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Les vers de terre, ces ingénieurs du sol

Les vers de terre, ces ingénieurs du sol Ils labourent, drainent, filtrent et fertilisent les sols. Ils sont une main d'œuvre exceptionnelle, gratuite et totalement discrète, dopant le rendement des cultures. Des travailleurs clandestins ? Non, ce sont les vers de terre, de précieux indicateurs sur qualité des sols. Ils représentent jusqu'à 4 tonnes par ha. Une formation était consacrée à ces travailleurs infatigables, la semaine passée à l'antenne de la Chambre d'Hennebont. Rencontre avec un primitif résistant qui a tout du prince charmant

 

"La faune, c'est 0,08 % de la masse du sol. On pourrait se dire que ce n'est pas grand chose. Pourtant, c'est fondamental et cela représente jusqu'à 260 millions d'individus au m2 et 4 tonnes de vers de terre à l'hectare", détaille Guénola Pérès, biologiste et chercheur à l'université de Rennes 1. La plus forte biomasse terrestre, c'est donc celle du ver de terre. 2UGB par ha juste sous nos pieds. Un habitant méconnu et pourtant un précieux indicateur de la qualité du sol qu'il a colonisé.

 

Laboureurs

Indispensables au bon fonctionnement des sols ? "Certainement", répond cette spécialiste du ver de terre. Car ils fouissent, infatigablement, si la structure du sol le leur permet, ils forment des galeries, et augmentent la porosité du sol. Ils produisent des fèces ou turricules. "1 tonne de lombric équivaut à 30 tonnes de déjections à la surface du sol, les turricules, et 230 tonnes de déjections dans le sol". Un précieux mélange minéral et organique qui, à la surface du sol, augmente sa rugosité. C'est donc tout bénéfice pour éviter l'érosion. Entraînant la matière organique dans le substrat, les lombrics interviennent également sur les caractéristiques chimiques du sol (voir encadré sur le sol, un système interactif). "Ils augmentent la biodisponibilité en azote, phosphore et souffre, et les éléments échangeables comme le potassium, le calcium, le sodium, le soufre, et permettent le développement des racines dans leur galeries". Autant de conditions propices au réveil de la microflore. Les lombrics, en bons princes charmants, influencent la biomasse microbienne et la stimulent. Leur impact sur l'environnement est fondamental. Les galeries et les déjections permettent ainsi d'augmenter l'infiltration des eaux, de diminuer l'érosion, d'augmenter la teneur en eau du sol, la stabilité structurale, de diminuer les risques de battance et au final, permettent au sol de jouer pleinement son rôle de filtre en diminuant la pollution. Quant à la production végétale, elle s'en trouve sublimée. "La présence de lombriciens permet d'augmenter la vitesse de dégradation de la Matière organique et, de ce fait, la productivité végétale", a t-elle démontré avec ses confrères. Pas de doute, les lombrics sont donc de précieux bio indicateurs qu'il faut veiller à préserver dans ses sols. Oui mais comment ?

 

Vers le semis direct

En évitant leur dégradation liée aux usages. Concernant l'agriculture ? "La majeur partie des nématicides et des insecticides leur sont les plus préjudiciables" note Guénola Péres. S'ils sont moins sensibles aux herbicides (il est cependant possible de les hiérarchiser), Ainsi, le 2,4 D est fatal aux lombriciens alors que le glyphosate atteint leur capacité de reproduction.. Quant aux fongicides, "les traitements à base de cuivre restent les plus défavorables". Peu de lombrics se remettent du travail du sol. "Un ver de terre coupé en 2, ça fait au mieux un ver de terre, souvent 0". Blessés, coupés, les anéciques en meurent. Quant à leur habitat, il est détruit. Enfouis, les épigés n'ont pas la force de remonter. . "L'anécique a une galerie permanente, il est très amoindri par la perte d'énergie à recréer cette galerie", exlique Guénola Péres. "Parce que le labour tue les organismes, il faut essayer de travailler en limitant la profondeur aux 8 à 10 premiers centimètres et favoriser le travail superficiel pour aller jusqu'au semis direct", résume cette spécialiste. Des techniques simplifiées pour la conservation des sols "qui requièrent une grande technicité, c'est vrai mais cela permet aux agriculteurs de se ré-approprier leur sol, de le regarder, voir comment il réagit". Des TCLS (Techniques culturales simplifiées) qui allient gain de temps et économie d'énergie. "Mais il faut accepter de voir, certaines fois, les rendements baisser la première année, ensuite, on les retrouve très rapidement et c'est surtout sur du long terme" garantit la jeune femme. Limiter le travail du sol, avoir une réflexion raisonnée de l'emploi des phytosanitaires, favoriser une inter-culture qui protège le sol, gérer les rotations en favorisant plusieurs années de prairies entre céréales, attendre avant toute intervention le ré-essuyage des sols, y compris pour le pâturage, sont autant de pistes à creuser... à coté de l'activité des lombrics.

