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Didier Lucas - Président de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor
Les jours d’après

Alors que la crise sanitaire liée au covid-19 affecte l’ensemble de notre économie, le rôle essentiel et prépondérant des agriculteurs n’a jamais été autant mis en avant. Pour les aider à faire face aux difficultés du moment, beaucoup d’initiatives de solidarité se réveillent afin de permettre une continuité de cette chaîne alimentaire indispensable. Même la grande distribution semble jouer le jeu en proposant aux producteurs locaux quelques mètres dans leurs linéaires pour écouler des produits dont les circuits habituels de commercialisation sont compromis pour un temps indéterminé et incertain. Comme si chacun ressentait inconsciemment la peur du manque.
Paradoxal dans un pays comme la France où justement le "manque de rien" est acquis pour une grande majorité de la population mais dans lequel une minorité se permet des critiques en tous genres à l’encontre d’une agriculture reconnue la plus sûre au monde - par égoïsme sans doute ou irresponsabilité vis-à-vis des générations à venir.
La fermeture des cantines, des lieux de restauration hors domicile, des marchés de proximité, des marchés à l’exportation, ont des conséquences qui impactent autant les filières longues que celles et ceux qui ont fait le choix des circuits courts.
Au cœur de cette crise, la France va faire le constat qu’elle est riche de toutes les productions agricoles. Mais pour combien de temps ? Ce contexte mondial inédit depuis la dernière guerre mondiale, force la réflexion et l’humilité. Réflexion de responsabilité sur les efforts collectifs à engager urgemment et humilité devant l’infiniment petit, capable de traverser les frontières à travers le monde, et d’impacter les pauvres comme les riches, les puissants comme les petites gens.
La France, terreau fertile d’une agriculture diversifiée la plus sécurisée au monde, aura-t-elle le soutien des représentants de l’État et des citoyens français, une fois ce mauvais passage traversé ? Le gouvernement doit engager une remise à plat de sa politique agricole en repensant certaines priorités pour protéger et soutenir son agriculture et ses agriculteurs et pour permettre une équité face à ses concurrents européens et mondiaux. L’épidémie planétaire nous oblige évidemment à réfléchir et à repenser notre indépendance alimentaire, industrielle, pharmaceutique… en quelque sorte nos politiques néolibérales. L’alimentation est un bien collectif si précieux, si essentiel. Et pourtant notre société - qui a déserté la terre pour d’autres métiers parfois plus valorisants en apparence - a donné à seulement 3 % de la population, la lourde tâche de produire. Nous faisons partie de ces "3 %", nous avons à la fois cette lourde tâche et cette belle mission de préparer demain. Prenons le temps collectivement dans cette période "entre deux" de réfléchir à ce que nous aurons à dire et à défendre "après la crise" pour que notre métier retrouve toute sa place dans cette société qui en a tant besoin.

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