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Les filières animales sous tension en Bretagne

Si l'affaire de la viande de cheval occupe l'essentiel de l'actualité nationale ces dernières jours en révélant les pratiques plus que douteuses de la société Spanghero, elle lève à peine le voile sur les difficultés structurelles de la filière animale française. Des milliers d'emplois sont en jeu, et pour bien d'autres raisons que des fraudes à l'étiquetage. En Bretagne, les signaux sont au rouge, en volailles mais aussi en porcs, dont plusieurs abattoirs viennent par ailleurs d'être épinglés pour entente par l'autorité de la concurrence.

Alors que, après avoir annoncé en début de semaine son intention de se séparer de son abattoir de dindes de Pleucadeuc (56) qui emploie 147 salariés, le  volailler Doux devrait obtenir ce vendredi du tribunal de commerce de Quimper un nouvelle prolongation de trois mois de la période de redressement judiciaire pour l'ensemble du groupe. Ce nouveau délai n'est pas une surprise et offre à l'industriel le temps de conforter l'amélioration de ses résultats depuis le lancement de la procédure de redressement. Une grande interrogation réside cependant dans sa capacité à poursuivre dans cette voie vertueuse après l'annonce les semaines passées de la diminution de moitié du montant des restitutions européennes à l'export. Autant dire que, malgré les propos volontiers réconfortants des dirigeants du groupe finistérien, l'optimisme n'est pas de mise.
C'est aussi l'absence de perspectives favorables en porcs cette fois qui, jeudi, a incité la direction de la société GAD, filiale de Cecab, dont les abattoirs sont situés à Lampaul Guimiliau (29) et Josselin (56) a présenter en comité central d'entreprise un projet de demande de mise en redressement judiciaire auprès de tribunal de commerce de Brest.
Ces deux actualités très bretonnes sont en tout état de cause le reflet d'une conjoncture agroalimentaire aggravée ces derniers mois. Et elles ont des répercussions très immédiates en amont, sur les éleveurs. Prix payé en baisse dans toutes les productions, en volaille avec une baisse des contrats, en porcs avec des cours en deçà du coût de revient, et maintenant en lait avec des baisses de rémunération des éleveurs, le tout sur fond de hausse des charges, notamment pour l'alimentation des animaux. Les tensions sont réelles et les motifs d'inquiétude aussi. Il n'en a sans doute pas fallu beaucoup plus pour que lundi, une manifestation spontanée et non revendiquée d'éleveurs laitiers à Quimper se transforme en opération de destruction. Si la conjoncture ne justifie pas tout, elle peut au moins donner un éclairage et un début d'explication à des actes symptomatiques d'un profond désarroi. Beaucoup de colère et un peu de...démagogie dans la perception des difficultés de la profession auront fait le reste.

Paul Jegat

Les salariés GAD prudents

Rencontré mardi, l'avant veille du comité central d'entrerise de GAD, Franck Guillo, salarié de l'abattoir de Josselin  et élu CFDT au comité d'entreprise de la société, ne cachait pas son inquiétude à l'annonce de la volonté d'engager l'entreprise dans une procédure de redressement judiciaire. Un choix que cependant il ne conteste pas, s'en tenant aux intentions affichées par les dirigeants de ne pas envisager de fermeture de sites. "La crainte n'est que reportée, il n'y a pas de projection à long terme" expliquait-il.

GAD : une demande de garanties de paiement

L'annonce de l'intention des abatteurs GAD, de demander un redressement judiciaire, a bousculé le déroulement de la séance de cotations au Marché du porc breton à Plérin, jeudi 14 février, au lendemain de la parution du communiqué. Des groupements vendeurs de porcs ont demandé à Gad de fournir une caution bancaire pour couvrir les éleveurs en cas de défaut de l'acheteur. L'attente a duré une partie de la matinée. Les opérateurs avaient déserté la salle de marché ce jeudi matin alors que la hausse du prix du porc était attendue. Le marché a finalement débuté à 14h30, se soldant par une hausse de 5 cts à 1,428 €/kg.  "Gad a fourni les garanties de paiement nécessaires", a indiqué Daniel Picart, président du MPB.

FRSEA et JA Bretagne demandent une révision de la LME

Dans un communiqué commun, FRSEA et JA Bretagne dénoncent les pratiques commerciales déloyales pointées par l'autorité de la concurrence. Pour ces syndicats, elles sont l'illustration de l'échec de la LME (loi de modernisation de l'économie), une situation qui les incite à demander une révision de cette loi "afin d'assainir les relations commerciales entre les PME et la grande distribution et de permettre aux producteurs de se doter des outils nécessaires pour assurer un rééquilibrage dans les négociations commerciales avec l'ensemble des acteurs des filières agroalimentaires".

Condamnation d'abatteurs : le MPB conforté

"Le marché du porc breton a gagné en légitimité", a seulement commenté Daniel Picart, président du MPB.  L'autorité de la concurrence, saisie en 2008 par quatre éleveurs, a enquêté sur le fonctionnement du marché du porc breton de Plérin.  Si aujourd'hui, elle met à l'amende 8 abattoirs dont 5 bretons, le marché du porc breton n'a pas été mis en cause dans le cadre de l'affaire. Pour seule réponse, le MPB se reporte au communiqué de la Haute Autorité : "L'Autorité a tenu compte […] des mécanismes mis en place au sein du marché du porc breton en vue d'assurer une certaine stabilisation des variations de prix engendrées, notamment, par la volatilité des cours des matières premières".
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