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L'herbe serait-elle plus verte ailleurs  ?

Quelques mois après la fin des quotas, la coopérative Even a demandé à ses délégués d'aller voir ailleurs comment se produit le lait. De retour d'Allemagne, Danemark, Suède, Belgique, Pays-Bas et Suisse, leur verdict est sans appel : l'herbe n'est pas plus verte ailleurs !

"Nous voulions aller voir". Fin août, Even a organisé quatre voyages d'études. Et expédié délégués, techniciens amont et administrateurs vers l'Europe du Nord et la Suisse avec un objectif simple : voir comment nos concurrents produisent du lait. Pour avoir une porte d'entrée, la coopérative s'est basée sur le réseau EDF, European dairy Farmers, dont fait partie Yves Kermarrec, l'un de ses administrateurs. "Nous n'avons sans doute pas vu des fermes représentatives, estime-t-il. Mais, grâce au réseau, nous avons pu échanger longuement avec chaque éleveur. Et comparer les chiffres des exploitations, enregistrés suivant la même méthode".

Un foncier hors de prix

Au total, une cinquantaine de personnes se sont répartis les six pays. Et ont remis leurs conclusions aux adhérents de la coopérative, réunis le 9 décembre dernier à Landivisiau (29). Des conclusions qui n'ont pas manqué d'en surprendre plus d'un... "Finalement, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, résume Guy Le Bars, le président d'Even. Nos coûts de production sont proches".

Parmi les atouts de la France, un foncier abordable figure en bonne place, quand il grimpe à 25 000 voire 100 000 €/ha dans certains pays. "Dans ces conditions, les agriculteurs s'endettent à vie. Ou un droit successoral différent fait que l'aîné en hérite, charge à lui de prendre en charge ses parents vieillissants".

Un coût du travail similaire

Ces voyages ont aussi permis de tordre le cou à une idée tenace : non, le coût du travail n'est pas inférieur ailleurs. "Peut-être dans les abattoirs, avec une main d'œuvre peu qualifiée, concède Even. Mais dès qu'on parle d'un chef d'élevage, capable de gérer un troupeau de 100 vaches ou plus, les coûts horaires sont similaires aux nôtres". Avec, cependant, une différence de taille. "La productivité n'est pas la même. Quand, chez nous, on touche à tout, les pays du Nord ont choisi de déléguer bon nombre de tâches, dont les cultures, et éleveurs et salariés ne se consacrent qu'aux animaux. Avec un coût ramené aux 1 000 l nettement inférieur".

Moins bien payés ?

Ces voyages d'étude ont aussi permis de décortiquer le prix du lait. "Souvent, les producteurs français ont l'impression d'être moins bien payés, constate Roger Nicolas, vice-président d'Even. Mais nous avons moins de volatilité que l'Allemagne, par exemple, avec des prix qui grimpent moins mais aussi qui descendent moins". Et, sur une période de cinq ans, le prix payé producteur est équivalent. "Ici, les services techniques et le tank à lait sont mis à disposition des éleveurs, qui doivent les payer dans les autres pays". Une différence que la coopérative chiffre à 10 €/1 000 l. "Et souvent, les autres pays communiquent sur un prix net, y compris le retour aux adhérents en fin d'année, quand on parle ici du prix de base".

Communiquer autrement

Parmi les enseignements à tirer de ces voyages, la communication figure en bonne place. "Aux Pays-Bas, il est indiqué sur les produits que les vaches ont pâturé 6 heures par jour, 120 jours par an. Chez nous, c'est bien plus que ça et on ne le fait jamais savoir". Les éleveurs vont même jusqu'à organiser une grande fête, au printemps, pour le "lâcher de vaches", quand elles sortent à l'herbe pour la première fois. "Ça attire jusqu'à 3 000 personnes sur l'exploitation !"

Former

De ces voyages, les délégués Even sont revenus plutôt optimistes. "Le prix du lait dépend du marché. Et il n'est qu'une composante du revenu". À chaque éleveur de trouver les leviers pour réduire ses charges. Avec une forte densité laitière, des jeunes motivés "à qui la coopérative donne un bon coup de pouce au moment de l'installation", et des modèles de production divers, la Bretagne a des atouts à faire valoir. "Nous avons vu des systèmes low cost en Belgique, un management différent aux Pays-Bas, énumère Yves Kermarrec. Ces voyages ouvrent aussi le champ des formations, pour que chacun puisse faire évoluer son élevage, l'adapter à une concurrence de plus en plus lointaine".

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