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L’Europe se trouve sous le choc de l’embargo russe

Les discussions entre les services vétérinaires russes et européens se poursuivent. La filière élevage bretonne accuse le coup.

Il faudra plus qu’une poignée de mains (ici en 2013 au moment du G20) entre responsables russe et de l’UE pour régler la question de l’embargo russe sur le porc européen.
Il faudra plus qu’une poignée de mains (ici en 2013 au moment du G20) entre responsables russe et de l’UE pour régler la question de l’embargo russe sur le porc européen.
© Olga Maltseva/Commission Européenne

"Nous sommes loin d’être dans une situation de crise de marché", assure la Commission européenne dix jours après la mise en place par la Russie d’un embargo sur les importations de viande de porc de l’UE. Le commissaire à la santé, Tonio Borg, a dénoncé l’embargo "disproportionné" imposé depuis fin janvier par la Russie sur les importations de porc en provenance de l’UE. Une décision prise à la suite de la découverte de cas de peste porcine en Lituanie. Cet embargo a été imposé en dépit des mesures dites de "régionalisation" proposées par les autorités européennes conformément à la législation internationale, a souligné le 31 janvier Tonio Borg. Ces mesures se borneraient à suspendre les exportations lituaniennes de produits porcins en provenance des six régions du pays. Mais les services vétérinaires russes demandent qu’une plus large zone soit exclue (comprenant des régions limitrophes de la Lituanie en Pologne et en Lettonie).

Les abattoirs français estiment que "la Commission ne mesure pas l’ampleur de la crise porcine qui se profile" en refusant d’accéder à la demande des autorités sanitaires russes. Les contacts se poursuivent entre les services sanitaires de l’UE et leurs homologues russes. Bruxelles veut surtout rester le seul interlocuteur afin d’éviter que la Russie (coutumière du fait) ne cherche à négocier avec chaque Etat membre les conditions de la reprise des importations.

"Pour les abattoirs français, l’exportation de viande porcine représente un tiers de l’activité, plus encore, certains morceaux et pièces de découpes ne se revalorisent bien que sur les marchés exports, la fermeture de ceux-ci entraîne donc une dévalorisation de la carcasse qui va peser lourdement sur le prix de porc en production et l’équilibre du marché", prévient le syndicat français des entreprises de la viande, Sniv-SNCP.

"Ce n’est pas une crise de marché, nous en sommes très loin", assure pour le moment la Commission européenne. Les exportations de porc vers la Russie ne représentent que 3 % de la production de l’UE. Une dizaine de jours après l’annonce de cet embargo, les prix sur le marché européen avaient diminué de 3 %. Si la situation perdurait et si une crise était avérée, deux principaux instruments sont à la disposition de la Commission européenne : la réserve de crise mise en place dans le cadre de la réforme de la PAC (mais si des fonds sont débloqués dans ce cadre, ils seront ponctionnés sur les paiements directs) et le stockage privé.

 

La filiËre bretonne inquiËte

En attendant, les responsables professionnels de la filière porcine bretonne s’inquiètent de l’embargo russe. Le volume est considérable : 750 000 t/an, soit 24 % des exportations de porcs vers les pays tiers de l’Union. "Les industriels bretons expédient en moyenne 1 500 t/semaine vers la Russie, soit près de 75 000 t/an ou 10 % des exportations européennes", explique Jean-Pierre Joly, directeur du MPB. En plaçant sous le même régime toute l’UE-28, la Russie va immanquablement provoquer une redistribution des cartes du marché mondial de la viande de porc. Avec une période d’incertitudes sur les cours du porc où l’offre pourrait abonder. "Le prix a décroché en Allemagne de 5 centimes vendredi 31 janvier, en France de 4 centimes jeudi 6 février (à 1,297 € du kilo en prix de base NDLR)", poursuit Jean-Pierre Joly. À n’en pas douter, de nombreux responsables de l’industrie porcine défileront la semaine prochaine à Moscou lors du grand marché annuel du porc en Russie pour plaider leur cause.

Dans un communiqué, le Marché du porc breton (Côtes-d’Armor), seul marché au cadran de porcs vifs en France, se demande si cet embargo ne cacherait pas plutôt une action en représailles "de la Russie irritée par l’arrogance de la Commission sur des sujets de politique générale (l’Ukraine, NDLR)".

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