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PRIX DU LAIT
Les coopératives pour un nouveau mode de contractualisation

Lors de l'assemblée de Coop de France Ouest, mercredi 20 mai, il a longuement été question du débat laitier. Une fois la crise actuelle réglée, les coopératives veulent voir à long terme et réfléchissent à une double contractualisation.

Jean Marie Gabillaud. et Gilbert Keromnès.
Jean Marie Gabillaud. et Gilbert Keromnès.
© Terra

Contexte économique dégradé, démantèlement des outils de gestion des marchés, il n’en fallait pas plus pour voir s’effondrer les marchés. "La cotation des produits industriels est la plus basse jamais vue depuis 20 ans, analyse Gilbert Keromnès, président de la section laitière de Coop de France Ouest et du CIL. Pour les produits de grande consommation, nous avons réussi à passer des hausses début 2008. Depuis, nous avons eu des pertes de valorisation car les consommateurs s’orientent de plus en plus vers les premiers prix".
Ces tensions sur le marché intérieur cumulées à une perte de compétitivité relative par rapport aux autres pays producteurs et au changement de donne sur les négociations du prix ont amené la filière laitière dans "une impasse interprofessionnelle". "Sans possibilité de recommandation nationale, chaque conseil d’administration a décidé d’un prix d’acompte pour avril, précise le représentant des coopératives. En tant que producteurs, ce n'est pas le prix qu'on espère, mais, malheureusement la réalité économique est là; il en va de la survie de nos coopératives". D'ailleurs, Gilbert Keromnès souligne que le prix d'avril n'est pas forcément le reflet du prix de l'année.
En attendant, il faut sortir de cette impasse. "J’espère que la nomination des médiateurs va nous permettre de sortir de cette situation. La FNCL est d'accord pour revenir à la table des négociations interprofessionnelles", souligne Gilbert Keromnès.

Vers une double contractualisation

La situation explosive du prix réglée, les coopératives veulent s’attaquer aux problèmes de fond. "Il faudra travailler sur les coûts de production pour les exploitants, sur l’optimisation de la collecte pour nous", suggère Gilbert Keromnès. "Et sur le rapport de force avec la grande distribution, la répartition des marges", ajoutent les représentants syndicaux. La filière devra également aborder un dossier tout aussi épineux, celui de la fin des quotas. La coopération est partante pour différencier la valorisation des produits industriels de celle des PGC. "La difficulté restera d'avoir une étanchéité entre les valorisations pour éviter que la détérioration d'un marché ait des conséquences sur l'autre".
Les coopératives de l'Ouest imaginent donc une double contractualisation avec des prix différenciés selon la valorisation. "C'est un moyen d'écrêter les variations de prix et de redonner des perspectives, souligne Jean Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest. Même si c'est toujours le marché qui fera le prix". Les coopératives se donnent l'année 2009 pour travailler à la solution de cette double contractualisation.
Par contre, elles ne sont pas chaudes sur l'idée d'AOP suggérée par le syndicalisme. "Par nature, les coopératives sont des organisations de producteurs, rappelle Jean Marie Gabillaud. Les coopératives ont l'obligation de collecter tout le lait de leur sociétaire. Que ferait une AOP s'il elle n'avait plus de débouchés suffisants ?". La filière laitière n'a pas fini de débattre.

Préserver la compétitivité

Dans un contexte économique tendu, les coopératives savent qu'elles doivent se serrer les coudes. "Notre avenir économique se joue sur notre capacité à structurer l'aval", souligne Jean Marie Gabillaud, président de Coop de France. Pour y arriver, les coopératives doivent garder la main sur les outils et trouver des réussites collectives. "A notre goût, le jeu n'est pas assez collectif. Pour le renforcer, nous voulons instaurer une charte des bonnes pratiques entre coopératives", suggère Jean Marie Gabillaud.
Pour Francis Declerck, titulaire de la chaire européenne d'excellence alimentaire, les coopératives, pour maintenir leur compétitivité, doivent renforcer l'adéquation offre/demande, faire des économies d'échelle, ne s'endetter que modérément et impliquer leurs adhérents. "Des regroupements sont encore nécessaires, suggère Jean Louis Ruatti, président du fonds d'investissement Agro Invest, car, pour innover et exporter, les entreprises doivent atteindre une taille suffisante". Pour attirer des capitaux, les IAA doivent miser sur la moindre volatilité de leur secteur, pour faire accepter une rentabilité plus faible. L'alimentation semble redevenir un secteur stratégique. Un autre défi attend les coopératives, celui de leur mode de gouvernance, qui peut être tout autant une force et une faiblesse. Lui aussi doit évoluer pour concilier rapidité de décision et implication des agriculteurs.

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