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Compétitivité des filières agricoles en berne ?
L'excédent commercial plonde de 38 %

Avec une baisse de 38 % en 2009 de son excédent commercial, la France accuse durement le coup de l'exposition à l'hyper mondialisation de l'agriculture, fleuron de sa balance commerciale. Pour Thierry Pouch, économiste de l'APCA, invité à la session de la chambre d'agriculture du Morbihan, la crise n'explique pas tout.

Thierry Pouch, du pôle économique et politiques agricoles de l'assemblée permanente des Chambres d'agriculture,
Thierry Pouch, du pôle économique et politiques agricoles de l'assemblée permanente des Chambres d'agriculture,
© claire le Clève

 

 

Bien sûr il y a la crise. Et Thierry Pouch, du pôle économique et politiques agricoles de l'assemblée permanente des Chambres d'agriculture, l'estime comparable à celle des années 30. Son résultat immédiat s'est fait sentir sur la chute du revenu agricole, elle aussi vertigineuse. "Elle s'est propagée à l'ensemble des pays de l'Union européenne", démontre l'expert. Partout les agriculteurs souffrent. Et de fait, "l'entrée en récession  des principales économies  de l'UE a bloqué les débouchés pour l'agroalimentaire français". Le décrochage est net. De plus de 9 milliards d'euros en 2008, l'excédent de la balance commerciale de la France, induit par les seuls produits agro alimentaires, a chuté en 2009 pour atteindre 5,6 milliards d'euros. Certes, il y a la crise. Elle interroge sur les modèles. Et la récession pousse à observer la compétitivité de la branche agricole française. A y regarder de plus près, invite Thierry Pouch, la dégradation de date pas d'hier. "L'érosion des performances commerciales s'amorce des les années 90", observe t-il. Pourtant, "c'est une des plus performantes des agricultures mondiales, elle dégage un forte valeur ajoutée, elle a une productivité élevée". Mais derrière, il y a l'érosion du nombre d'actif et il y a un prix. Et là…

 

Pac et mondialisation

 

Ce prix est exposé à de multiples facteurs qui ne dépendent plus de notre pré hexagonal, qu'on le veuille ou non. Ce sont en premier lieu les choix de la PAC de l'Union Européenne. "Il est impératif de les mettre en regard avec les mutations de l'économie mondiale". La concurrence mondiale fait rage. "L'érosion des positions concurrentiel de la France est une des conséquences des accords de Marrakech en 94", démontre l'économiste. Des restitutions qui disparaissent, des filières malmenées par l'ouverture commerciale. Des négociations à l'OMC qui piétinement. Et sur cet échiquier, de nouveaux concurrents progressent quand la France régresse sur le terrain agroalimentaire. "De 2éme exportateur mondial en 1990 (avec 9 % des exportations mondiales), la France est passée à la 4éme place (5,4 %) talonné par le Brésil qui a progressé de 100 %". Brésil qui a également supplanté le Canada, faisant jeu égal avec les Etats Unis  pour les viandes et notamment en volailles. Même Brésil encore pointant sur le marché de la viande porcine. "Il se spécialise et progresse" note l'expert. Le porc, secteur où l'Allemagne en Europe a augmenté sa production quand partout ailleurs en Europe elle régressait. Quant au lait en Europe, "la France est en sous réalisation de 4 %. La posture par rapport aux quotas est différente suivant qu'on privilégie le prix payé aux producteurs où le volume". A ce jeu, le prix en France est supérieur à celui de ses voisins qui exportent vers l'Hexagone. Une stratégie d'export où l'Allemagne excelle.

 

La régulation s'impose

Sur cet échiquier mondial, "la crise n'a fait qu'amplifier l'érosion des performances françaises avec des prix plus volatiles, connectés au prix du pétrole et aux marchés financiers". Une volatilité pour ce spécialiste sans doute durable et à l'avenir, des charges elles aussi élevées. Mais alors quelles sont les perspectives? Certes, les marchés reprennent en Asie, mais "en dehors du Japon, nous sommes peu présents". Et malgré la baisse de l'Euro, la monnaie européenne est encore trop surévaluée par rapport au dollar pour doper les exportations françaises. Une chose est sûre, "face à la crise actuelle, l'option démantèlement de la PAC n'est plus crédible" affirme Thierry Pouch . Quant à l'OMC, "elle est en situation d'échec et est incapable de relever les défis, nourrir 9 milliards d'individus, éviter l'accaparement des terres, répondre à l'attente des consommateurs européens,  éviter la volatilité des prix". Tout pousse à constater que sans régulation, il n'y a pas de solution durable.



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