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L'Ouest laitier a des avantages à faire valoir...

Sans fanfaronner exagérément, le bassin laitier de l'Ouest a des atouts à jouer sur l'échiquier européen. C'est ce qui ressort de l'analyse, tant économique que sociologique, de Vincent Châtellier, de l'Inra, et Roger Le Guen, de l'ESA.

Vincent Châtellier, de l'Inra, et Roger Le Guen, de l'ESA.
Vincent Châtellier, de l'Inra, et Roger Le Guen, de l'ESA.
© Terra

En cette période des vœux pour la nouvelle année, soyons positifs. Et le bassin laitier de l'Ouest peut l'être. Certes, la conjoncture n'est pas facile, l'Allemagne est conquérante sur nos marchés, les contraintes du métier d'éleveur pèsent de plus en plus. Mais l'Ouest laitier a de sérieux atouts à faire valoir pour occuper le devant de la scène. Tout d'abord par son climat propice à la production fourragère. Sa situation géographique est aussi une chance, à la croisée de grands bassins de consommation et de pays déficitaires, comme l'Angleterre ou l'Espagne, que la mer rend facilement accessibles.
L'Ouest laitier a aussi des atouts par ses choix de système de production et d'organisation. Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie sont une zone à forte densité de collecte. L'implantation de leaders de la transformation n'y est pas un hasard. Cette densité permet de réduire les coûts d'approvisionnement et de profiter d'une réelle dynamique de réseau. D'ailleurs, les multiples réseaux d'appui technique et les moyens investis dans le développement sont autant d'opportunités d'adaptation en plus pour les éleveurs. L'Ouest est reconnu pour son terreau professionnel fertile, avec une ambiance collective favorable aux changements de pratiques.


Réactivité déjà prouvée

Autre facteur en faveur de la compétitivité des éleveurs de l'Ouest, les coûts modérés des facteurs de production. Le foncier est relativement raisonnable par rapport aux autres bassins laitiers. De plus, les quotas sont gratuits, ce qui est loin d'être le cas dans tous les pays. La diversité des modèles de production est également un atout. Elle permet une large gamme de produits transformés et minimise les risques en cas d'accidents climatiques.
65% des exploitations laitières sont des sociétés. Dans l'Ouest, le travail à plusieurs est une réalité. Restera à relever le défi du renouvellement des générations. On peut reprocher aux éleveurs de l'Ouest d'être peu productifs, si l'on se base sur le lait produit par UTH. Un rattrapage rapide est possible. Lors des mesures Barnier autorisant un dépassement des quotas, les producteurs ont montré toute leur réactivité. La faible intensification, en termes de lait/ha, laisse des perspectives de gain de productivité. Par exemple à la fin des quotas.

...Mais aussi des contraintes à surmonter

Parce qu'il faut quand même être réaliste, ne minimisons pas les défis que devra relever l'Ouest pour maintenir sa place dans l'échiquier laitier.


Face à la nouvelle donne européenne, les éleveurs vont devoir apprendre à travailler avec une volatilité des prix, à gérer l'incertitude des revenus comme des charges. En plus, les laitiers de l'Ouest doivent encore gagner en productivité pour faire armes égales avec leurs concurrents européens. Ce qui demandera de tirer les résultats technico-économiques vers le haut. Rattraper le retard en termes de production énergétique serait un coup de pouce à la compétitivité économique.
Cette optimisation économique devra se faire en parallèle de la recherche d'un nouveau rapport au travail. Faire évoluer les conditions de travail pour réduire l'astreinte, pour dégager du temps pour de nouvelles missions sera essentiel, surtout pour intéresser des jeunes.
Le monde agricole doit aussi se préparer à la fin du modèle familial et être ouvert à de nouveaux parcours, de nouveaux visages dans les profils des agriculteurs. Dans le grand Ouest, la périurbanisation complique les activités d'élevage et l'acceptabilité sociale des filières animales ne va plus de soi. L'agrandissement foncier est plus que jamais conflictuel.


La concurrence vient de l'Europe

Le marché européen reste dynamique et rémunérateur. S'il y a de la demande à l'exportation, c'est bien le marché communautaire qui reste la principale ambition commerciale française. Sur ce marché de plus en plus convoité, la concurrence vient d'Europe du Nord. L'Allemagne a marqué par son appétit à l'exportation. Son ambition a souvent mis à mal les positions françaises. Globalement, la France, donc l'Ouest laitier, a plus à craindre de la concurrence des autres pays européens que des exportateurs traditionnels (Nouvelle-Zélande, Etats-Unis) ou des pays émergents, car les échanges mondiaux ne représentent que 7% de la production. La solution peut venir d'une consommation mondiale en augmentation. L'Ouest doit se préparer à en profiter en musclant ses capacités d'export et/ou en choisissant de s'implanter dans les zones en expansion. Cette perspective rend encore plus criante la trop grande hétérogénéité des acteurs agroalimentaires, dans leur taille comme dans leur stratégie.

Elevage laitiers, territoires de l'Ouest et prairies

Sous le diminutif de Laitop, ce projet de recherche regroupe instituts de recherche, enseignement supérieur et chambres d'agriculture pour comprendre et anticiper les évolutions du secteur laitier du grand Ouest, analyser les différents systèmes de production, proposer des adaptations de conduite d'élevage et adapter en conséquence le conseil et la formation apportés aux éleveurs. Les premiers résultats ont été présentés le 6 janvier, lors de la journée consacrée au programme de recherches "Pour et sur le développement régional grand Ouest".

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