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Les éleveurs doivent reprendre la parole

La consommation de viande diminue ? Les éleveurs font l’objet de critiques ? Responsable de l’observatoire Cniel des habitudes alimentaires, Véronique Pardo incite les éleveurs à transformer ces handicaps en atouts. Et leur conseille de prendre la parole pour expliquer leur métier.

"On n’est plus dans une société qui a faim. Et la demande du consommateur a changé", explique Véronique Pardo.
© Auremar - stock.adobe.com

"Vous êtes attaqués mais vous n’êtes ni les seuls ni les plus attaqués", affirme Véronique Pardo. Pas de quoi rassurer pour autant les agriculteurs ! Et le 5 mars dernier, les adhérents de Res’agri Centre ont demandé à la responsable de l’Ocha, l’observatoire des habitudes alimentaires du Cniel (interprofession laitière), de les aider à y voir un peu plus clair.

Un consommateur inquiet

"Le consommateur est inquiet", analyse l’anthropologue. Une inquiétude très liée au contexte. "Nous avons réalisé une première étude sur la confiance dans le lait et les produits laitiers en 2013, au moment de la crise de la viande de cheval dans les lasagnes". Si sa santé n’a jamais été mise en jeu, le consommateur a néanmoins eu l’impression d’être trompé et sa confiance a été fortement ébranlée. "Et c’est toute l’industrie agro-alimentaire qui en a pâti, bien au-delà des seuls plats préparés". Si, trois ans plus tard, une seconde étude a noté une nette progression de la confiance du consommateur, celle-ci a à nouveau chuté en 2019. "On sortait tout juste de la crise du lait infantile Lactalis".

Manger sain et éthique

"Pendant longtemps, on a demandé à l’agriculture de nourrir la population en quantité et en qualité". Et c’est parce qu’ils ont rempli le cahier des charges que les agriculteurs vivent mal les critiques dont ils sont aujourd’hui l’objet. "On n’est plus dans une société qui a faim. Et la demande du consommateur a changé, explique Véronique Pardo. Il veut maintenant manger sain, éthique et équitable".
Si le changement est amorcé depuis quelques temps déjà, les critiques se sont faites plus virulentes ces trois-quatre dernières années. "En ce qui concerne l’élevage, ce sont surtout les associations de défense des animaux qui font pression". Et intrusions en élevages et diffusion à répétition de vidéos véhiculent une image négative de la profession. "Le consommateur se pose des questions mais ne modifie pas pour autant son alimentation, constate la responsable de l’Ocha. De même que le menu végétarien, désormais servi une fois par semaine à la cantine, n’a pas d’influence sur ce qui est cuisiné à la maison". Et de rappeler qu’en France, l’alimentation particulière, végétarisme, végétalisme ou vegan, reste très minoritaire. "Les vegan sont très présents dans les médias, chez les intellectuels, dans les universités… Et ils occupent le débat public. Mais ils ne représentent que 1,5 % de la population". Touchant principalement les jeunes, le phénomène ne se cantonne cependant plus aux métropoles. "Ce peut être aussi votre voisin, voire votre enfant. Et je conçois que ce soit déstabilisant. Mais il va falloir s’habituer au fait qu’ils soient là".

Une chance à saisir

Si le végétarisme ne touche que 4,5 % de la population, 30 % des Français se déclarent désormais flexitariens. Plutôt qu’un handicap, Véronique Pardo veut y voir une chance pour les éleveurs. "Ils consomment moins de viande mais privilégient la qualité et l’origine France". Ils sont aussi 52 % à se poser des questions sur l’éthique de la filière au moment d’acheter des produits laitiers. Là encore, l’anthropologue veut y voir une chance. "Si leurs attentes sont fortes du côté du bien-être animal, ils s’inquiètent aussi de la rémunération de l’éleveur, une préoccupation qu’ils n’avaient absolument pas il y a cinq ou dix ans". À condition d’être certains que la différence va bien aux producteurs, ils sont prêts à payer plus. "Il n’y a qu’à voir le succès de la marque C’est qui le patron ?!".
En contrepartie, les éleveurs devront accepter les critiques et s’engager. "Les extrémistes, il faut les écouter. Mais ce sont les welfaristes qu’il faut entendre ! Ils ne remettent pas en cause l’élevage mais demandent des standards plus importants en matière de bien-être animal, de conditions d’élevage". Car l’intervenante en est convaincue. "Sur ce sujet comme sur l’environnement, on ne fera pas machine arrière". Même si le quotidien des agriculteurs s’en trouve bouleversé. "On vous demande de nourrir les gens et de guérir la planète. Et c’est compliqué !"

Véronique Pardo

Communiquer

La solution ? "Communiquer plus, préconise Véronique Pardo. Le consommateur demande des explications dans tous les domaines. Les agriculteurs sont les mieux placés pour parler de leur métier". Sauf que… "En France, il y a une coupure avec la société, un mépris du monde paysan qu’on ne retrouve absolument pas dans les autres pays". Une situation qui semble intégrée par le monde agricole. "Et du coup, il y a une sorte de complexe à prendre la parole".

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