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Les Z'homnivores contre-attaquent !

Être omnivore est-il devenu has-been, daté, dépassé ? En 2030, l'humanité sera-t-elle encore omnivore ? À la lecture des journaux, ou en suivant quelque peu les actualités, on peut légitimement se poser la question. Pourtant, un petit groupe d'irréductibles agriculteurs bretons résiste encore et tient à le faire savoir ! Le groupe des Z'homnivores a décidé de lancer la contre-attaque, c'était mardi 11 décembre dernier à Rennes. Un groupe qui souhaite avant tout que le débat s'engage dans le calme et que leurs idées mais aussi certaines réalités soient entendues et prises en compte, à contre-courant du déferlement médiatique à sens unique actuel.

Le collectif des Z'homnivores organisait mardi dernier, avec le soutien de la Région Bretagne, un colloque intitulé 2030 humanité omnivore ? Pour Danielle Even, présidente d'Agriculteurs de Bretagne, "les remises en cause nous touchent. On a mal avec tous les propos qui sont tenus". Yves Fantou, président d'Interbev, ajoute : "C'est toute une profession qui est dénigrée, nous sommes aujourd'hui attendus par les agriculteurs et tous les salariés". Mais la vision des responsables des Z'homnivores est tout sauf passive. "Il est temps de se parler, de formaliser une pensée bretonne, d'entamer une réflexion et un dialogue", affirme encore Yves Fantou, Les Z'homnivores passent donc en mode contre-attaque, mais en version constructive et déterminée. Marre de se laisser marcher sur les sabots ? Sans doute un peu !

 

Construire un consensus ?

Corine Pelluchon, philosophe et professeure à l'université Paris-Est , vegan convaincue et militante, n'avait pas la partie la plus facile face à un public - pour cette fois - totalement conquis à l'omnivorarité ! Elle a plaidé pour "un humanisme de la diversité", "la capacité de l'humain à être respectueux pour les autres, de vivre en harmonie avec les animaux". Une méthode basée sur l'idée de "construire un consensus" ou de "penser avec les autres" qui sentait le bon sens et l'ouverture... Presque raccord avec le discours des Z'homnivores... Jusqu'au moment du passage à la mise en pratique, semble-t-il plus difficile.

Corine Pelluchon évoque "l'immaturité démocratique" de nos concitoyens, fait le constat que "les personnes n'ont pas les mêmes intérêts", elle aimerait que chacun "sache négocier, voire fasse preuve de maturité". Mais l'échange n'ira pas vraiment au delà de ces considérations, d'autant que chacun a bien compris que c'était surtout à la société d'accepter le fait vegan, moins l'inverse !

 

L'antispécisme est un spÈcisme anti-humanité

Jean Pierre Digard, directeur de recherche au CNRS, n'a pas l'habitude de mâcher ses mots. Il rappelle que si toutes les sociétés dans le passé ont hiérarchisé les animaux, la nôtre aujourd'hui fait la confusion entre les animaux de compagnie et les animaux domestiques. Il appelle à "rompre avec la politique de profil bas des professionnels de l'agriculture et de l'élevage". "Pourquoi Homosapiens serait la seule espèce à ne pas avoir le droit d'exprimer ses besoins ?", interroge-t-il. "Notre aveu de faiblesse est un tremplin pour que les anti-viande demandent toujours plus". Seront visés à terme la consommation de viande, l'élevage, la chasse, le cirque, l'équitation, etc, etc. Il invite donc chacun à hausser le ton, à militer contre les animalistes : "Les convaincre est un combat perdu d'avance. Il faut arrêter de croire que la majorité est du côté des vegan. Ils représentent au mieux 0,5 % des consommateurs, les végétariens 2 % environ. Il faut se tourner vers la très grande majorité des consommateurs et expliquer que respecter les animaux c'est le spécisme, pas l'antispécisme".


