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L’homme est-il un animal comme un autre ?

"L’homme est-il un animal comme un autre ?", c’est par cette question qui pose, en toile de fond, la nature de la relation ancestrale établie entre l’homme et l’animal, sa légitimité et convie à s’interroger sur le bien-être, que le lycée la Touche a organisé, vendredi dernier à Ploërmel, son quatrième colloque.

Invités à y répondre, lors d’une table ronde, philosophe, éleveurs, vétérinaire et politique mais aussi l’après midi, les techniciens avec leurs outils pour objectiver ce que sont les bons soins et comment le faire savoir… Car pour tous une évidence, "en protégeant l’animal de la souffrance, on en protège aussi l’homme", ont-ils tous souligné, plaidant pour un seul bien-être, one welfare. "Le bien-être de l’éleveur passe forcément par le bien-être de l’animal, c'est de son intérêt", résumera Alain Panaget, vétérinaire, président du conseil de l’ordre des vétérinaires de Bretagne.
Minorité agissante
"À l’Assemblée nationale, je ne pense pas que les végans soient majoritaires. Non, c’est comme dans la société. Ce sont des minorités très agissantes mais ils représentent une part très faible de la population", assure le député du Morbihan, Paul Molac (élu sous les couleurs LaRem et désormais affilié au groupe Liberté et territoires). D'abord paysan sur la ferme de ses parents près de Ploërmel, puis professeur... et désormais député et, à ce titre membre du groupe d’étude sur la condition animale à l'Assemblée nationale, Paul Molac déplore cette "idéalisation de l’animal. Le lien que chacun avait auparavant avec l’élevage s’amenuise", constate-t-il, plaidant contre la maltraitance et pour "que l’acte final, la mise à mort, soit le plus exempte de souffrance possible", s’accorde-t-il avec les autres participants de la table ronde. Pour François-Régis Huet, éleveur de porcs, "les éleveurs n’ont pas attendu. Tout ce qui est réglementaire est respecté. En 2013, on pensait être tranquilles après la mise aux normes bien-être. Ça a volé en éclat en 2015", rappelle-t-il en évoquant le cas la remise en cause des cages en poules pondeuses. "Or les éleveurs étaient aux normes" insiste François Régis Huet. "Comment fait-on pour évoluer avec des investissements longs ?", interroge encore celui qui est aussi  le représentant bien-être animal porc au sein de l'interprofession porcine Inaporc."On essaie de trouver des solutions pour donner des perspectives aux éleveurs mais si c’est remis en cause tous les deux ans...".
Agir tout en restant compétitifs
"On n’a pas fini de s’améliorer mais cela a un coût", insiste pour sa part Stéphane Dahirel, aviculteur et président du groupement de producteurs Gaevol (450 éleveurs), en pointant les évolutions engagées ces trente dernières années :  bâtiment, ventilation, éclairage, alimentation... "Non en France, il n’y a pas plus d’élevage de poulets en batterie que d’élevage industriel", assure-t-il, "depuis 3 ans, je n’ai pas utilisé le moindre antibiotique et, au niveau du groupement, depuis 5 ans, on a réduit de 50 % l’exposition aux antibiotiques", soit une diminution autrement plus importante que celle enregistrée en médecine humaine ou même en médecine vétérinaire concernant les animaux de compagnie. "On doit rester compétitifs", prévient aussi Stéphane Dahirel, évoquant cette fois la vague d’importations de volailles dont les viandes garnissent nos sandwichs mais ont été élevées selon des normes souvent différentes, voire moins-disantes.
Alors l’émergence dans la société de ces questions éthiques sur le bien-être ne serait-elle pas que l'un des effets de l'abondance de l'offre alimentaire ? "Le bien-être comme l’écologie, ce sont des problèmes de riches", ose le philosophe Étienne Bimbenet."Ça relativise ce combat écologique et ça le fragilise. Nous (Les pays développés NDLR) ne sommes pas grand chose par rapport à ces endroits de la terre qui ne peuvent pas s’offrir ce luxe. Il faut pourtant agir vite, et c’est compliqué parce que la maison brûle", constate aussi Étienne Bimbenet.

Différents ou pas ?

"C'est dans l’air du temps de penser que, par nature, l’homme est un animal comme un autre. Mais cela infléchit les normes et les manières d’être", prévient le philosophe et universitaire Étienne Bimbenet, qui se définit comme penseur de la différence. Lors du colloque #FierDeMon Métier, organisé par le Lycée La Touche, son analyse séduisante a conquis un public acquis à la démonstration. L’auteur du "Complexe des trois singes" a fait de cette question, sa spécialité. "On tend à nous faire croire que la frontière entre l’homme et l’animal s’efface", estime ce professeur de philosophie contemporaine à l'université Bordeaux Montaigne. Une posture dont il décortique les origines, la mécanique jusqu’à ses incidences au cœur des élevages. Il la nomme "zoocentrisme contemporain", lequel serait servi par l’évolution de notre rapport au savoir et la prééminence des sciences de la nature, dites dures, sur les sciences humaines. "La biologie ou la génétique nous abordent comme des animaux par le biais du nombre de gènes communs entre espèces" constate le philosophe. Le gène serait devenu une "icône culturelle", selon lui. Quant aux neurosciences et aux études sur le cerveau, elles aboutiraient à la définition de mécanismes cognitifs qui "homogénéisent l’homme et l’animal". Les sciences du comportement, qui étudient préférentiellement le singe, affirme-t-il, "font tomber tout ce qu’on croyait être le propre de l’homme". Ainsi, les frontières entre homme et animal s’estompent. Le langage, le rire, le recours à l'outil, que l'on pensait le propre de l’homme, seraient en fait partagés avec l’animal. C'est de ce terreau très fertile que se nourrirait le  véganisme, pour lequel "la différence de statut séculaire entre l’homme et l’animal aurait conduit à la maltraitance de l’animal par l’homme", et cette lecture se conclurait par l'affirmation qu' "il faut abolir cette discrimination". Le philosophe soutient pour sa part une autre affirmation : "on n’a pas besoin de faire l’animal à notre image pour mieux le traiter". Il constate que "nous sommes devenus sensibles à la sensibilité des animaux" sur fond d’inflation des animaux de compagnie. Cette situation entraînerait une "schizophrénie morale entre ce qu’on aime et ce qu’on mange". Etienne Bimbenet estime lui que "l’homme est infiniment plus que l’animal". Il appelle au recul critique, "à marquer la différence et respecter l’animal, à voir en face la mise à mort, à mieux faire". "Soyons lucides, améliorons les choses mais ne nous racontons pas d’histoire, on n’a pas besoin de faire les animaux à notre image pour mieux les traiter", conclut-il.

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