et qu'elle travaille dès maintenant avec le gouvernement pour faire avancer ces dossiers de sorte à obtenir des annonces ce jour-là, sur deux dimensions : le court terme et le structurel.

Le Premier ministre s’est engagé à recevoir une délégation de responsables professionnels agricoles ce même 3 septembre. Une autre délégation ira à l’Assemblée nationale. Mais la mobilisation prendra aussi une tournure européenne.

Manifestation à Bruxelles le 7 septembre

Une action est prévue le 7 septembre à l’initiative du Copa et de la Cogeca, qui fédèrent les principaux syndicats agricoles européens. Plusieurs milliers d’agriculteurs européens vont se rassembler avec l’objectif d’obtenir du Conseil des ministres de l’agriculture et de la Commission quelques mesures phare, notamment face l’embargo russe qui cause aujourd’hui des préjudices dans beaucoup de filières.

Le Ministre de l'agriculture avait lui-même fait de cette réunion du conseil des ministres une date importante. Les agriculteurs l'appuieront donc depuis la rue sur plusieurs thèmes.

 

Sur la question de l'embargo, la Russie se dit prête à importer de nouveau du porc. Mais il faudrait que l'Europe accepte que les pays frontaliers de la Russie soient exclus des zones d’exportation, une décision liée au problème de la peste porcine africaine détectée dans ces pays en février 2014.

La filière laitière demandera de recréer les conditions de stockage du beurre et de la poudre à des conditions de marché acceptables. Aujourd’hui, le prix "d'intervention " est autour de 220 euros la tonne, il faudrait au moins 260/270 euros la tonne. C'est d'une façon générale la question de l'activation des dispositifs de crise prévus dans la PAC pour venir en aide aux secteurs concernés qui est posée.

Les demandes porteront aussi sur la question de l’étiquetage de l’origine des produits t,out particulièrement pour les produits transformés et les plats préparés, aujourd’hui dans l’impasse, alors que le dispositif fonctionne pour la viande fraîche.

 

A un moment où beaucoup de secteurs agricoles sont confrontés à une crise, la stratégie syndicale consiste aujourd'hui à mettre les politiques et l'Europe face à leurs responsabilités, pour trouver des solutions durables au malaise qui s'exprime depuis plusieurs semaines.

Nous attendons des annonces du Gouvernement

Deux questions à Xavier Beulin.

Que proposez-vous pour restructurer l’agriculture et sortir le secteur de la crise ?

Xavier Beulin. Face aux problèmes soulevés par la FNSEA depuis des mois, voire des années, il nous faut à court terme des réponses significatives, pour les exploitants aujourd’hui en grande difficulté. Par rapport au plan d’urgence annoncé il y a deux semaines, nous demandons des mesures supplémentaires en ce qui concerne les allègements des charges, les exonérations de cotisations sociales, de la Taxe sur le foncier non bâti (TFNB), et des aménagements de dettes - par exemple avec des rééchelonnements ou pourquoi pas, pour certains, une année blanche.

Et surtout, il faut que tout ça aille vite !

Sur le fond, il nous faut des mesures structurelles. Nous attendons un engagement ferme du Gouvernement sur le sujet de la compétitivité agricole et agroalimentaire. Sur le dossier des contraintes, des normes et de la réglementation, j’ai fait une demande de moratoire au président de la République pour que dans l’année qui vient, toute proposition dans ce domaine soit suspendue. C’est un problème de méthode que nous voulons reposer pour nous remettre dans la norme européenne, ni plus ni moins. Nous voulons également réviser la fiscalité pour que soient prises en compte les fluctuations économiques, non pour s’affranchir de l’impôt, mais pour permettre une pondération inter-annuelle. Concrètement, il s’agit de permettre à l’agriculteur qui dégage un revenu une bonne année, de mettre de côté, en prévision d’une année où le résultat sera plus contraint.

En matière d’investissement, vous estimez à trois milliards d’euros la somme nécessaire pour relancer la compétitivité de l’agriculture française…

X.B. Oui, et il s’agit d’un chiffre réaliste et raisonnable. On ne demande pas ces trois milliards au seul Gouvernement, mais nous avons besoin aujourd’hui de modernisation et d’investissement, notamment dans les exploitations agricoles, en matière de rénovation et de mise aux normes. Il y a des moyens à mobiliser au niveau de la BPI, des conseils régionaux qui gèrent le deuxième pilier de la PAC, le tout dans une recherche d’efficacité. Il faut réfléchir à de nouvelles formes de financement et de portage de ces investissements. Car aujourd’hui, un éleveur qui investit dans un bâtiment, un cheptel ou autre, ne le fait pas pour cinq ans mais pour 20, 25, 30 ans.

Quand on décompose l’investissement tout au long de la chaîne alimentaire, le producteur investit jusqu’à trois ou quatre fois plus que les autres maillons. Et quand on sait que sur 100 € de valeur alimentaire, le paysan n’en récupère que 8 €, on constate un vrai déséquilibre. Nous devons adapter les moyens de financement à ces enjeux.

Parallèlement à tout ça, le chantier qui nous incombe peut-être le plus est celui de la contractualisation. Nous avons besoin de contrats qui ne s’arrêtent pas simplement à la relation entre l’agriculteur et l’industriel ou le transformateur, mais qui aillent jusqu’au distributeur, et intégrent la notion de coût de revient et de fluctuation de ces coûts. Aujourd’hui, pour être compétitif, il nous manque 10 à 15 centimes sur le kilo de cochon, 5 à 6 centimes sur le litre de lait… Il faut aller chercher ce delta de compétitivité. Il dépend de l’investissement, des normes, mais aussi de notre capacité à être mieux organisés. Je voudrais préciser ici qu’il ne s’agit pas d’opposer tel ou tel modèle agricole à un autre. L’agriculture française repose d’abord sur la diversité de ses territoires, avec des segments de marché très divers, mais chacun dans son propre segment doit avoir une exploitation compétitive, efficace, sur laquelle il peut investir, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il faut aussi donner la possibilité aux agriculteurs de se regrouper pour mettre en commun leurs moyens de production, gérer ensemble un atelier d’engraissement, une maternité… Nous voulons une agriculture productive et compétitive, mais pas productiviste.

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