L'homme est un omnivore

Répondant à la question "un système alimentaire mondial uniquement végétal est-il envisageable ?", Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique de l'Inra, et Philippe Legrand, directeur du laboratoire de biochimie de l'Inra de Rennes, ont apporté leur vision de scientifiques. Philippe Legrand développe les difficultés qui naîtront du passage à une alimentation sans viande. "C'est rarement une question de vie ou de mort, mais l'éviction nutritionnelle est une prise de risque, qu'il s'agisse d'ailleurs des produits animaux comme des produits végétaux". Il énumère les carences en zinc, en vitamines B12, B9, en iode, en calcium. "L'homme est un omnivore, c'est une donnée scientifique", pose-t-il sans rejeter l'idée qu'il puisse trouver des "prothèses alimentaires, notamment chimiques", mais la seule bonne question est "quelle dose de quoi ?".

Jean-Louis Peyraud se situe à l'échelle du monde et se pose la même question : "Que se passerait-il si l'ensemble de l'humanité devenait végétarienne ?". D'emblée, il taille en pièces l'idée que si demain les superficies en céréales étaient consommées directement par l'homme, l'humanité toute entière serait nourrie. "14 % des aliments consommés par les animaux sont consommables par l'homme", explique-t-il. "Les bovins valorisent les prairies qui composent une part essentielle de leur alimentation. Deux tiers des surfaces agricoles de la planète ne sont pas cultivables et sont valorisées par le pâturage, ce sont des millions d'hectares que l'homme ne pourra jamais utiliser", constate le scientifique. "De la même façon, l'homme est incapable de valoriser un hectare de céréales au même titre qu'un bovin. L'animal est un recycleur, drêches, tourteaux, pulpes, son, que l'homme est bien incapable de valoriser. L'animal n'est pas seulement consommateur de ressources, il est producteur de ressources. Il faut privilégier les systèmes vertueux".


La disparition de l'élevage entraînerait celle de la prairie

Pour Jean-Louis Peyraud, l'élevage produit "des services très variés, qu'il s'agisse de l'alimentation, de la force de travail, des paysages, de la fertilisation des terres". Il concède seulement quelques faiblesses : "On a probablement été trop loin dans les systèmes d'élevage. L'impact de l'élevage est réel, sur les nitrates, sur les concentrations en ammoniac, sur les gaz à effet de serre. Il faut réduire ces impacts négatifs sur l'environnement, améliorer le bien-être animal". Pour autant, il est convaincu que la disparition de l'élevage entraînerait celle de la prairie. "Ce serait une très grosse perte pour la biodiversité, floristique et faunistique", prévient Jean-Louis Peyraud en évoquant la crainte que l'Europe puisse céder à la tentation vegan. Si tel était le cas, "alors, parce que le monde est ouvert, on importerait de la viande à vraiment pas cher, dont on ne connaît rien en terme d'élevage. Ce serait bien-sûr une perte pour l'ensemble de la société". De la même façon, le directeur scientifique de l'Inra a pourfendu l'idée selon laquelle mettre tous les animaux dehors ferait des animaux heureux. Pour lui, ce serait au contraire "un non-sens en terme de bien-être animal".

À l'heure des conclusions, Malo Bouessel Du Bourg et Jean-Luc Cade mettaient ce colloque en perspective de leurs actions à venir. Il faut "accepter le débat, écouter vraiment, occuper l'espace du débat, et prendre une part active au débat public". Les Z'homnivores vont se donner les moyens de le faire au travers du lancement de leur site internet en janvier. "La réponse aux attaques passera par un projet global. Il n'est pas possible de continuer à développer le bien-être animal sans conforter la place de l'homme dans ce débat, que celui-ci soit éleveur ou salarié".

Au terme des échanges, Danielle Even a jugé que ce colloque était "le début de quelque chose ...". On en prend le chemin !

 

 

Les Z'homnivores sont... ou ne sont pas

Les z'homnivores se retrouvent au sein d'un collectif constitué de Produit en Bretagne, de l'ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires), de l'UGPVB (Union des groupements de producteurs de viandes de Bretagne), d'Interbev, l'interprofession du bétail et de la viande, de l'association Agriculteurs de Bretagne et des chambres d'agriculture de Bretagne. Les Z'homnivores "et fiers de l'être" veulent affirmer des convictions humanistes et progressistes en réponse à la radicalité des affirmations abolitionnistes.Il souhaitent conduire des actions qui visent à informer et rassurer les consommateurs, fédérer les acteurs les plus motivés, et aider les hommes et les femmes des filières animales à affronter la nouvelle adversité animaliste.

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