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Porte-ouverte de la station de Kerguéhennec
Les légumes industrie en conduites alternatives

Face à la disparition de molécules phytosanitaires, les 2 000 producteurs bretons de légumes industrie appréhendent désormais différemment la conduite de ces cultures. Lors d'une porte-ouverte mardi 23 septembre, les chambres d'agriculture de Bretagne présentaient des techniques alternatives en matière de fongicide, désherbage, fertilisation et couverts végétaux.

La problématique intéresse des producteurs, de plus en plus spécialisés dans le légume industrie, à raison puisque la conduite de ces cultures devient particulièrement exigeante, compte tenu du retrait par l'Union Européenne en 2008, de 250 molécules phytosanitaires. Et aucun espoir de voir apparaître de nouvelles substances actives en légumes. La porte-ouverte organisée par les chambres d'agriculture, à la station de Kerguéhennec, en partenariat avec l'Unilet et l'UOPLI*, sur les techniques alternatives, a ainsi rencontré un vif succès avec 200 producteurs présents.

 

Année exceptionnelle de Sclerotiniose

Sur les essais de la station en 2007, l'efficacité du Ronilan seul sur une attaque de Sclerotiniose s'élevait à 77% contre à peine 36% pour Topsin, 33% pour Switch, et 28% Pictor Pro. La disparition du Ronilan DF et Sumisclex, références indiscutables, s'est donc fait ressentir cette année sur le rendement des haricots. Avec un climat (hygrométrie et températures) favorable au champignon en 2008, des conditions exceptionnelles étaient réunies pour le développement du Sclerotinia. Conséquence, "des baisses de rendement de 20 à 30% sur quelques parcelles de haricot vert et de flageolet, note Pierre Le Floch, technicien de l’Unilet. Les producteurs ont été obligés de rapprocher la cadence de traitements à 8-10 jours, plutôt que quinze jours, et d'effectuer un traitement de plus en moyenne par culture. Il a fallu être vigilant sur le premier traitement en préventif, dès les premières fleurs épanouies. En industrie, on veut assurer la production tant sur la quantité par le rendement, que sur la qualité sanitaire". Et comme Topsin est lui aussi sur la sellette, "l'Unilet a demandé sa dérogation sur haricots pour 2009", indique Pierre Le Floch.

La contamination des sols par les sclérotes gagne du terrain. La prévention, par l'introduction de plus de graminées, est donc de rigueur (lire encadré). En cas de contamination, le biofongicide Contans WG reste le seul produit de désinfection. Son essor est fulgurant depuis 2002. Selon le technicien de l'Unilet, "l'utilisation de Contans WG est passée de 500 hectares à 4 000 hectares en 2008".

 

Complémentarité chimique-mécanique

Durement touché par la suppression de molécules, le désherbage du haricot fait également l’objet de tests depuis deux ans, sur la complémentarité chimique et mécanique. Si le recours à la herse étrille ne semble pas satisfaisant, l'utilisation d'une bineuse, en complément du chimique, "permet de maintenir l'inter-rang propre", selon Alain Cottais, responsable de la station de Kerguéhennec. L'équipement d'un système de guidage a fait gagner en vitesse de passage. Toutefois, "les pertes liées au binage atteignent 1 à 8%, et on n'obtient pas le zéro mauvaises herbes, en particulier sur le rang". En outre, il n'est pas indiqué d'utiliser cette technique sur un terrain caillouteux, ou en devers, ni pour une pression importante d'adventices ou une flore inadaptée. Bien que moins onéreuse que le tout chimique (63 €/ha au lieu de 112€/ha), cette solution mixte multiplie par trois le temps de désherbage, ce qui freine énormément les producteurs.

 

La fertilisation starter avec modération

Les contraintes réglementaires (installations classées et Sdage) auxquelles s’ajoutent la hausse du prix des fertilisants posent la question de l’utilisation des engrais starter. L’effet du phosphate d'ammoniac reste pourtant intéressant sur haricot, notamment sur des semis précoces, des terres froides ou des sols dont le pH est inférieur à 6. "Dans un cas sur quatre, l’engrais starter n’est pas rentabilisé, dans deux cas il permet de couvrir, voire plus, le prix de l’engrais, et dans un dernier cas sur quatre, il empêche clairement la catastrophe", explique Daniel Harrocq, de la Chambre d’agriculture. "Entre la suppression totale et la dose classique de 120 kg/ha, il y a des voies intéressantes à développer", selon le conseiller : les microgranulés ou, parfois plus efficace, une réduction de doses (60 kg/ha) qui préservait la quasi-totalité de l’effet starter, comme sur le maïs. Enfin, la localisation de l’engrais (distance à la ligne de semis, profondeur, et régularité) est essentielle à l'optimisation de la fertilisation starter, d'autant plus dans le cas d'une réduction de doses.

Audrey Dibet

 

*Unilet : Interprofession des légumes en conserves et surgelés / UOPLI : Union des organisations bretonnes de producteurs de légumes industrie

 

Des couverts végétaux prophylactiques

Pas de grande nouveauté à noter dans le cas des couverts végétaux, simplement, avec le développement du Sclerotinia, les producteurs spécialisés doivent être très vigilants sur le choix des espèces. A privilégier les graminées - avoine, seigle - voire la moutarde noire, encore peu expérimentée, mais déjà très utilisée dans le Nord pour lutter contre Aphanomyces. Le RGI est intéressant dans des exploitations en polyculture, mais la gestion des repousses est un point faible de ce couvert. Avec le seigle, il s’agit aussi de gérer les repousses. "La destruction chimique est plus efficace si le seigle n’a pas été semé trop tôt", alerte Christophe Mineau, de la Chambre d’agriculture. Sinon, toutes les crucifères sont adaptées pour casser le cycle des maladies, à condition d’implanter un légume occasionnellement sur la parcelle.

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