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Les modes de consommation émergents bousculent la grande distribution

Une révolution commerciale est en cours, sans précédent depuis l'arrivée des GMS dans les années 60. C'est en tout cas l'avis de Philippe Moati, professeur à l'université de Paris Diderot, qui est intervenu sur les modes de consommation émergents, lors de l'assemblée générale du Cerfrance Brocéliande, au Roazhon Park à Rennes le 29 mars.

L'organisation des marchés de consommation est en pleine transformation. Mutations technologiques, sociétales et économiques font émerger de nouvelles structurations. Et c'est notamment le cas pour l'alimentaire, "où l'accélération de la transformation des habitudes se combine avec l'arrivée de nouveaux acteurs pour remettre en cause l'architecture des marchés, bâtie sur la chaîne producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs".


L'alimentation rattrapée par le web

Si le e-commerce représente 8 % du commerce de détail, on constate de grandes disparités, selon les familles de produits. Toujours est-il que le segment qui avait jusqu'ici échappé à la diffusion du numérique restait l'alimentaire. "En changeant de modèle économique, Amazon montre que c'est possible !, souligne Philippe Moati. Et d'ajouter : "les mutations économiques font aussi apparaître un nouveau capitalisme, associé à de nouveaux mécanismes de création de valeur. On est désormais sur l'orientation client et la relation de service". En parallèle, le professeur à l'université de Paris Diderot, met en exergue les changements sociétaux et notamment la démassification, qui veut que l'on passe d'une société de masse à une société de personnes... D'où la communautarisation des marchés, "la sociabilité de l'entre-soi", et la segmentation pour y répondre.

À travers ce prisme des évolutions, les comportements alimentaires ont aussi évolué. "Il ne faut pas se focaliser sur les vegans qui ne représentent que 0,4 %, mais il faut bien avoir en tête l'évolution tendancielle indéniable", appuie Philippe Moati. Selon une étude, le consommateur se méfie du législateur, des GMS, de l'industrie agroalimentaire, des experts scientifiques et fait confiance aux artisans, aux marques régionales, aux petits producteurs, aux agriculteurs... "On se méfie du gros, du monde d'hier. On fait confiance au petit, on se méfie du vertical et on fait confiance à l'horizontal", traduit en termes sociologiques Philippe Moati.

 

Dualisation du marché de l'alimentaire

D'après l'enquête menée par le specialiste de la consommation, 84 % des Français considèrent que l'élevage intensif d'animaux est condamnable d'un point de vue moral et 55 % considèrent que l'animal est l'égal de l'homme et doit bénéficier des mêmes droits. "Peu importe que les gens aient tort ou raison, ce sont des données à intégrer dans les enjeux et la conception de la qualité".

Toute cette logique porte donc vers une dualisation du marché de l'alimentaire. D'un côté, le commerce physique, avec de petits commerces spécialisés, "en direct du producteur", et des services de proximité. De l'autre, une "plateformisation" du commerce avec l'arrivée d'acteurs issus du numérique, Amazon et Google en tête. "Ce nouveau modèle met en danger les GMS, qui risquent de devoir s'adosser à ces plateformes et à en faire des acteurs incontournables, à moins que l'on arrive à écrire un scénario intermédiaire, avec pourquoi pas, la création d'une plateforme à la française", conclut Philippe Moati.

 

 

 

 

Inauguration du nouveau siège Cerfrance Brocéliande

Jeudi 29 mars, après son assemblée générale, le Cerfrance Brocéliande a inauguré ses nouveaux locaux à Rennes. Visite et discours se sont enchaînés, en présence de Jean-Luc Chenut, président du conseil départemental. Situé dans la zone d'Atalante Champeaux, ce bâtiment de 2 500 m2 est constitué de quatre plateaux. Il accueille plus de 110 collaborateurs et dispose de sept salles de réunions et huit espaces collaboratifs. Une salle de visio-conférence complète l'ensemble, permettant des réunions avec Vannes, son antenne administrative. Dans son discours, Gérard Roulleaux, président, a rappelé quelques chiffres : Cerfrance Brocéliande emploie 700 personnes et compte 13 000 adhérents. Il a aussi indiqué sa fierté "de cette implantation locale, avec des services en ligne qui garantissent à tous le même niveau et la même qualité d'accès à l'information".

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