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Les enjeux des élections aux chambres d’agriculture

Tous les six ans, un vote renouvelle les représentants aux chambres d'agriculture. Le prochain scrutin se déroulera en janvier 2019 dans l'ensemble des départements français. Quels sont les enjeux de ces élections ? La FNSEA, dont le score s’est érodé depuis 25 ans, parviendra-t-elle à conserver sa majorité absolue au niveau national ? Dans les quatre départements bretons tenus par quatre listes FDSEA/JA, ces dernières seront-elles contestées par la Coordination ou la Conf ?  La Coordination rurale consolidera-t-elle sa deuxième place ravie à la Confédération paysanne lors du dernier scrutin ? Quel sera le taux de participation 2019 alors qu'il avait fortement chuté en 2013 ?

L’enjeu des élections aux chambres d’agriculture, c’est d’abord d’être le porte voix de la profession auprès des pouvoirs publics. Et c'est bien sûr avant tout l'unité de mesure à un instant T de la représentativité de chaque syndicat. C'est à partir des résultats de ces élections que sont définis par exemple les nombres de représentants dans différentes commissions, installation, foncier, les interprofessions...  
Plus largement "c’est ce score qui fera qu’on sera plus ou moins écoutés par le ministère", rappelait au printemps Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, au lancement, très précoce, de sa campagne.

 

La majorité absolue

Avec 53,39 % des voix au dernier scrutin, la liste d’union FNSEA-JA est jusqu’ici incontestée dans ce rôle, loin devant le deuxième syndicat, la Coordination rurale, relégué à plus de trente points (20,49 %). Toutefois, depuis les années 80, le score de cette liste d’union majoritaire s’est érodé d’une petite dizaine de points (1).

L’un des enjeux du scrutin 2019 sera donc de savoir si la FNSEA et les JA parviendront à se maintenir au-dessus de la barre symbolique des 50 %.

Le scénario d’une perte de la majorité absolue n’est pas impossible. Jusqu'ici, le score de la liste d’union pouvait varier de 5 points entre deux scrutins. Mais il pourrait d’ailleurs tout aussi bien rebondir ! Le passage au dessous de la barre des 50 % de voix serait toutefois surtout symbolique puisque dans tous les cas de figure l'essentiel pour chaque syndicat est d'arriver en tête des voix, seule façon de garantir 50 % des sièges et d'obtenir la présidence de la chambre d'agriculture. La bagarre consistera surtout pour la FNSEA à conserver au minimum le même nombre de départements, voire essayer de gagner les rares qui lui ont échappé en 2013.

L'enjeu est aussi un peu personnel pour les deux présidents nationaux Christiane Lambert et Jeremy Decerle. La première se présentera à l'élection de la FNSEA en 2020.

Dernier volet, plus anecdotique, qu'adviendra-t-il du Modef ? Il ne pesait déjà plus que 1,47 % des voix au niveau national en 2013, et il prolongeait la longue baisse du vote communiste.

En tout cas, on voit mal se reproduire au niveau de ces élections, la perspective d'un effet "dégagisme" façon En marche ou Macron, tel qu'il s'est produit au niveau politique national. En effet, sans liste alternative on voit mal comment un vote de rejet, de changement, ou alternatif, pourrait agglomérer des votes.

 

Bataille pour la seconde place

Le second enjeu est aussi celui de la seconde place. Le scrutin de 2013 avait sonné comme une victoire pour la Coordination rurale (CR), qui avait dépassé la Confédération paysanne (Conf’) pour la première fois de son histoire au niveau national, et pris la tête de quatre chambres départementales. Toutefois deux petits points seulement séparaient la Conf’ et la CR au niveau national. La question sera donc de savoir si les dynamiques entamées depuis 2007, positive pour la CR, négative pour la Conf’, se poursuivront. Aucun des deux syndicats minoritaires ne s’est risqué à afficher un score à atteindre.

Le résultat du scrutin ne se lit pas seulement grâce au score national, mais également au nombre de chambres départementales emportées. La Coordination rurale ambitionne de conserver les quatre chambres d’agriculture ravies en 2007 - Lot et Garonne, Charente, Calvados et Puy de Dôme (sur une liste d’union avec la Confédération paysanne pour ce dernier département). Elle en vise d’autres, comme la Dordogne et la Haute-Vienne, où elle avait échoué de justesse au dernier scrutin. Mais Christiane Lambert a d’ores et déjà annoncé qu’elle espérait que des chambres soient reprises à la CR et à la Conf’.

 

Quelle participation ?

Ultime interrogation : le taux de participation. Il est traditionnellement élevé en agriculture, à 54,34 % au dernier scrutin, mais il avait fortement chuté, de plus de 10 points, par rapport à 2007 (2).

Continuera-t-il de s’éroder, à l’instar de la plupart des scrutins électoraux en France, à l’exception de l’élection présidentielle ? L’issue du vote du projet de loi Agriculture et Alimentation, tombe à pic, et devrait inévitablement peser sur les scores de chacun des syndicats, tout comme la participation. Reste à savoir de quelle manière.

L'introduction du vote électronique pourrait probablement brouiller un peu les cartes. En effet, si ce vote permet de simplifier réellement la démarche de vote, il jouera plutôt en faveur de la participation et notamment celle des plus jeunes générations, qui ont probablement un comportement électoral un peu différent de leurs aînés. Mais on sait aussi que le taux d'utilisation d'Internet par les agriculteurs est bon à très bon, quelle que soit la génération, il faut donc là encore être très prudent sur les conséquences éventuelles de ce vote sur le choix des électeurs. On peut seulement prédire, avec peu de risque de se tromper, que la campagne se déroulera beaucoup plus sur le net et les réseaux sociaux que lors des derniers scrutins.

 

 

 

Les principaux changements

Entre le scrutin de 2013 et celui de 2019, plusieurs changements vont intervenir.

- Le nombre de membres à élire dans chaque département est passé de 44 à 33, et dans le collège des exploitants, de 21 à 18.

- La loi n'a finalement pas modifié la règle de représentation féminine, puisque la présence minimale d'une femme pour trois  candidats reste la règle, elle avait été instaurée en 2013.

- Autre changement, moins essentiel, le nombre de membres associés qui pouvaient être désignés par le Président passe de 8 à 4 mais 4 postes seront d'ores et déjà réservés à des représentants des collectivités locales, des associations environnementales, des consommateurs, de l'industrie, à l'image de ce qui existe aujourd'hui dans les Safer.

- La grande nouveauté du scrutin 2019, c’est l’introduction du vote électronique. Les électeurs seront appelés à voter par correspondance ou par vote électronique jusqu’au 31 janvier. Tous les électeurs recevront à leur domicile, au plus tard 10 jours avant la date de clôture du scrutin, le matériel de vote composé d’un bulletin de vote, des instruments de vote par correspondance, des identifiants et mots de passe pour le vote électronique accompagné d’une notice explicative.


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