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Les décisions de Coralis remises en question pa r les producteurs

Cédric Henry est responsable lait chez les jeunes agriculteurs bretons, et d'Ille et Vilaine. Producteur de lait chez Coralis, il a reçu sa fiche de paie amputée de 45 e par rapport aux producteurs des autres entreprises d'Ille-et-Vilaine. Il invite tous les producteurs de lait Coralis à une réunion, ce vendredi matin à Rennes. Nous l'avons donc sollicité pour faire le point sur ce dossier difficile, qui concerne l'Ille-et-Vilaine, aujourd'hui, et peut-être toute la filière laitière demain.

Cédric Henry : "Coralis reste campé sur ses positions 
et cela nous fait peur".
Cédric Henry : "Coralis reste campé sur ses positions
et cela nous fait peur".
© terra

Que se passe-t-il aujourd'hui chez Coralis ?
Cédric Henry. "A plusieurs moments, l'entreprise a déjà eu des "passages à vide". Au niveau du syndicalisme, nous avions dénoncé le fait qu'elle décrochait régulièrement sur les prix par rapport à son environnement. Nous avons déjà rencontré, à plusieurs reprises, les dirigeants de l'entreprise pour leur faire part de notre mécontentement.
A ce moment-là, elle avait un contrat d'approvisionnement de lait avec Entremont (aujourd'hui Sodiaal). Ce contrat se terminait en juin 2012.
Il représentait 92 millions de litres de lait sur 250 millions. Soit pratiquement 1/3 de sa collecte. Il est probable que, pendant un certain temps, les responsables ont pensé que ce contrat serait renouvelé. Or, il ne l'a pas été, pour diverses raisons. L'entreprise n'a pas su anticiper cette fin de contrat.
Coralis se retrouve avec un surplus de lait dont elle ne sait quoi faire.
Elle a mis en place des solutions intermédiaires non satisfaisantes en attendant la mise en place de son projet".

Quelles conséquences concrètes pour l'éleveur ?
C. H. "Hier (mardi - NDLR) j'ai reçu ma paie de lait pour juin : 280 € moins 10 € de parts sociales, soit 270 € net pour 1000 litres, pendant que mes voisins (dont le lait va dans la même citerne) sont payés aux environs de 325 € de prix de base !
Je rappelle que les producteurs n'étaient pas opposés aux 10 € de parts sociales, qui, dans le cadre du développement d'un projet de l'entreprise, devaient permettre d'avoir un certain poids dans les négociations, avec les banques, notamment. Mais une baisse de 45 € par rapport aux voisins, ce n'est pas la même chose, et surtout cela risque de continuer, parce que l'entreprise n'a pas de solution pour l'instant".

Vous parlez de projet d'entreprise. Quel projet et quelles échéances ?
C. H. "Le projet de Coralis, c'est une tour de séchage.
On dénonce le manque de valeur ajoutée dans ce projet. Bien sûr, il faudra, demain, de la poudre de lait, notamment à l'exportation. Mais c'est un produit basique. L'entreprise sera basée sur l'UHT et la poudre, soit, donc, deux produits sans valeur ajoutée.
De plus, pendant ce temps, nos amis allemands, qui ont déjà des entreprises de taille importante, se regroupent, s'associent pour préparer 2015. Nos dirigeants croient encore à une solution individuelle, pour 700 producteurs. Ceux-ci, avec une tour de séchage, iraient seuls sur le marché mondial ? Est-ce que ce projet n'est pas plombé d'avance ?

Qu'attendez-vous de l'entreprise et qu'allez-vous faire ?
C. H. "Il n'est pas possible d'attendre la concrétisation de ce projet. Il a déjà été annoncé pour août 2013, mais, à chaque rendez-vous, il est, en fait, repoussé. Il faut réfléchir très vite, avec d'autres entreprises laitières qui sont présentes sur la région et le département. Agrial et Bongrain ont trouvé des accords, Entremont a trouvé une solution avec Sodiaal, Coralis reste campé sur ses positions et cela nous fait peur. Nous demandons aux dirigeants de retourner discuter, en souhaitant que chacun fasse un pas vers l'autre.
On nous annonce un 270 € pendant un mois. Nous n'y croyons pas. Les responsables ont aussi parlé d'un prix annuel de 286 à 290 €. Compte tenu des prix, depuis le début de l'année, il faudrait pratiquement un 270 € pour le reste de l'année pour y parvenir. Dans le même temps, le prix du soja est à 530 € arrivé au port; le blé est à 240 €. Que peut-on faire avec un prix du lait à ce niveau là ? On se pose de sérieuses questions".

Demanderez-vous la tenue d'une assemblée générale ?
C. H. "Pas forcément. Il y a des conseils d'administration, des réunions de producteurs. Cela peut tout à fait se gérer dans ce cadre-là. Nous allons réunir vendredi tous les producteurs, pour voir ce que l'on peut faire ensemble. Nous sommes dans une coopérative, c'est donc dans ce cadre que les solutions doivent être trouvées. Mais il faut remettre en cause les décisions stratégiques de l'entreprise. Chaque producteur a un pouvoir de décision. Nous appelons donc les producteurs à interpeller leurs administrateurs, les responsables de la coopérative pour débattre des choix . Les producteurs ont des arguments, des atouts à faire valoir. Nous demandons à ce que la stratégie d'entreprise soit redéfinie avec eux".

Propos recueillis
par Jean Dubé.

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