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L'élevage, une filière d'excellence et d'avenir

Même si la volatilité des marchés a définitivement introduit l'incertitude et l'instabilité dans les exploitations agricoles, ces dernières se préparent activement à l'arrêt des quotas en 2015, notamment dans l'Ouest de la France, et chaque filière animale tente de percevoir sur les marchés des perspectives positives, de développement. Entre spécialisation et agrandissement des exploitations, toutes les filières animales continuent d'y croire et investissent. Mais toutes les régions de France ne sont pas à la même enseigne. L'Ouest se dessine t-il un avenir différent ? C'est une des questions que Crédit agricole en Bretagne et Terra avaient fait le choix de se poser lors de leur conférence du Space.

Depuis la rentrée de septembre, l'élevage semble remonté au premier rang des priorités. Mais au delà des discours qui demanderont d'ailleurs des actes précis et concrets, Crédit Agricole en Bretagne avait choisi de réunir pendant le Space cinq spécialistes de l'élevage pour tenter d'identifier des points forts des filières élevage, et vérifier si oui ou non l'élevage reste une filière d'avenir dans l'Ouest.

 

Des maux bien identifiÈs

Pour Pierre-Emmanuel Lecocq, spécialiste des filières animales à Crédit Agricole SA, les maux des filières animales sont aujourd'hui bien identifiés. Depuis des années, le taux d'auto-approvisionnement en volumes se dégrade, et depuis cinq ans la balance commerciale se dégrade aussi en valeur.

Les enjeux ne sont pas exactement identiques de la filière volaille à la filière viande bovine mais on retrouve toutefois des constantes. La baisse des volumes de production, entraine pour toute la filière une hausse des coûts de production, une baisse de la profitabilité, et une incapacité de plus en plus grande à investir, à renouveler les outils et à améliorer la productivité.

La compétitivité de l'Ouest se dégrade, les outils ne sont plus mobilisés à 100% et un cercle vicieux se met en place, accompagnés d'une augmentation de la pression réglementaire et d'une augmentation des coûts de production.

Hervé Vasseur, président de Nutrinoë (représentant les fabricants de nutrition animale) explique que la Bretagne a aujourd'hui une masse critique en termes de production et de nombre d'éleveurs. "Je m'élève contre les discours qui parlent de désintensifier la Bretagne", synonymes de perte de volumes de compétitivité et d'emplois à court terme.

 

Des perspectives

Toutes les études tendent à démontrer que des perspectives importantes existent, en terme de marchés. Qu'il s'agisse de blé, de sucre, de viande de porc, ou de lait, d’ici 20 ans, les perspectives d'augmentation de la consommation sont extrêmement importantes de 10 à 15 % dans les pays de l'OCDE mais encore plus importantes dans les pays en développement, Asie comprise. Pour Marcel Denieul, président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, il s'agit surtout de "sortir de notre cadre de réflexion habituel régional ou hexagonal et de travailler dans une logique de filières", "d'identifier nos concurrents à l'échelon européen voire au delà". "L'élevage n'est plus seulement producteur de matière première brute, mais de sécurité sanitaire et alimentaire", poursuit-il .

Hervé Vasseur ajoute : "Les marchés export vont se développer, c'est une évidence. La France peut valoriser son image de gastronomie, de qualité et de sécurité des produits. Des opportunités vont donc se présenter. Pour attaquer ces marchés, il nous faudra maîtriser nos coûts de production et surtout disposer de filières solides et solidaires".

Jean-Yves Carillet, directeur de Crédit agricole en Bretagne, insiste : "l'exportation c'est simple, il existe aujourd'hui beaucoup de moyens d'accompagnement et d'outils, qui font que l'exportation est aujourd'hui aussi sécurisante qu'un marché local".

"L'accroissement du chiffre d'affaires demain se fera sur le plan international, estime également Yves Trégaro de FranceAgriMer. Mais construire une stratégie export ne signifie pas abandonner les marchés européen et français qui sont un socle stable et surtout solvable".

 

Alors les filières d'élevage seront elles demain les filières d'avenir ? Hervé Vasseur résume les grands axes de travail. Le souci majeur des éleveurs comme des industriels sera demain la visibilité.
Il est possible de s'arbitrer sur les achats mais pas sur les prix de vente. Il sera donc indispensable demain d'amener de la sécurité
et de la lisibilité. Jean-Yves Carillet de conclure sur ces mots :  "l'avenir de l'élevage passe par des filières fortes, des filières qui réalisent
un travail collectif associant le sommet et la base de la pyramide pour une vision partagée de l'avenir". L'innovation en sera une des clés.

CrÈer et entretenir
une ambiance

Et si le maintien des filières d'élevage passaient par la création d'une ambiance pour l'élevage ? On parle déjà souvent d'une ambiance laitière. Mais on observe souvent, qui à l'initiative d'un négociant d'aliment, qui d'un abattoir, la création et le développement de filières. Pour Roger le Guen, sociologue et chercheur à l'ESA d’Angers, "les discours des industriels sont assez négatifs, voire insécurisants. Il existe un décalage important entre le sommet de l'organisation et le terrain. La réflexion prospective lorsqu'elle existe au sommet n'est pas partagée et les producteurs sont dans l'impossibilité d'être dans l'échange et le débat. Il existe donc un travail important à faire pour conserver une dynamique collective. Les grandes cultures avancent partout, et il faudra peut être trouver des solutions entre les différents systèmes spécialisés. Ce qui commandera au final sera probablement le facteur travail", conclut-il. La dimension travail sera fondamentale et il faudra l'appréhender dans toutes ses dimensions : conseil, formation, spécialisation, etc. Et il sera nécessaire d'établir une communication positive et factuelle.

 

Le paysage laitier totalement redessinÈ

L'arrêt des quotas laitiers sera pour toute la filière, une véritable révolution. Marcel Denieul indique : "si nous sommes en France les champions du pessimisme collectif, les agriculteurs restent optimistes sur un plan individuel". Même si comme le note Olivier Auffray, "beaucoup de producteurs ont aujourd'hui peur de la sortie de l'encadrement, et attendent un accompagnement de la part notamment de leurs entreprises", pour savoir s'ils peuvent investir et si l'entreprise les accompagnera durablement dans leur projet. .

Yves Trégaro apporte de son côté un éclairage tout à fait particulier. Les éleveurs se préparent aujourd'hui à appuyer sur l'accélérateur de la production dans certaines régions notamment l'Ouest. C'est la carte de l'évolution des effectifs de génisses laitières qui le dit. La Bretagne a vu ses effectifs progresser depuis 3 à 4 ans de façon importante. Pays de Loire et Normandie sont par contre relativement stables. Des zones traditionnelles de production notamment du Sud Ouest de la France voient leurs effectifs s'effondrer avec très probablement une céréalisation de ces régions. Au regard de ces évolutions, on peut d'ores et déjà dire que le croissant laitier n'existe pratiquement plus mais que la spécialisation laitière de la Bretagne s'affirme de plus en plus.

Autre signe dans les systèmes mixtes allaitants/laitiers, de plus en plus en Bretagne le troupeau laitier prend le pas sur le troupeau allaitant, confortant le sentiment d'une spécialisation laitière de notre région. Jusqu'en 2006 un certain nombre de pays s'étaient positionnés en Europe pour une dynamique de sortie des quotas. La France était restée dans une position neutre. Mais aujourd'hui, très clairement, des régions bougent.

 

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