Claire Le Clève

 

Accroche "Pour qu'un sol se mette en place il faut des milliers d'années, pour le dégrader, c'est très rapide"

Accroche "La mémoire du sol , je l'ai constatée. Il n'est pas rare de découvrir dans des prairies après 10 ans d'implantation des vestiges de semelle de labour"

 

Encadré

 

 

 

Le sol

un système interactif

 

Le sol est système interactif où chimie, physique et biologie inter-agissent en permanence et diont les propriétés varient suivant la pression que les hommes y exercent, suivant les caracytéristiques géologiques et le climat. Un point essentiel que Guénola Perès n'aura de cesse de souligner tout au long de sa présentation. Modifier les caractéristiques physiques d'un sol, (par tassement excessif, ou retournement), aura des conséquences sur la vie biologique dont il est le support et sur les caractéristiques chimiques. Ces éléments concourent à la circulation de l'eau dans le sol, à sa stabilité, à sa fertilité et son rôle de filtre. Or le sol à des fonctions importantes, il est à la fois support des activités humaines dont agronomiques et nourricières, mais aussi environnementales. "Aujourd'hui, il faut être très clair, ce ne sont pas les agriculteurs qui créent le plus de préjudices à la terre mais l'urbanisation", donne en préambule ce docteur en biologie, l'une des spécialistes en France du ver de terre. La station biologique où elle mène ses recherches dépend de l'Université de Rennes 1, elle est située à Paimpont.

 

 

Des agriculteurs, des questions

Jean Yves en lait: "Je ne laboure plus que deux fois, je mets du couvert gélive, je me pose beaucoup de questions."

Ludovic en vaches laitières, système herbager : "Je fais du maïs après des prairies qui ont 10 ans. Je m'interroge sur le labour".

Pierre Yves, "J'ai arrêté le lait, je voudrais passer en techniques simplifiées mais..."

Michel :"J'essaye de simplifier mais pour le maïs ou le blé, je suis obligé de labourer. Pour le haricot, j'ai toujours labouré et la coop n'est pas chaude pour que j'arrête"

Dominique :"Je n'ai pas utilisé la charrue depuis plus d'un an, je veux savoir ce qui se passe dessous, je veux en connaître plus sur le ver de terre"

Gildas, maraicher s'est installé il y a un an. "J'aimerai aller vers du travail simplifié du sol, j'ai besoin d'apprendre des choses, notamment sur les vers de terre"

Thérèse en lait et maraîchage et légume de plein champ. "Je voudrais faire revenir les vers de terre dans nos sols, mieux les connaître".

 

Un primitif résistant

 

"Je suis passionnée mais le vers de terre, c'est ultra primitif", confie pleine d'humour, la jeune femme. Passion honteuse ? Certainement pas, car la bestiole mérite qu'on la regarde un peu plus près. Plus de 100 espèces de cet invertébré oligochète vivent dans les sols de l'hexagone et leur ancêtres y déambulaient déjà au temps des dinosaures.

Ces primitifs résistants se répartissent en trois grande familles.

Les épigées, (1 à 5 cm) petits vers de fumiers, plutôt rouges, vivent en surface en sont de grands amateurs de matière organique. Ils jouent sur la chimie du sol, participant à l'évolution de la matière organique.

Les anéciques : ce sont les vers de terre communs. Leur tête est colorée et le corps plus clair. Ils vont de 10 cm à 110cm. Ils remontrent la nuit à la surface du sol chercher des résidus et la matière organique qu'ils enfouissent au travers de galeries permanentes ouvertes en surface. Ce sont les laboureurs du sol. L'eau et l'air pénètrent par leurs galeries.
Les endogés, de 1 à 20 cm, faiblement pigmentés, ils vivent dans les premiers cm du sol en y creusant des galeries horizontales temporaires.

Des programmes de recherche à l'œuvre

Les différents programmes de recherche menés actuellement soulignent, selon Guénila Pérès, l'intérêt que représente ces ingénieurs du sols ainsi que la faune. A l'échelle régionale, la Bretagne a été la première à se lancer à grande échelle (maillage de 16 km2)sur le recensement de la biodiversité des sols au travers d'un programme RMQS Biodiv avec 7 équipes et 13 partenaires dont les chambres d'agriculture. A l'échelle nationale, un programme bio-indicateurs a été lancé par l'ADEME pour définir des bioindicateurs qui rendent compte des perturbations et et de proposer aux acteurs, dont les agriculteurs, des outils d'aide à la décision. Par ailleurs, pour caler les résultats, un observatoire participatif des vers de terre (OPVT) auquel les agriculteurs peuvent collaborer, a été impulsépar Daniel Cluzeau (Université Rennes 1 UMR Ecobio). Un protocole de prélèvement avec de la moutarde, comme il a été procédé à Hennebont permet le comptage des lombriciens sur prairie ou sur cultures. Pour plus de renseignements, daniel.cluzeau@univ-rennes1.fr

 

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