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Les grandes entreprises agroalimentaires dans le rouge

PME ou multinationales, lesquelles s’en sortent le mieux ? Une étude du Crédit agricole sur les industries agroalimentaires révèle qu’un segment est plus vulnérable que les autres : les entreprises entre 50 et 500 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Ni PME, ni multinationales, ces entreprises dont le chiffre d’affaires se situe entre 50 et 500 millions d’euros, peuvent être qualifiées de "grandes entreprises". Selon l’étude, la raison est "qu’elles subissent des hausses de charges qu’elles ne peuvent répercuter". L’analyse des chiffres de l’observatoire financier des entreprises agroalimentaires confirme cette tendance. Création de richesse, valeur ajoutée, capacité d’autofinancement,...tous les voyants sont au rouge. Ramenés aux chiffres d’affaires, les pourcentages s’écroulent. Les résultats relatifs à l’activité et à la rentabilité de ces "grandes entreprises" sont en deçà des plus petites entreprises et très loin derrière les grands groupes.

La stratégie Weber

Laurent Weber, directeur général de Solina était l’un des invités de la table ronde sur les grands défis de demain pour les industries agroalimentaires organisée par le Crédit agricole Bretagne. Son entreprise est spécialisée dans les solutions aromatiques pour plats cuisinés et produits carnés et son chiffre d’affaires est de 170 millions d’euros. Parfait exemple d’une entreprise "de taille critique", Laurent Weber a partagé sa vision et sa solution pour s’en sortir : "nous essayons d’aller vite et loin. Nous avons des laboratoires de développement et des usines à l’étranger. Nos clients sont internationaux. Pour connaître leurs besoins, nous embauchons des Finlandais, des Chinois...Il faut prendre des risques tout en arrivant à dire non. Il ne faut pas aller n’importe où mais bien se focaliser sur les bons endroits". Une stratégie d’ouverture à l’inter- national qui peut sembler atypique mais efficace lorsque l’on sait que le groupe a investi 13 millions d’euros dans une nouvelle usine et une halle technologique fin 2013 à Bréal-sous-Montfort (35).

 

 

Ma petite entreprise, connait la crise

"Le groupe français Bigard, deuxième abatteur européen en viande bovine, n’est qu’au 19e rang au plan mondial, toutes viandes confondues". Un constat qui en dit long sur le contexte concurrentiel de cette filière. Analyse en compagnie de Loïc Hénaff, directeur de l’entreprise familiale éponyme leader sur le marché des pâtés et rillettes appertisés. Avec un chiffre d’affaires de 42,6 millions d’euros, l’entreprise a trouvé son filon : "nous concentrons notre énergie sur la régularité et la qualité des produits plutôt que sur le lancement de nouveautés", explique Loïc Hénaff. Au cours d’une table ronde organisée par le Crédit agricole Bretagne, le directeur s’est exprimé sur la situation de la Bretagne face à la concurrence étrangère en viande.

"La part de l’export est trop faible" est la première constatation faite par Loïc Hénaff au vu des chiffres. Et pourtant, les exportations ont augmenté de 1,4 % entre 2012 et 2013. Une progression toute relative : "en dix ans, la France passe du 2e au 5e rang mondial d’exportateur de produits agricoles et agroalimentaires derrière les USA, les Pays Bas, l’Allemagne et le Brésil". Loïc Hénaff a d’ailleurs mentionné la difficulté de conquérir des marchés face à un Brésil qu’il qualifie de "plus que conquérant". Et la comparaison fait froid dans le dos lorsque l’on sait que Bigard-Socopa transforme 550 000 tonnes/an de viande bovine tandis que JBS est à environ 8 millions de tonnes/an, soit 16 fois plus. Une hyper puissance que l’on retrouve aussi en porc et en volailles due à l’acquisition de nombreuses filiales. Exemple récent datant de juillet dernier, Tyson Foods, le numéro un américain (9 millions de tonnes/an toutes viandes confondues), a vendu ses activités avicoles à JBS. Loïc Hénaff l’admet : "en France, nos marchés sont riches et atones. Les entreprises françaises sont engluées. C’est complexe d’être souple et flexible avec un niveau de sophistication qui rend le monde très difficile à appréhender".

Garder son "lait" froid

Avec une croissance démographique mondiale et l’arrêtdes quotas, la question se pose de savoir si les industries agroalimentaires de la filière lait sont structurellement prêtes à se faire une place de choix au cœur des marchés porteurs. Le directeur de Laïta, Christian Couilleau, expose sa vision.

La croissance démographique est un réel enjeu : le marché mondial devrait progresser de 100 milliards de dollars d'ici 2017. Le directeur de la première coopérative laitière du Grand Ouest l’affirme : "le lait est un secteur en expansion. Au niveau mondial, ce secteur est extrêmement enthousiasmant". Des perspectives de débouchés à l’international qui posent la question de la réaction à adopter par les entreprises face à cette chance.

Du côté des éleveurs laitiers bretons, l’objectif est de récupérer le milliard de litres de lait perdu en 1984 pour un total de 6 milliards de lait à l’horizon 2020. Une augmentation de la production qui change la donne pour les industries agroalimentaires et qui peut éventuellement remettre en question leur stratégie.

Lors de la table ronde sur "les grand défis de demain" organisée par le Crédit agricole Bretagne, Christian Couilleau a expliqué la stratégie de la coopérative : Vendre de la valeur ajoutée et du service client plutôt que du "low cost". L’innovation est au cœur des préoccupations du groupe avec, par exemple, la fabrication de produits spécialisée en nutrition ainsi que la formulation d’ingrédients secs élaborés. Loin des traditionnelles briques de lait UHT, l’entreprise souhaite vendre de la valeur ajoutée à l’international. Christian Couilleau précise que l’innovation produit n’est pas la seule, l’innovation organisationnelle est également importante Il pense que des idées sont à prendre dans les autres filières : la charcuterie, l’automobile ou la pharmacie. Pour conclure, son vœu pour l’avenir est d’arriver à "créer de la coévolution, de l’émulation et surtout pas de la compétition destructive".

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