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Les dégâts de la mouche sur maïs

Le Morbihan n'a pas été épargné par la Geomyza. Cette petite mouche serait responsable des dégâts observés sur plus de 20 % des maïs bretons. Si beaucoup ont choisi de ressemer les parcelles abîmées pour s'assurer d'un volume fourrager, le surcoût fait blêmir en temps de crise, inquiète sur la satisfaction des besoins fourragers et relance le débat sur l'interdiction des néonicotinoïdes. Démonstration avec la FDSEA chez Jean-François et Pascale Guillemot à Ruffiac.

"Ce maïs est complètement dégénéré, il poireaute ! On a fait le choix de ressemer pour assurer du volume à la récolte. Nos vaches ont une ration à base de maïs toute l'année. On a doublé les rangs de semis. C'est sûr, ça a un coût, entre 200 à 300 euros à l'hectare". Pascale et Jean-François Guillemot se sont installés sur cette exploitation laitière de Ruffiac depuis 1996. "On n'avait jamais connu ça auparavant", déplore ce couple qui dans l'optique de réduire l'utilisation d'insecticides, n'avait pas fait le choix d'utiliser de semence traitée qui protège du phénomène. Sur les 37 ha qu'ils ont implanté le 27 avril dernier en maïs (sur les 105 ha de SAU), "nous avons du ressemer 19 ha début juin avec de la semence précoce Sonido (enrobée d'insecticide, ndlr). Tout ce qui n'a pas pu être refait, nous l'avons traité par insecticide", regrettent-ils. C'est pour autant le prix à payer pour s'assurer d'un volume d'ensilage apte à subvenir à la ration de base des 70 vaches laitières qui donnent 700 000 litres de lait sur ce Gaec familial. Un surcoût de 4 000 euros qui tombe bien mal. "Il va falloir qu'on optimise les autres fourrages, le foin et ce n'est pas évident cette année, les dérobés, les bandes enherbées dont la valeur fourragère n'est pas terrible

Contre l'interdiction des semences traitées

Même constat et dans les mêmes proportions chez Paul-Gilles Chedaleux, président du syndicat local FDSEA de Lizio. "J'ai un voisin qui est touché à 60 %, un autre en totalité et un troisième qui n'a rien". Une loterie dans l'attaque qui tient autant de la douceur de l'hiver que du choix implanter des semences traitées. Au final à la récolte, "ce sera une cote mal taillée pour l'ensilage, avec des décalages de maturité et une perte de rendement de 20 à 30 %". Le secteur laitier n'est pas le seul touché. "Nos collègues éleveurs de porcs ont la même difficulté avec ce maïs grain humide dont ils ont besoin pour l’alimentation de leur cheptel". Une situation à risque, "Ça va créer des tensions, les laitiers vont avoir du mal à trouver de l'ensilage. Et en porc, le maïs grain humide est un produit de proximité, il ne se transporte pas", résume Jean-René Meunier de la FDSEA du Morbihan. Au delà de cette série de dégâts "dont nous craignons la généralisation avec le réchauffement climatique", c'est toute la question "de l'impact des positions idéologiques", pour le syndicat FDSEA. Visée ? L'interdiction à terme de l'utilisation des insecticides de la famille des néonicotinoïdes, reconnus nocif pour les pollinisateurs, et imposée par la loi dès septembre 2018 (dérogations possible jusqu'en 2020). "C'est l'assurance de pouvoir produire des denrées agricoles qui est remise en question". Et ses responsables plaident pour le rétablissement de l'autorisation des semences traitées. "En maïs, cela concerne 50 % des surfaces emblavées. Notre volonté n'est pas d'en mettre partout mais sur une partie des terres. C'est une assurance risque plus logique que de pulvériser à posteriori 100 % de la surface semée", argument-ils face à l'interdiction totale et en deux temps voulue dans la loi Biodiversité et dont les débats avaient agité contradictoirement Assemblée et Sénat.

Claire Le Clève


 

 

En chiffres

458 000 ha de maïs ont été plantés cette année en Bretagne

L'institut de recherche Arvalis a mené son enquête : entre 80 000 à 110 000 ha seraient touchés par la mouche, 17 à 25 % des surfaces bretonnes.

Le taux de re-semis varierait de 2 à 10 % avec une baisse de production évaluée de 15 à 50 % suivant les secteurs soit 28 millions d'euros de manque de fourrage en Bretagne selon Jean-René Menier

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