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"Les EGA à la française ne fonctionnent pas"

Le 14 juin prochain, la Fédération nationale porcine tiendra son assemblée générale à Saint-Quay-Portrieux en Côtes d'Armor en présence du ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume. Malgré l'embellie des cours, le président de la FNP, Paul Auffray, alertera le ministre sur l'écart de cotations qui placent les éleveurs français "en situation dangereuse" face à leurs concurrents européens.

Paul Auffray, président de la fédération nationale porcine (FNP).
Paul Auffray, président de la fédération nationale porcine (FNP).
© Terra

Le département des Côtes d'Armor accueille l'assemblée générale de la FNP à Saint-Quay-Portrieux. Comment se déroulera ce temps fort ?

Paul Auffray. L'assemblée générale de la FNP se déroule sur deux jours. La veille de l'assemblée générale, nous faisons habituellement une visite professionnelle dans l'après-midi. Cette année, elle se déroulera dans la région de Paimpol [visite chez un serriste, ndlr] compte tenu du contexte sanitaire compliqué en porc. Le lendemain après l'AG ordinaire à huis clos le matin, la seconde partie de la matinée est ouverte au public avec présentation de la conjoncture, débats avec la salle, prises de paroles des invités... Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume sera là, il faut profiter de sa venue pour faire passer quelques messages !

L'après-midi est organisé autour d'un thème : comment rapprocher la production et les éleveurs des citoyens et des consommateurs. Ce n'est pas que la communication ! C'est l'intégration des éleveurs dans leur milieu : le comportement entre voisins ; ce que nous en tant qu'éleveur, on peut faire comme l'intégration des bâtiments dans le paysage, les pratiques, les nouvelles technologies, le bien-être animal. Ainsi qu'au travers de la consommation et de la qualité des produits... C'est reprendre tous les leviers au sens large pour que les élevages soient partie prenante du développement et de la vie des territoires.

La filière porcine connaît une embellie du prix du porc, sera-t-elle durable et peut-elle relancer la filière en matière d'investissements et d'installation des jeunes ?

P.A. On a fait plus de 30 ct/kg de hausse, c'est quasiment 30 € par porc : c'est énorme ! C'est un soulagement et cela va permettre, j'espère, aux éleveurs de retrouver une santé financière correcte et surtout d'entrevoir l'avenir avec un peu plus de sérénité. C'est toujours compliqué de prédire l'avenir, ceci dit vu ce qui se passe sur le plan sanitaire mondial, on a de bonnes raisons de penser que cela dure un bon moment, voire plusieurs années. À partir de là, les éleveurs sont des gens prudents, selon ce qui se passera en 2019, ils vont prendre le temps de la réflexion et réinvestir si besoin pour des raisons techniques, de conditions de travail, de transmission d'exploitation... Si la conjoncture se confirme, forcément les éleveurs réinvestiront pour mettre leur élevage en conformité avec les standards d'aujourd'hui.

Les cotations allemandes et espagnoles affichent un écart qui révoltent les producteurs. Pourquoi ne parvient-on pas à répercuter cette hausse des cours dans les contrats d'achat ?

P.A. On est malheureusement décalé de 10-15 ct/kg avec les principaux concurrents européens. Ce n'est pas normal, c'est limite scandaleux. On dénonce cela et on suspecte, comment dire, une forme de collusion des différents maillons de l'aval pour temporiser. J'interpellerai le ministre là-dessus, c'est clair ! Avec le député Thierry Benoit, de la commission d’enquête sur les pratiques de la grande distribution, je vais sûrement passer en audit et dénoncer cette situation qui fragilise les éleveurs face à nos voisins européens. Le marché européen est le même pour tout le monde. Aujourd'hui, on est en situation de danger par rapport à nos principaux concurrents : allemands, hollandais, danois et espagnols. On se rend compte que les EGA à la française ne fonctionnent pas. On a une forme de paradoxe où la grande distribution bloque la hausse mais en demande toujours plus aux éleveurs... La mise en place d'une AOP(1)est indispensable pour faire face aux dérives.

La FPA est toujours aux portes franco-belges. Les mesures prises par l'actuel ministre sont-elles suffisantes ?

P.A. Ce que le ministre actuel a fait aurait dû être réalisé au moins trois mois plus tôt. Il a fait le boulot. Le front tient et maintenant doit tenir le plus longtemps possible. On compte sur les Belges et sur les autorités françaises à la frontière. Le 2e étage de la fusée est la mise en place de la biosécurité en élevage, ainsi que le transport, les aires de lavage... qui va prendre plusieurs années.

Vous avez pris le poste en avril de président de l'Ifip-Institut du porc et souhaité que cette assemblée générale soit votre dernière.

P.A. C'est vrai, ce sera ma dernière AG comme président de la FNP, je laisse la présidence début septembre avant le Space. C'est un bon timing qui permettra de mieux communiquer sur la nouvelle présidence.

 

(1) Association d'organisations de producteurs défendue par la profession (UGPVB, FRSEA, CRP...)

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